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point de vue, on se prend à leur grandiose, on les ‘taxe de témérité impraticable. C'est , dit-on, sortir des conditions de notre existence, c'est heurter et froisser violemment la vie , au lieu de suivre sa pente et de diriger sagement son cours. Nous ajouterons encore au scandale, et nous dirons que dans cette voie de sacrifices il faut un progrés continu, il faut de plus en plus perdre haleine et courir entre des précipices avec un péril toujours croissant : car plus on brise l'énergie de la nature, plus on redouble sa sensibilité ; le premier coup est un miracle de gráce , le dernier est le couronnement d'un prodige continu. N'est-ce point témérité que de mettre le pied en cette voie? et ces impitoyables pénitents des âges de foi ne sont-ils pas à blâmer autant qu'à admirer? Hátons-nous de dire qu'ils ne marchaient pas sans guide et sans conseil, qu'ils suivaient une direction spéciale de la Providence , qu'une voix supréme et distincte leur disait d'avancer, et ils avancaient sans peur; de monter, et ils montaient sans relâche. N'oublions point qu'ils ne s'érigeaient pas en objet d'admiration aveugle et d'imprudente imitation. Ils laissaient la foule chercher dans les voies communes l'harmonie entre Dieu etle monde. A chacun sa mission: à vous, hommes du siècle, à vivre dans le siècle, en paix avec votre âme et avec Dieu, qui ne vous demandera que selon votre don et votre vocation; mais à d’autres, les combats à outrance : Dieu le veut. Non, certes, qu'il veuille qu'on aggrave indiscrétement le poids des infirmités humaines , qu'on épuise la vie, le plus noble des biens, et qui nous vaut l'éternité , qu'on l'irrite jusqu'à l'extinction, quand elle doit s'écouler paisiblement: il ne l'a jamais voulu, méme dans les
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plus austères asiles de la pénitence. Mais ce qu'il veut, c'est qu'il y ait des témoignages vivants du grand sacrifice qui est le premier et le principal fondement du Christianisme ; des coopérateurs qui s'associent dans tous les temps à l'immolation sans fin de l'Agneau rédempteur; des imitateurs de la vie souffrante du Christ , qui le réjouissent, sinon par leur sang et leurs larmes, du moins par la résignation, la patience, le dévouement , par l'amour, qui ne se concoit pas sans le sacrifice. Ce sont là ses fils bien-aimés; il les a glorifiés et les glorifiera encore. Le monde les croit disgraciés ; il voit leur croix et ne voit pas la main de Dieu qui la souléve, l'onction de la gráce qui la rend douce et légere. Il passe en hochant la téte et disant : Si ce sont là les enfants de Dieu, qu'ils descendent de leur croix! et il n'entend pas le mot qui compense immensément ce je ne sais quoi de momentané et de léger qui a nom tribulation : « Aujourd'hui, tu seras avec moi en paradis. »
La croix est depuis longtemps une folie et un scandale : les saints en ont pris leur parti, et se sont glorifiés de n'en pas rougir. Nous ne les défendrons pas davantage du nécessaire opprobre de notre foi.
Mais nous devons nous inscrire ici contre un autre systéme d'erreur qui tend à renverser par la base tous les Actes dessaints. On a accusé de supercherie savante et systématique toute l'hagiographie chrétienne; on a prétendu réduire en lois les circonstances qui ont présidé à la formation de ce qu'on appelle la Légende; on a posé les formules de cette mystérieuse élaboration. Et reprenant l'œuvre de haut , toute l'an-
tiquité, a-t-on dit, vécut de fables sacrées. Le sabéisme
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des plus anciens jours eut ses mystères orientaux. Le jovisme grec et romain eut ses épopées et ses drames mystiques. Le druidisme promeua du Tanais aux mers d'Ecosse ses fées, ses géants, ses héros. Le christianisme a aussi sa mythologie. Aux premiers siècles, ce sont des évangiles apocryphes; aux âges suivants , des passions et des légendes; plus tard, des romans de chevalerie, symptómes innombrables et divers d'une méme infirmité , que doit enfin guérir l'àge oà nous sommes, áge de critique et de raison , ére nouvelle de vie pratique, sociale, positive.
Quant aux légendes , continue-t-on , il est aisé de les voir naítre, se développer et se populariser par des phases prévues et une progression suivie, dont les termes seront un jour des lois de la critique. Ce qui les caractérise , c'est la consécration d'un type moral, d'un modèle divin proposé en exemple à l'humanité. Ce type est Jésus-Christ, le fils de Marie ; les héros chrétiens seront faits à son image et à sa ressemblance. Plus tard, il fallut un idéal de la mére, de l'épouse, de la vierge: Marie, la Vierge-Mére, réunit ces mérveilleux caractéres. Áutour de ces deux archétypes se déroulent de longues séries de types secondaires. Chaque âge, chaque génération, chaque condition de la nouvelle société, eut son modèle idéal. La légende fut un long plagiat; l'hagiographie, une immense galerie, oà des peintres plus ou moins ingénieux reproduisaient sans fin, sous des noms divers, le type convenu qui posait devant eux !.
! Ce long sophisme est développé avec un étrange amas d'érudition et de méprises dans un livre intitulé : Essai sur les Légendes pieuses du moyen áge,
etc., par E.-F.-A. Maury, Paris, 1843. — Nous désirons qu'on y réponde par un Plutarque chrétien et des Kies parallèles des Saints.