‹ Histoire de Saint LégerChapitre 93 sur 179 · E SA · texte numérisé non relu

E SA

served dés ce monde à saint Bavon et à sa noble famille. Pepih, méme aux yeux de Dieu, n'était point indigne de figurer à côté de lui et de profiter, comme d'un héritage, dà l’athinanse popularité de l'humble reclus. Il donna l'exemple aux benquérants comme aux saints de sa race. On vit plus d'une fois le maire du palais, le haut et puissant conseiller des rdis, l'arhitre des peuples, le vieux capitaine, s'en venir htimblement et pieds nus s'agenouiller devant un prétre et lui confessér sed fautes '.

Mais il est temps de résumer les faits nombreux qui reinplissent sa vie trég-active. Bien que d'un ordre inférieur et d’un intérêt purement politique , ces faits appartiennent au second pla de cette histoire par la part considérable qui en revient à Diddo, l'oncle de Léodégar. Pepin, né vers l'an 580, était déjà puissant à la chute de Brunehaut*. Maire du palais dàs l'an 614, il contribua beaucoup à rallier l'Austrasie à la Neustrie. Depuis, il présida entre Arnulf et Cunibert les conseils et les malls oà les évéques et les leudes austrasiens, au nom du jeune roi Dagobert , recueillaient les coutumes nationales, publiaient les premiers capitulaires , élaboraient tous les rudiments d'un nouveau droit et le mettaient en rapport ayec les lois romaines *.

Législgteur et conquérant , il commandait les armées, ct défendait vaillamment la frontière du Rhin contre les incursions des Saxons et des Thuringiens. Pepin parait avoir ey sur Dagobert une autorité spéciale et presque paternelle ; il est son. tuteur, son maitre, son patron , et il possède sur le jeune prince tous les droits que donnait la reegmmandation *.

! Barop., ad ann, 631, n» 8. — Ce fait est attribué par d'autres à Pepin d'Héristal. Cf. Boll., ad diem xx1 febr. Comment, prev., n° 41-49. — Ad diem viu maii,

* Frédeg., Chron., no 40.— Erchamberti fragmentum, Chesnæus, t, 1, p. 780.

3 Vila B. Pippini ducis, c. 1, Boll., xxi febr.

4 Cominisit ergo adolescentem in manum ejus, fretumque cousiliis et indusuia prudentissimi monitoris, cum ad regnandum in Austriam direxit, Suscep-

Pepin est du conseil des douze pairs ou arbitres qui prononcent entre Clotaire et Dagobert sur les limites de leurs États '. :

En 698 , il intervient dans l'érection d'un royaume d'A- . quitaine , et dans le partage du trésor royal entre les fils de Clotaire II. :

En 699 , il prévient une guerre de succession et règle l'apanage de Caribert; il fait passer sans secousse tout le reste des Gaules sous le commandement de Dagobert, et rétablit l'unité de la monarchie.

En 630, il parcourt les provinces avec Dagobert, rendant partout la justice et faisant admirer méme aux évéques la sagesse du jeune.roi , jusque-là fidèle à ses conseils ?.

Mais l'indocile Mérovingien l'obligea bientót de protester contre ses scandales. Pepin le fit sans peur et sans ménagement. Disgracié, entouré d'ennemis et d'espions, toujours fidèle, il se retira à l'écart, par amour de la justice et par crainte de Dieu *. |

Du fond de sa retraite, il dissipe une redoutable ghilde tramée contre l'ingrat et turbulent Dagobert. Il l'oblige de l'estimer assez pour lui confier son unique fils aussitôt aprés sa naissance, Il se vengea de sa disgráce en se dévouant au jeune Sigebert, et gráce à son habile sollicitude , il y aura un saint pour succéder au voluptueux Dagobert *.

Toujours retiré dans l'Aquitaine, il se rapproche de Caribert , dirige, au moins par ses conseils, de valeureuses etpéditions dans les Pyrénées , prend ainsi les devants sur les

tum itaque juvenem studuit Pippinus quam optimis moribus adornare. Vita B. Pippini ducis, c, n.

' Aimoin., de Gestis Francor., lib. iv, c. xui, — Fredegar., Chron., 53.

* Fredeg., Chron., n° 58.

3 Fredeg., Chion., no 61.

4 Vita S. Sigiberti, no 6. Boll., 1 febr. Nam ut se ct omne regnum absolveret discordiz scandalo , arrepto ad nutriendum Sigiberto regis filio, invidorum

factioni cessit et ad Charibertum regis fratrem in Aquitania morantem contendit.

