VIII INTRODUCTION
connaissions. Les âges ne se comptent point par des chiffres ronds ; il faut suivre les haltes de la Providence qui, pour s'arrêter, tantôt prévient, tantôt dépasse les bornes séculaires du temps.
' Cette période grégorienne tombe entre deux autres assez dissemblables, dont il importe de remarquer la physionomie tranchée.
La première, qui court du cinquième au sixième siècle, offre un grand spectacle : l'empire romain subissant, sous la verge des fléaux de Dieu, une immense expiation, et payant le salaire dü à l'univers asservi, aux hécatombes des peuples et des martyrs. Un doigt divin imprime sur la poudre de ses palais l'anathème de Babylone : la cité éternelle ne pèse plus dans la balance; elle est divisée, elle est jetée en proie; montée jusqu'aux cieux, elle tombe, comme les géants antiques , au fond de l'abime. Depuis les jours oà les océans débordés submergeaient les terres, il ne s'était rien vu d'aussi formidable que la grande invasion. Il y eut, entre autres, une date mémorable , enregistrée par tous les historiens, un dernier jour del'an 405 *, où une armée de cent peuples, en marche depuis dix ans dans la Germanie, sur une étendue de plus de 5oo lieues, lancait ses premières colonnes au delà du Rhin, par le pont de Bâle, dernière limite entre la vie et la mort du monde romain’. Ils passèrent, et depuis ce fut une mélée de deux siécles, une débácle, un sac perma-
* Greg. Tur., Hist, lib. ni, c, 2. — Zozim., lib, vi, c. 3. — Prosper Tiro, Chron. Bibl. PP. Lugd. , t. VIII, p. 198. — Ceux qui aiment les rapprochements pourront remarquer qu'au méme lieu, au méme mois et presque au méme jour, quatorze siècles plus tard, le 31 décembre 1813, les Alliés, fils des Alains , des Suèves et des Vandales, franehissaient k Rhin pour renverser le dernier essai d'empire romain.