‹ Histoire de Saint LégerChapitre 8 sur 179 · LE SEPTIEME SIÈCLE · texte numérisé non relu

LE SEPTIEME SIÈCLE

Le siècle où vécut saint Léger semble, au premier coup d'œil, frappé d'une disgráce méritée. Des noms peu connus, des événements obscurs se détachent confusément de cet horizon lointain. L'occident surtout paraît enseveli dans l'ombre : à peine l'orient jette un peu d'éclat à la conquéte de la Croix par Héraclius et à l'apparition de l'Islamisme ; ces courtes lueurs évanouies, la nuit devient plus épaisse.

La pénurie de documents ajoute à l'apparente infériorité des hommes et des faits. L'histoire générale se voile et se tait. Les chroniques particulières sont écrites à la hâte, à de longs intervalles, à l'écart, loin du mouvement du monde, qui semble s'interrompre ou se ranimer par de rares et convulsives intermittences. Le sang romain est comme épuisé, et il est convenu d'attendre Charlemagne, pour retrouver autour de lui des hommes puissants en œuvres et en paroles. En Gaule surtout, la stérilité des historiens est affligeante. L'Angleterre a encore son Vénérable Bede; l'Espagne,

! Voir en tête de cette Introduction l'indication des sources et des documents.

INTRODUCTION. vn

ses dix-sept conciles de Tolède et saint Isidore ; l'Italie, ses annales lombardes; et Rome, Grégoirele-Grand. Pour nous, au début de cette période, notre Grégoire de Tours clôt son drame et se retire ; aprés lui des continuateurs sans nom glanent négligemment quelques dates confuses : puis, au moment même où commence le rôle de saint Léger, le fil des traditions se rompt, l'ombre s'étend, les sentiers s'effacent. Comment explerer avec ensemble et justesse ce champ ténébreux et dépeuplé? comment avec des dates flottantes, des noms. épars, des légendes en lambeaux, retracer les ligues d'un siécle entier, à plas de mille ans de distance? |

Cependant disons nettement notre pensée : Mabillon a salué ces temps dédaignés du nom d'áge d'or !; nous acceptons sans hésiter ce titre solennellement donné par l'un de nos plus graves historiens, honoré lui-même de son vivant par la savante Allemagne du titre de Grand ?.

Tel est le problème dont nous n'avons point dissimulé les conditions; achevons d'en exposer les termes , en fixant avec précision la période soumise à notre étude.

Baronius en a nettement établi les lunites entre le pouuificat des deux premiers Grégoires 5, de 590 à 730. C’est l'objet du huitième livre de ses Annales, et l'un des horizons historiques les mieux dessinés que nous

* ... Jncundior apparet rerum facies.... aureum vere seculum! Acta SS. ordin. sancti Bened. sæcul. n, pref., n. 1.

» Illud (Magni cognomen) Johannes Mabillonius quem tanquam aquilam in nubibus, rei litterarie benedictime imperatorem ac eruditionis principem jure “acipimus ae deveneramur, a viris doctissimis consecutus est, Zigelbauer, Hit, litter, ord, S. Bened., t. HI, p. 436.

3 Sistendum hic modo, statuto termino a Gregorio ad Gregorium. Baron., t, VIII, edit. Luc,, xiu, 252.

Page 1