Maures, et prépare les voies à ses héroiques petit-fils !, " En 631 , Caribert meurt; Dagobért est accusé de fratricide * ; sa politique s'inquiéte des liaisons de l'Austrasie et de l'Aquitaine. Pepin est traité plus durement et repoussé plus loin à l'écart. Privés de leur duc, les Austrasiens se laissent battre honteusement par des bandes de Slaves, que commandele marchand aventurier Samon, Franc d'origine*. -: En. 634, l'Austrasie échappant à Dagobert, il fallut lui donner un roi , et l'éléve de Pepin fut porté au pavois. Son vieux maitre demeura encore éloigné du palais *. ' En 638, Dagobert meurt, Pepin sort de son exil ; l'Austrasie l'accueille comme un pére ; le jeune Sigebert se remet sous sa tutelle; les leudes se rallient autour de lui; il préside au partage du trésor royal, et maintient la paix entre les-trois royaumes *. Profitant de l'élan général et jetant sur l'avenir un regard de prophétique sagesse, il prévoit de longues et orageuses minorités, et se dévoue à créer un parti national , qui fortifie la faiblesse de ces rois éphéméres et enfants. Il rassemble donc une vaste ghilde ou conjuration des chefs de la nation. Des évéques mémes entrent dans cette ligue du bien public *: Arnulf de Metz , les deux chefs du conseil de minorité, Cunibert de Cologne et le duc Adalgise , Éga , le maire de Neustrie , l'élite de la noblesse, se rangent avec empressement autour du vieux maire. L'oncle deLéodégar, Diddo, prendsa partdansce mouvement national. Pepin allait recueillir la plus noble consolation de sa longue et laborieuse carrière ; le réve de toute sa vie s'accomplissait : la France naissait heureuse et unie sous un saint roi. Il saluait d'avance cet avenir qui se levait devant

1 Aimoin., de Gestis Francor,, lib, 1v, c./xvu.

* Aimoin., ibid., c. Xxin.

3 Fredeg., Chron., 68. — Aimoin., de Gestis Francor., lib, wv, c. xxut, 4 Vales., Hist. rer. Franc., lib, xx, p. 114.

5 Vita S. Sigiberti , no 9. |

6 Fredeg., Chron., n° 85.

8o HISTOIRE

lui, quand, pour dernier sacrifice , il lui fallut rempre par la mort ce grand dessein (639) , et acheter à ce prix Une couronne dans le ciel *.

Tout s'émut à cette perte : la mort d'Éga, en Neustrie; la rendit plus douloureuse ; l'avenir seul en réyéla la grau deur. Pepin laissait un fils trop jeune pour hériter de ed pensées et de sa fortune, et trop ambitieux pour he pas prétendre à aller au delà de son père, asses audacipti$ pdur courir à son but par toutes les voies , assez habile poux eas cher son ambition, méme en lui láchant la bride. Maire dn palais comme par hérédité, tuteur d'un roi enfant qu'une sorte de vassalité rendait plus timide encore, maître de l'Ausuasie , et chef d'une vaste conjuration qui enlagait dana ses liens les princes de l'Eglise et du siècle ; la modératibh en une pareille fortune exigeait un héroisme qu'eüt à peind donné la vieillesse la plus sereine : elle manqua au jeune et ardent Grimoald *.

Son premier soin fut de consolider et d'étendre la ligue formée par son père. Il s'attacha spécialement le vénérable Gunibert de Cologne; il y fit entrer les prélats neustriens ; Diddo de Poitiers apparait ici clairement sur la scéae. Désidérius de Cahors reconnaît Grimoald pour son patron tràéspéeidl, el se recommande à lui avec tous sés amie * Cependant Arnulf mourut ; Cunibert se retira au milieu de son troupeau ; Diddo resta seul avec Grimoeld. Le yertigit les prit, toutefois sans troubler la profondeur de leurs combinaisons.

! Fredeg., Chron,, 85.

* Sequens annus Juctum maximum intulit regi Sigibetto ejusque regna , Pippino majore-domus ex hac luce subtracto, qui ipsum Sigibertum paterne nutrierat a puero et imbecillitatem pueritiæ et adolescentiæ ejus validi sui auxilii sustentaverat hrachio. Vita 8. Sigiberti , ne 10.

