‹ Histoire de Saint LégerChapitre 51 sur 179 · INTRODUCTION, LXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION, LXI

comme à la profession solennelle ; la conversion des mœurs et la perfection de vie étaient en plusieurs points la même pour les clercs que pour les moines ; les offices de jour et de nuit les appelaient également à l'église aux mémes heures ; les clercs vivaient pauvrement, de dons manuels et mensuels, de bénéfices révocables, à une table commune , sous le méme toit, sous le méme pére, évéque et abbé à la fois, et les moines se mélaient avec eux dans les cérémonies ; ils confondaient leurs rangs, leurs chœurs et leurs rites, et recevaient les mémes dénominations par les peuples et dans les actes publics. Les conciles achévent de resserrer ces liens; les abbés y siégent à cóté des évéques, les remplacent méme, et consacrent, avec eux, la discipline, les réformes, les priviléges, les fondations et les dotations. Il fallait modérer le zèle des évêques. Saint Éloi et saint Ouen firent de leurs vastes diocéses comme d'autres Thébaïdes. Saint Domnole et ses successeurs couvrent le Maine de monastéres. Saint Amand, à lui seul, en fonde plus de trente. Presque tous avaient auprès de leur église un monastère, où ils allaient se reposer de leur administration et mourir saintement. Arnulf et Landry de Metz, Licinius d'Angers, Paul de Verdun , Hidulphe de Tréves, Gombert de Sens, Deodatus de Nevers, une foule d'autres s'en vont pieusement s'éteindre, pleins de jours et de mérites, au milieu

* Vita Cutberti inter opp. Ven. Bed. Neque enim aliquis miretur quod in eadem insula Lindisfarnea, cum permodica sit, ut supra episcopi et nunc abbatis et monachorum esse locum dixerimus; revera enim ita est. Namque una eademque servorum Dei habitatio utrosque simul tenet, imo omnes monachos tenet. T. IV, p. 238, ed. Gilles, London, 1844. Les archevéques de Cantorkéry, jusqu'au xa* siècle, furent constamment tirés de l'ordre de saint Benoit. Saint Germain d'Auxerre donne au siége de cette ville une glorieuse suite de quatorze saints évéques.

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des chants et des prières du cloître. Or, de toutes les règles monastiques, celle de saint Benoît se prétait le plus facilement et le plus discrètement à cette fusion des clercs et des moines. Autant celles de l'Orient tranchaient avec le sacerdoce et la hiérarchie, autant le nouvel institut s'ouvre largement à l'apostolat et au pontificat. S'il recoit du clergé une puissance qui lui vaut pendant des siècles le sceptre de l'Église, il élève, à son tour, le clergé à une hauteur que ne connut jamais l'Orient, il retrempel a vigueur sacerdotale dans une forte discipline ; il fait germer en tout l'Occident, pour ne plus se flétrir, la virginité cléricale; il crée autour des basiliques de vastes cités, de florissants royaumes ; il élève partout des églises et des diocèses ; il recule jusqu'aux confins du Nord les bornes de la chrétienté ; il enrichit la tribu lévitique de la conquête de la terre et du ciel. L'ordre de saint Benoît est la couronne de la hiérarchie, et la hiérarchie est son trône. Il en a toujours été ainsi de Grégoire-le- Grand à Grégoire XVI, deux glorieux enfants de saint Benoit.

Ce même esprit de puissante et féconde organisation fit tout le succès de la nouvelle Règle dans les monastères. D'abord, c'est la première qui ait été, à pro- prement parler, écrite en Occident et faite exclusivement pour l'Occident, Celles qui précèdent sont calquées sur les traditions orientales. Ainsi à Saint-Symphorien d'Autun, à l’Île-Barbe de Lyon, à Saint-Vincent de Paris. à Mici , à Agaune, à Vienne, dans les monastères bretons de saint Iltutus, on suivait combinées ensemble les règles de saint Basile, de saint Paul et de ‘saint Antoine, Celle de saint Macaire florissait à Saint.

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Seine en Bourgogne !; celle de saint Basile, à Saint-lriey de Limoges. Saint Martin recueillit les régles des Péres de l'Orient pour les monastéres de Ligugé et de Marmoutuer. Cassien introduisit à Marseille, et de là à Lérins, les pratiques qu'il avait vu s'observer à Tabenne , à Nitrie, à Calame, à Scété. Arles et Poitiers recurent des réglements empruntés par saint Césaire à Lérins. Les moines irlandais portaient encore plus profondément les traces des observances orientales. A leur tonsure échaucrée qui scandalisait les Gaules, à leur observation semi-judaique de la páque , qui réveilla les plus vieilles querelles de l'Orient , leurs maîtres, leurs abbés , leurs évêques venus de la Grèce, tout parmi les Culdées d'Irlande et d'Écosse rappelait les Laures orientales. On y parlait grec; saint Théodore, le philosophe de Tarse , l'élève d'Athènes, le célèbre auteur d'une collection de canons orientaux, n'était point étranger au milieu des Saxons de Cantorbéry?; les manuscrits d'Homére y passaient de main en main; on bàtissait des cités nouvelles, fameuses par leurs palestres grecques, et portant des noms grecs pour achever l'illusion 5. L'Attique semblait avoir traversé les mers pour refleurir dans la verte Erin. Saint Colomban et ses disciples portérent ces traditions à Luxeuil, à Saint-Gall, à Bobbio. Or, au milieu de ces importations venues de loin, la Régle de saint Benoit se trouve la seule et la première qui porte une physionomie locale, qui présente ce cachet de sagesse romaine et cette mesure des moeurs occidentales qui en ont fait, selon la pensée de

| Vita S. Joh. Reomaens , sec. 1 Ben.

* Bed., Hist. eccles., lib. 1v, cap. 1 , 2.

^ Alban Batler, 4 juill. Une ville de Grzcolade s'élève vers le temps où saint Théodore de Tarse arrive en Angleterre.

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