SAINT LÉGER RECTEUR-DU PALAIS, CHEF DE LA CHAPELLE MÉROVINGIENNE
Commencement de sainte Bathilde, — Saint Léger précepteur de ses fils, recteur du paläis. — Saint Ouen , archichapelain, et autres collègues de saint Léger. — Quelques disciples de l'école palatine. — Leur correspondance, — Instructions sur l'éducation d'un prince , document du vir? siècle.
« Béni soit le Seigneur, qui, voulant sauver tous les hommes et les amener à la connaissance de la vérité, opère en eux toutes choses avec force et suavité '. » Léodégar et la bienheureuse Bathilde devaient se rencontrer au palais, et concourir au gouvernement des Francs. Conduit auprés des rois dés son enfance, Léodégar s'est vainement enfoncé de retraite en retraite pendant plus de trente ans. Au terme le plus reculé de cette marche rétrograde, Dieu, par un brusque retour, le raméne au point de départ.
Bathilde passa par des détours plus étranges encore. Petite-fille du Bretwalda Ethelbert, premier roi chrétien des Saxons, issue de la race de Woden *, ancien chef et vieux génie des races scandinaves et germaniques , elle jouait un jour sux la grève de l'Océan avec ses compagnes; elle errait sur une nacelle le long des cótes d'Albion : la tempéte et les pirates la jetérent sur l'un des marchés d'esclaves des
! Vita S. Balthildis, no 2 , sec. n Bened.
* Joh. Hove, Histor. anglic. — Jac, Malbraucus, de Morin., lib. ni, c. 30. — Ex Wodeni stirpe multarum provinciatum regium genus originem dusit, Ven, Be&d., Hist, eccles., lib, 1, c. 13.
Gaules '. « Vendue à vil prix , l'inestimable perle de Dieu » vint aux mains d'Archambaud, qui en fit l'ornement de sa table; Bathilde fut choisie pour y présenter la coupe aux convives *. Débonnaire de cœur et de manières, d'une pudeur virginale et craintive, elle trouva gráce devant les princes ; au sortir des banquets, où elle accomplissait trésnoblement son office d'échanson , elle se confondait parmi ses compagnes, et se faisait si humble et si prévenante qu'elle allait jusqu'à délier et nettoyer les chaussures des plus ágées, et à leur laver les pieds. Archambaud voulut l'élever de ces huimbles emplois au rang de son épouse : elle se déroba à cet honneur en se tenant cachée à l'écart ; mais à peine sortie de sa retraite, Dieu l'appela à une royale alliance avec Clovis, fils de Dagobert. Ainsi la guerre, la mer, la tempête, la captivité, la vente à l'encan , conduisent Bathilde au tróne mérovingien. « Ce ne fut pas vraiment sans étonner tout le royaume ; mais cette rose de Saxe , plantée au milieu des fleurs de lis, leur rendra une odeur suave et les comblera d'un bonheur incomparable *. »
Bathilde appela Léodégar au palais principalement pour se décharger sur lui du plus grave objet de ses sollicitudes , l'éducation de ses fils , et par suite de tous les jeunes Francs qui continuaient de fréquenter l'école palatine. Il est dificile d'entendre autrement le titre de RECTEUR DU PALAIS, qui lui est donné par les historiens contemporains *. Précepteur de trois princes destinés à régner , et, par la confiance de Bathilde, pére autant que maitre de ses nobles disciples, Léodégar préparait avec amour un demi-siècle de bonheur à sa patrie. Prévoyait-il que de ses trois élèves l'un mourrait avant le temps , et les deux autres, ou seraient ses persécuteurs, ou s'uniraient à ses bourreaux ? Soupçonnait-il com-
' Vit. S. Balthildis, sæc. n Beried. Observ, prev.
3 ]bid., n° 2.
? Ribadeneira, la Fleur des Saints, 30 janv.
