INTRODUCTION. LIX
fit a l'image et à la ressemblanee de la communauté monastique. La cité du moyen áge résume toute cette influence sociale. Certains monastères étaient des cités complétes , tous les pouvoirs y étaient réunis et pondérés avec une plénitude et un équilibre que l'on peut encore proposer en modèle : c'étaient des populations entières qui rappelaient ces villes d'Égypte peuplées de moines ; on en vit deux mille assister aux funérailles de saint Martin !; trois mille habitaient Benchor ?; Jumièges avait neuf cents religieux de chœur et quinze cents artisans 5. Vienne avait dans ses murs quinze centi nioines, et soixante monastères dans le diocèse. Puis, à s'en tenir aux villes créées au septième siècle par l'ordre de saint Benoît , nous trouvons en France les cinq évêchés de la Bretagne et presque toutes les villes de la Lorraine et de l'Alsace; en Allemagne, Heineccius attribue en grande partie aux moines la fondation des villes closes 5.
L'Eglise, alors si peu distincte de la société, reflétait non moins manifestement le monastère. Il était sorti de ses entrailles ; i! vivait de sa substance la plus püre ; cette vie revint à sa source. Les besoins d'un apostolat de pltis en plus local et isolé, l'éparpillement des der-
! Sulpic. Sev., Pita S. Martini.
* Bed., Hist., lib. n, c. 3.
5 Vita 9. Aicadri, n° 91, szc. t Bened. |
4 Vita 8. Clari, sec. n Bened. — L'envahissesent marchait à si grands pas, que déjà une sorte d'esprit fort semble s'en plaindre ou tout au moins s'en er: «In tánttim, » dit tn chroniqueur contemporain, « ccepit (monasterimm) en ipee pluralitate excrescere , ut terra ipsa quodam modo videretur clamare vix se posse omnes continere. D. Bouq., Hist. Franc., t, 11, p. 610.
5 Antiquit. german., p. n, c. 1. — Entre les villes fonlées par les moines, on cite, en Allemagne : Wissembourg, Sechingeu, Fuld, Saint-Gall, Amer-
bacb, Kamden, Munster, Dlambeuren , Lucerne, etc.; en Augleterre : Wiremuth, Malmesbury, Ikauhoe, Coldhing, Witby, Glocester, Jarrow, etc.