5 Cujus filius Grimoaldus, strenuus admodum javetis , propter egregia patris merita , populo simul et principibus valde etat chérus: Altioin., de Bebtis Francor., lib. 1v, c. xxxvm.

4 Fredeg.; Chron., no 86. — Epistola Desider. Cardurc. Griñodlde. D, Bouquet., Script. rcr, Franc., t. Il,

Un valet du jeune roi, Othon, ambitieux subalterne, parvenu des bas étages de la damesticité aux premiers hon« neurs du palais ', teiita de supplanter Grimoald. Celui-ci ou dédaigua de l'attaquer en faee, ou cacha cruellement san jeu. Il exeita eontre Othon un duc des Allemanes, Leutharis, qui maseacra l’odieux rival. On a pensé que ce Leutliaris pouvait être allié de Diddo et de la famille des ducs d'Alsace, où se suecèdent des noms assez semblables (649). | |

Grimoald essaya vainement de rattacher à son nom quelque prestige militaire; il ne figure que dans une expéditioii contre le duc de Thuringe : il l'ouvrit avec un grand dépleiement de troupes et un léger succès. Avant l'action décisive, il en appela aux redoutables serinents de la ghilde, ét flt jurer aux chefs et aux soldats, l'épée haute, de ne faire aucun quartier à l'ennemi. Mais il n'avait pas assez d'ascendant four dominer cette arrhée nombreuse ; la division se mit parmi les chefs; les uus restèrent dans l'inaction ; les aütres s'emportérent en désordre dans une charge intempestive , et se firent tailler en pièces: Grimosld demeurs imihobile auprès du jeune prince, qui, en digne Mérovingien , frémit de rage, et vetsa des larmes en contemplant cette boucherie des soldats francs * (644).

Cette humiliante déroute fut une faute et un malheur, dent Grimoaki ne se releva pas, Gbez un peuple guerrier , et surtout qui aspire à fonder une dynastie, la nullité milittire he se pardonne pas. Les nouvelles races royales subissent toujours le sacre senglant des batailles,

On dirait que Grimoald; après cet échec , s'arrêta irrés sUlü : dix années se passent sans qu'il pardisse avoir fai un pas pour l'exécution de ses projets. Pour rétablir son

1 Fredeg., Chron., 86, 88. — Vita S. Sigiberti reg., no 12. * Sigibertus eum suis fdelibus gravi amaritudinis mœrore adreptus super

equum sedens, lacrymas oculis prorumpens, plangebat quos perdiderat, Fredeg., Chron., no 87.

crédit entamé, il se montra généreux envers les moines et les clercs. IL dota richement les pieuses fondations de Nivelle, où sa mère et sa sœur, Itta et Gertrude, se retirérent et devinrent de glorieux vases de sanctification. Il figure avec le roi Sigebert et presque sur le mème pied , comme fondateur de Malmondier et de Stavelo : son nom se lit en tête des souscriptions des évéques et à côté de celui du roi *. Cette arrogance ne permet pas de méconnaitre l'arrière-pensée de Grimoald dans ses œuvres d'ostentation.

Peut-étre pendant ces dix années d'apparente inaction, Grimoald observait-il attentivement ce qui se passait en Neustrie et en Bourgogne. Tout y était en feu par la discorde du maire du palais Flaochat et du patrice Willibald :. Tous deux succombérent , laissant des armées sur les champs de batailles, des villes incendiées, des provinces ravagées, toute la monarchie des Francs ébranlée. Solennelle lecon , qui aurait dù profiter à l'ambitieux Grimoald , si l'ambition savait s'arréter devant les abimes.

Sigebert lui abandonnait les rênes flottantes de l'État; pour lui, fréle de complexion , sans héritier et n'en espérant plus, heureux de faire du bien aux pauvres et de thésauriser pour le ciel, des fondations pieuses , des concessions de priviléges , des fétes saintes , l'érection de douze monastéres *, quelques assemblées d'apparat suffisaient à sa modeste activité. Grimoald guettait sa couronne pour s'en emparer, au décès du roi, comme d'un bien vacant. À en croire même quelques récits contestables, il s'en serait assuré la transmission. par un acte d'adoption en faveur de Childebert son fils encore enfant *. Mais-voilà que, confondent cette âpre ambition, Dieu accorde un fils à Sigebert (646).

* Diploma reg. Sigib. D. Bouq., Script. rer. Franc., t. IV, p. 634.