4 Ursin., n9 5.
bien amèrement ses desseins seraient traversés? Avec là confiance d'une grande àme, il se dévouait en oubliant le passé, où tant de paix l'avait environné, en ferniant les yeux sur l'avenir, où tant d'orages renverseraient ses plus légitimes espérances.
L'école du palais lui offrait un puissant moyen d'accomplir sa principalé mission. S'il ne releva pas cette institution qui lui était chère par les ineilleurs souvenirs de sun enfance , il lui donna un grand éclat par l'éducation dee trois fils de Bathilde,
Déjà cette école datait d’un siècle. Nous avons vu ses commencements obscurs au sixième siècle, son remarqua ble éclat sous Clotaire IT , son plus haut point dé prospérité an moment où Léodégar la quittait pour aller à Poitiers, trente ans avant de se retrouver à sa tête.
Pendant cet intervalle, soit qu'elle fát déchue dé sa splendeur, ou qu'on l'eüt oubliée davantage par le fréquent déplacement du palais qui suivait les rois , tantôt en Netstrie , tantôt eri Áustrasie, les renseignements deviennent de plus en plus rares. Il arrive si souvent d'ailleurs que ces sortes d'institutions, à force de bienfaits , se font oublier, et qu'on les remarque d'autant moins qu'elles ont duré davantage , et passé en faisant plus de bieh à travers ün plus grand nombre de générations.
. . Pour combler cette lacune entre les deux apparitions de
Léodégar , il faut nbus borner à quelques indications aridés et timides sur les maîtres et les disciples qui y ont figuré.
D'abord on rencontre sous Dagobert quelques chapelains assez clairement nommés, le Gallo-Roimain Athanasius, dépuis attaché à l'église de Colôgne *, et le Franc Riculfus ou Ricolaus , Varimbert , trés-peu digne de cet honneur $; et
: Belleforest, Cosmograph. univers. de Munster.
2 C'est l'un des premiers abbés commendataires que l'on connaisse ; ses dé-
bats scandaleux avec les moines de Saint-Médard de Soissons sont racontés en grand détail dans la vie de saint Médard. D'Acheri, Spicileg., t. VIN, p. 408.
l'illusue référendaire Audoen, évèque de Rouen '. Ona tenté d'y joindre, sur des indications douteuses , un nom aussi célèbre et aussi saint, celui de l'apótre du nord des Gaules, saint Amand , le pére spirituel du pieux roi Sigebert *.
Parmi les élèves, deux noms seuls, que nous sachions, ont échappé à l'oubli, à force de sainteté : saint Philibert , que nous rencontrerons dans les combats de Léodégar, recommandé à Dagobert par son père Filibald , très-noble Franc , qui fut élevé au siége d'Aire ?, et saint Amalbert, l'ange du palais *; tous deux méritèrent de vivre dans une étroite union avec leur illustre maitre Audoen *.
Amalbert surtout fut son fils de prédilection ; il l'avait comme recu sur ses genonx, à sa naissance, des mains de son père , saint Germer ; il avait catéchisé son enfance, régénéré son âme au saint baptéme, instruit sa jeunesse et conservé sa premiére innocence. Plus vif et plus sémillant que tous les jeunes Francs ses camarades , il était plus humble que le dernier des pauvres. Accompli en ceuvres et en paroles , il etait le bien-aimé de Dagobert, qui le trouvait également brave sous les armes, éloquent et bon conseiller. Allait-on en bataille, il occupait à côté du roi le poste qu'avait noblement rempli son saint et valeureux père *. Il le devança sous les tentes du ciel , avec ses deux sœurs, mortes dans le parfum de leur jeunesse et de leur virginité 7. Amalbert était vierge aussi et ne connaissait point la corruption du monde. Comme il revenait de la Gascogne aprés une expédition militaire , il mourut subitement entre les bras
: Domno Audoeno archicapellano nostro ad usum Rucolni archicapellani. Diplom. Dagoberti. — Cf. Archon., Hist, de la Chap. du rot.
