XC INTRODUCTION
Cursus ecclesiasticus dans ces premiers siècles , la réduction croissante des lecons, la nécessité de les accom. moder aux exigences d'une nouvelle forme d'offices, la transcription fréquente et négligée des passionnaires, ces causes, et d'autres qu'ilest impossible d'indiquer ains! méme en passant, réduisent d'autant la valeur historique de ces légendes. L'Eglise ne peut répondre des erreurs locales qui ont pu altérer les propres des saints dans quelques liturgies particulières. Cependant, elle a respecté ces monuments : la vraie science en tiendra toujours compte, et l'histoire y puisera abondamment la teinte fidèle des mœurs du temps !.
On ne s'en tient pas à ces fins de non-recevoir, à ces attaques sur la bonté des piéces que nous apportons en cause; allant plus à fond, et faisant deux parts des faits en litige, on met les miracles dans la balance de la raison, et on les trouve légers; on pèse l'héroïsme des vertus, et on les trouve plus légéres encore.
On dit : « Pour nous, philosophes du dix-neuviéme siècle, la preuve de l'Étre supréme est dans la permanence et l'unité des lois du inonde. Nos péres, au contraire, cherchaient dans le nombre des prodiges et l'instabilité des volontés de Dieu la manifestation la plus sublime de la vérité de la religion. Aussi, les saints furent-ils d'autant plus vénérés qu'ils avaient Vienne, comme étant une copie assez fidèle des actes proconsulaires. 1l est remarquable que la mére du jeune martyr y parle plus longuement que dans les actes vulgaires. N'a-t-on point trop légèrement cru interpolés nombre d'actes, à cause des longs entretiens des personnages? V. Acta SS. Boll. xxv aug.
: Les légendes véritab'es sont assez peu nombreuses pour les saints du vue siècle. Sur les soixante-treire vies éditées par D. Mabfllon dans le deuxième volume de ses Actes, il n'y en a que trois ou quatre qui soient, à proprement parler , des légendes , et toutes peuvent subir la plos sévère cri-
tique: il en est méme qui paraissent la rédaction primitive la plus authentique et la plas pure. Vóir ex. g. Vit. S, Tillonis, sec, à Beu.
INTRODUCTION, XCI multiplié les miracles davantage; car ils donnaient ainsi une preuve de leur plus grande assimilation au Créateur. »
L'auteur de l'Essai sur l'Indifférence reprodnit avec complaisance, sous diverses formes , ce sophisme qu'il a lui-même réfuté autrefois! par cette réponse anticipée et péremptoire : « On ne saurait affirmer plus expressément que Dieu ne pent faire des miracles. Voltaire le lui défend, en vertu des lois immuables, des décrets divins et des idées éternelles. Comme si un miracle ne pouvait pas étre aussi une idée éternelle, un décret ou une volonté liée, dans l'ordre général, aux autres volontés divines ou aux autres lois qu'on appelle immuables ; comme si nous avions d'autres motifs de les juger telles, si ce n'est que nous ne les voyons point ordinairement changer; et comme si, dès lors, un seul changement observé dans ces lois ne prouvait pas avec autant de certitude qu'elles ne sont point rigoureusement immuables, que la rareté de pareils changements prouve leur habituelle immutabilité; comme si nous pouvions assurer, avec le moindre fondement, que leur durée doive être éternelle; comme s'il n'y avait enfin dans l'Étre infini que des décrets absolus et que ses volontés créassent pour lui une sorte de nécessité fatale et comme un Dieu au-dessus de Dieu. — Déistes, vous venez d'entendre un de vos maîtres, et je ne serais point surpris que son autorité prévalüt dans votre esprit contre l'évidence même; car l'effet de l'erreur est d'uccoutumer la raison à la servitude; c'est la punition de l'orgueil ?.»
! Discussions critiques et Pensées diverses , etc., par F. de la Mennäis. * Essai sur l'Indifférence, c. 1V, ch. xi.