2 Fredeg., Chron., no 90.

35 Vita S. Sigiberti, ne 14. Duodecim enim monasteria in diversis sui regni partibus sedificavit.

4 Lecoint., #nn, eccl, Franc.

Il fallut que Grimoald, dévorant cette déception et dissimulant ses convoitises, renouvelát ses serments de perpétuelle et inviolable fidélité. Toujours confiant et abusé, Sigebert lui remit en main le royal enfant, comme lniméme avait été livré au vénérable Pepin, sous le titre et selon toute l'étendue de la recommandation ‘. Ainsi, comme Pepin avait pu traiter Sigebert en fils adoptif, l'emmener avec lui jusque dans son exil, l'élever loin du palais natal, au fond de l'Aquitaine , Grimoald put exercer sur son pupille une sorte de suzeraineté, surveiller tous les détails de son éducation, l'isoler et l'entourer à son gré : situation délicate et scabreuse pour une aussi fougueuse ambition. I! dut longtemps observer avec inquiétude et tourner autour de sa proie, longtemps balancer entre toutes les pensées de violence et d'astuce qui l'obsédaient et qui devenaient de jour en jour sa ressource unique et désespérée. Jl devait craindre surtout les regards vigilants desévéques, sentinelles de l'autel et du tróne. On voit percer ces craintes ombrageuses dans un acte qu'il arracha à la complaisance abusée de Sigebert. Une grande question agitait l'Eglise, le monothélisme, qui remuait tout l'Orient et qui avait envoyé ses émissaires jusque dans les Gaules. Le pape saint Martin l'avait condamné dans un concile de Rome, dont il envoya les canons dans les Gaules *. Les évéques se rassemblérent , en Bourgogne, à Chálons-sur-Saóne, en Neustrie , à Angers (644). L'Austrasie devait avoir aussi son concile. L'archevéque de Bourges Wifoléde l'avait convoqué, peutétre par une commission du pape. Mais Grimoald s'opposa à la tenue de ce concile qui l’eût surveillé de trop prés. Il écrivit au nom de Sigebert , en termes durs et impératifs, une défense expresse aux évéques de se rendre à cette

5 Dagobertum..... nutriendum commisit majori domus Grimoaldo, 7'ita

S, Sigiberti , no 15.

* Labb., Conc. Rom., anu, 610.

assemblée *. Il. est difficile de ne pas voir dans cet acte àné précaution deGrimoald pour écarter des témoinsimportuns.

Dieu le voyait , et par un dernier effort pour l'arrêter em bord du précipice , tont à coup cet invisible témoin déchira tous les voiles et apparut. Depuis trente-trois ans vivait, sur les hauteurs de Romberg, nun saint solitaire autrefois puissant au paleis, Romaric , le fondateur de Remiremont. Sa vie s'était partagée entre Dieu et les lépreux, faisant d'ordinaire l'un et l'autre service à la fois. Il avait mérité par là de pénétrer dans le ségulcre pour ressusciter les morts, en purgatoire pour affranchir les âmes, dana l'avenir pour y lire les secrets de Dieu. Il venait d'euvrir le ciel à plus de cent vierges sanctifiées sur la Sainte-Monta. gne; à son tour il allait être couronné , quand il vit dans une lumière prophétique les malheurs qui allaient fondre sur les Francs et l'Église des Gaules , sur le fils du saint roi Sigebert et celui du bienheureux Pepin, son vieil et éternel omi. Il n'avait plus qu'à disposer de trois jours de vie; il part à l'heure méme, descend la Sainte-Montagne, et va droit au palais qu'il n'avait plus revu depuis trente ans. I} y arrive au milieu de la nuit ; des messagers empressés en donnent nouvelle à Grinoald , qui accourt au-devant du vieillard, portant lui-méme un flambeau pour éclairer ses pas. Cette visite intempestive, le sombre éclat des torches résineuses, l'aspect du solitaire, ce message hátif d'un envoyé de Dieu ,

: Cette circulaire ministérielle, conservée dans la correspondance de saint Désiré de Cahors, ferait honneur au génie retors et chicanier de nos légistes parlementaires. Grimoald , dés le premier mot, traite de fable le bruit d'un prochain concile; comment pourreit-il en ignorer le lieu et les membres? Assurément il respecte les canons de l'Église , comme on les a toujours respectés au palais; mais qu'on tienne concile, à telle époque , sans en prévenir le roi, ni le roi ni les grands ne sanraient le tolérer. Que si plus tard, en ter&pe opportun, après avis préalable, on veut s'assembler pour le bien de l'Église ou de l'État, ou tout motif raisonnable, soit; mais toutefois , on le répéte, aprés information du roi. Bref, point de concile pour leur sainteté épiscopale, jusqu'à nouvel avis dn bon plaisir royal, D, Bouquet, $criptor.

