‹ Histoire de Saint LégerChapitre 65 sur 179 · INTRODUCTION. LXXXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. LXXXV

sociale, et qui jugez sans appel de cette nécessité par la voix du peuple, sachez donc qu'à cet âge du monde où nous sommes , le miracle est une nécessité providenuelle. C'est un coup d'état que Dieu doit à sa sagesse. Le salut du monde est la supréme loi: pour sauver le monde, il faut frapper à grands coups ces masses simples et grossiéres, illettrées et passionnées ; avec un áge de création et des éléments héroiques, le miracle est inévitable; Dieu fait comme naturellement de grandes choses. Le peuple ne s'y trompait pas. Il en appelait au miracle; il invoquait en tous ses doutes le jugement de Dieu. La conscience de ses besoins se révélait énergiquement. Encore une fois, historiens philosophes et socialistes, souvenez-vous de vos axiomes : Salus populi summa lex esto. Vox populi, vox Dei !

Mais ce sont des moines, des clercs. — Croyez-les d'autant plus : c'étaient les esprits forts de leur temps; c'étaient les disciples de Cassiodore , de Fortunat, de Grégoire-le-Grand; et Grégoire-le-Grand, Fortunat, Cassiodore, valent assurément nos maítres les plus prónés, Eux et leurs disciples ont pu voir et entendre, écrire et parler aussi fidélement que nous et nos maítres. Que s'ils n'ont pas cru devoir passer avec moquerie devant une manifestation authentique de la grandeur de Dieu et de la dignité de l'homme; si, pour parler plus gravement de ces ceuvres marquées du doigt de Dieu et du sceau des saints, ils se sont retirés à l'ombre des autels, dans le calme de la religion; si, pour n'être pas victimes des passions qui nous aveuglent, des illusions qui nous abusent, ils ont estimé bon d'écrire leurs pages sous la baire et le cilice, entre les psalmodies du chœur et les contemplations de la cellule; si, pour se mieux

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identifier avec leur sujet, ils ont revétu la robe de laine de leur héros, leur tunique de bure, leur ceinture de cuir; s'ils se sont faits moines ou clercs, encore une fois, croyez-les d'autant plus. « Sans les moines , a dit un protestant, nous serions des enfants en histoire !. »

Quant aux actes plus pompeux et aux légendes proprement dites, que nous avons paru négliger, nous sommes loin de les abandonner.

La premiére de ces deux classes de monuments domine plus spécialement avant et aprés le septième siècle. Au cinquième et au sixième, les traditions des panégyristes officiels sont encore vivantes ?; plus d'un biographe des martyrs et des plus austéres pénitents aimaient les réininiscences de Pline et d'Euméne. Le jeu des assonances, la chute rimée des périodes, les finales hexainétriques, le vers léonin, toutes ces afféteries renaissent sous les rhéteurs carlovingiens et s'érigent en système. Déjà le septième siècle en a plus d'un exemple. Fortunat ouvre cette carrière, et bon nombre le suivent. Le vénérable Bède a laissé en ce genre trois ou quatre pièces véritablement classiques. Un modéle digue d'étre moins inconnu et de figurer à côté des biographies les plus vantées de Plutarque et de Cornélius, c'est la vie de saint Eloi par saint Ouen, son ami d'enfance, son perpétuel compagnon de fortune, élevé avec lui, au méme temps, aux premières

! Marsham, Monasticon Anglican. propylaion.

‘ 3 Cf. Vita S. Livin, auct. coævo , szcul; n Bened. —Vila S, Austreberiæ auct, fere æquali, sæc. in Bened., p. 1.— Vita S. Gutlaci, auct. Felice, ejus zequali, ibid. Cet auteur paraît être un disciple du vénérablè Bàde par plüsiears titátions tesktuelles qu'il emprunte à la vie de saintCuibert. Vid. n. 24, 25,— Vita SS. Paldonis et socior., ibid. Cette vie est fréquemment entremélée de cercets léonins qui différent assez peu du reste du texte. Mabillon la croit d'un aüteur contemporain.

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