er. Franc,, t. IV, p. 47.

ce prophète qui s'arrête au bord de sa tombe pour montrer du doigt un abime , tout inspirait à Grimoald une émotion profonde. L'homme de Dieu grandissait devant lui au delà deb proportions humaines, et il lui semblait voir un ang où un signe du ciel qui le remplissait de terreur '. Rien nè transbirà des entretiens qu'ils eurent ensemble. Seulement 6n sut que Grimoald , subjugué par l’ascendant du saint homnie et la vertude Dieu qui l'investissait , promit tout ee qui lui était demandé. On le vit embrasser le saint vieillard avec un grand respect et lui offrir des présents *. Au dimanche suivalit, trois jours après cette entrevue, Romaric, sefermant fes yeux de ses propres mains et s'endormant de la paix dés justes , bénissait Dien qui lui accordait de monter au ciel au jour óà le Seigneur ressuscita des morts. Ce fut en ce temps- Jà qué saint Bavon, parent de Grimoald , et Itta, sa bien: heureuse mére, terminaient leur sainte vie. |

Tous les bons anges de Grimoald semblaient le quitter, et les évétiéments le précipiter et l'emporter comme malgré lui. Bigebert mourait en saint, à vingt-six ans (en 646) ; Grimoald deinéurait avec un enfant seul , en face du seul obstacle qui le séparát du trône. Un dernier conseil se tint pntre lui et Biddo : celui-ci, peut-être pour épargner un crime plus odieux , est aceusé d'avoir proposé l'exil clandestin du jeune prince. À vrai dire , un demi-siécle plus tôt , on s'y füt pris mbins timidement. On se souvient des trois fils de Clodomir et des quatre petits-fils de Brunehaut. La violence se cachait, l'injustice demeurait. Diddo la couvrit d'un voile sacrilége,

! Ubi cam ventum fuisset, audito per interauncios vir magnificus Grimoaldus subregulus, quod noctis tempore ad eum accedere voluisset, surgens cam facibns accensis, intempestæ noctis tempore, medio itinere ei obvius fuit ; adspiciensque hominem Dei mirz magaitadinis, nescio quid tanquam angelicum seu coeleste signum se super eum vidisse contremuit. Vita S. Homarici, n? 11, sæc. 1! Bened.

* Cum multa reverentia complexus, munmeribus allatis, se facturum esse quz dicebantur pollicitus est. Ibid.

en imposant à la royale victime , comme pour la dégrader , la tonsure cléricale '.

: Tl fallait tromper tout un peuple , échapper aux regards du palais attentif, donner le change à une mére. Hymnehilde fut-elle dupe ou complice de Grimoald? N'eut-il point des associés au palais d'Austrasie , et méme en celui de Neustrie? Ebroin, qui y régnait déjà despotiquement, fut-il étranger à cette trame? Plusieurs affirmfnt sa complicité *. D'autres accusent également la veuve de Sigebert, la reine Hymnehilde *.

Grimoald, s'aidant au moins de toute son audace, et profitant de l'enpire que lui donne sur le jeune prince le droit de recommandation , l'environne brusquement d'un secret impénétrable , et jette peu à peu au public des nouvelles sinistres : Dagobert se meurt, il agonise, il défaille, un convoi funébre sort du palais; le jeune roi est inhumé, pleuré , et disparaît.

En méme temps circule un testament de Sigebert , qui reconnaît pour son héritier, à défaut de ses hoirs, le fils de Grimoald, lequel prend le nom de Childebert. Une assemblée est convoquée au palais ; les fidèles de Grimoald y accourent : son fils est promené la lance en main sur le pavois, aux acclamations de la foule. Les évêques eux-mêmes s'y trompent : le nouveau roi reçoit leurs félicitations et leur envoie ses largesses. Ainsi triomphe l'intrigue tramée pendant quinze ans ; Grimoald s'en applaudit : mais Dieu l'attend à sept mois de là.

Cependant l'évéque Diddo, aprés avoir imposé les mains de vive force au malheureux Dagobert , l'emmenait au loin,

! Gesta. Regum Francor., n° 43. — Chron., vetus Moissiac, D. Bouquet, Script. rer. Francor., t. 11, p. 652. — Dagobertum... Grimoaldus totondit et per Didonem Pictavorum profanatorem , non dico episcopum, in exiliam misit.

Chron. Centulense, Ibid., t. 1}, p. 351.

* Lecoint., Annal. Francor,

3 Vales., Her. Francor.

descendait vers la mer, et l'abandonnait sur l'Océan , dans | une fréle barque, avec un petit nombre de serviteurs gagnés ou dévoués. Les vents de Dieu et ses anges emportent "l'exilé dans l'hospitaliére Érin, où se réfugiaient, comme cet orphelin, toutes les royautés déchues, les lettres et les saints, Il y trouva une famille et une patrie. Un évéque répara la trahison d'un évéque. Que Wilfrid fasse oublier Diddo ! que la charité del'un couvredeson manteau les fautes de l'autre! Wilfrid, évêque d'Yorck , servit de père à Dagobert. Il lui procura méme une alliance convenable ; une vierge saxonne de sang royal s'unit à l'exilé et le consola, en attendant que la justice de Dieu le vengeát et leramenát en Austrasie *.

En franchissant le dernier degré du trône, Grimoald sentit la terre se dérober sous ses pieds. La ghilde puissante qui l'avait soutenu , lui et son pére, d'abord se retira avec défiance, puis l’assaillit avec colère. Hymnehilde rompit la premiére et courut à Lutéce pour tout confier à la reine Bathilde, et dénoncer au frére de Sigebert le ténébreux complot qui avait frappé son neveu de mort ou d'exil. Clovis n'osa attaquer de vive force le maire austrásien, qui devait périr par où il avait failli, par l'astuce. Sous prétexte de lui accorder des présents et des honneurs, on l'attire à Paris, on s'empare de lui , on le met au cachot. Trop coupable pour être jugé, il subit dans la geóle un châtiment infáme que l'histoire a dédaigné de raconter (656).

Ainsi périt le fils du vénérable Pepin, le fils , le frère et le père des saints : heureux si leurs mérites et la grandeur de sa chute ont fait descendre sur lui, dans sa fosse , un rayon de repentance et de miséricorde ! Il faillit entraîner dans sa perte sa race tout entière : son fils disparut plus profondément que celui de Sigebert ; sa fille se réfugia sous l'aile de Dieu, sur le tombeau de son aieule Itta , auprés de sainte Gertrude qui lui donna le voile de la religion. Saintes ámes,

4 Vita S. Wilfrid., sc, u Bened.

sé HISTOIRE DE SAIST LEGER.

qui apaiserent la colere du ciel, et conserrèrent à leur noble famille, malgré les crimes de Grimogld , l'avenir et le plus beau trône du monde, après celui du ciel,

Du reste, Clovis fut généreux, ou plutôt l'indulgente main de Bathilde s’étendit sur les complices de Grimoald. Diddo, le plus coupable de tous, trouva grâce, ay point que peu aprés le palais et toutes ses faveurs s'ouvraient à son neveu Léodégar.

Il se peut, du reste, que tous les fils de cette trame qi longtemps et si habilement tissue, n'aient pas été entièrement démélés : il est difficile au moins d'expliquer comment Dagobert demeure abandonné au delà des mers, et pourquoi, sans qu'il soit fait mention de lui nulle part, son exil se prolonge encore plus de vingt ans.

Nous entrons dans une série d'événements où nous aurons souvent à admirer les retours soudains et profonds de la Providence, qui gouverne ce monde comme elle l'a créé, en se jouant. Ainsi, pendant que Dagobert exilé abordait en Irlande , une captive irlandaise devenait reine des Francs pour venger l'exilé; pendant que Diddo arrachait de gon palais un jeune prince et l'emmenait au loin, Dieu retirajt son neveu Léodégar del'église de Poitiers et le reléguait dans la solitude. Exilé volontaire , le monde se fermait sur lui, et Dieu se préparait à l'y ramener plus fort et plus sajnt, pour le salut de plusieurs, et en particulier pour le rétablissement de l'exilé d'Irlande. Dagobert II et Léodégar, trempés l'un et l'autre dans la retraite, combattront ensemble les combats de Dieu et mourront presque en même temps, martyrs tous deux de la justice , nobles et saintes victuugs offertes à Dieu pour le salut et la grandeur de la France

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