? ll y a tout lieu de croire que saint Amand était le chef de ces ecclésiastiques (du palais). Archon., Histoire de la Chapelle du roi, p. 62. , -
3 Fita-S, Filiberti, n°1,sæc. n Bened.
4 Vita S. Geremari, n° 8, ibid.
5 ]l y a encore à cette époque un saint Albert de Séez, trés-peu connu, qui fut élevé au palais. Vita S. Alberti, sec. 1 Bened. in appendice.
6 Vita S. Geremari , n° 1.
? lbid., n. 18, 19.
de Clovis, le fils du roi, qui l'aimait autant que son père. Germer, à cette nouvelle, descendit, pour ensevelir son fils, de la crypte de saint Samson, qu'il habitait depuis cinq ans ; le roi et les Francs qüi aimaient Amalbert menèrent ses funérailles: un chœur nombreux de clercs et de moines venait psalmodiant à la suite du père, qui offrait à Dieu avec joie son fils unique et chantait au milieu du convoi : « Le Seigneur est la part de mon héritage et de mon calice ; c'est toi , mon Dieu , qui me rendras cet héritage qui m'appartient. »
Léodégar arrivait au palais l'année méme de cette mort précieuse aux yeux du Seigneur. Les traditions de son
‘enfance ne s'étaient donc point effacées. La bonne odeur qu'exhalait alors le palais, les recommandations d'Herchen-Freda à ses trois fils, les exemples des Clodufel , des Paul, des Moronte, des Hermenfroi, des Burgondofare revivaient; le flambeau avait passé de main en main sans s'éteindre. Il n'y avait pas jusqu'à ses illustres maîtres les abbés du palais, Betharius, Rusticus, Sulpitius , qu'il ne retrouvât dans le vénérable Audoen, que de graves témoignages rangent parmi leurs successeurs.
Un monument ancien donne en termes précis à saint Ouen le titre d'archichapelain '. Les fonctions de référendaire qu'il occupa, loin d'étre incompatibles avec celles de chef de l'oratoire, semblent plutót à cette époque y avoir été annexées: au titre il joint l'exercice de la charge. Il est visiblement cemme Léodégar le pasteur du palais ; c'est à ce titre qu'il reçoit à sa naissance le jeune Amalbert, qu'il lui donne les enseignements du catéchuménat et le pénétre profondément des mystères de la foi ; c'est comme père et pasteur qu'il ne le quitte plus jusqu'à ce qu'il l'ait envoyé avec toute son innocence dans les tabernacles éternels.
C'est lui encore que le jeune Filibert, en entrant au palais, trouve à la téte des plus illustres, aimant beaucoup
1 Vita S. Filiberti, n° 1, sec. n Bened, — Vita S. Eligii , Spicil., t. II.
Dieu sous son baudrier d'or, dit l'histoire, et cachant sous la soie de rudes vétements de pénitence '; Filibert s'attache à lui comme l'un de ses fidèles , et lui voue une filiale affection que rien ne suspendra de sa part, pas méme une méprise momentanée de son vénérable maitre, un instant trompé par Ebroin. Aprés que l'un sera monté au trône épiscopal, et que l'autre aura fondé de célèbres abbayes, ils aimeront à se retrouver sous les pieux ombrages de Fontenelle, pour s'entretenir ensemble, conune dans les pieuses . causeries du palais , sur le royaume du Christ ; sur les délices du ciel, sur les peines de la géhenne , sur la justice, la foi et la charité, sur le salut de la patrie, sur le mépris des plaisirs et la nécessité de la paix pour tous, On coneervera religieusement les lits et les siéges sur lesquels le saint pontife cónversait entre ses deux disciples, Filibert et Wandrégisile , le premier abbé de Fontenelle '.
Ce n'est pas seulement à deux saints, à quelques jeunes Francs que le vénérable Audoen sert de maitre , c'est le précepteur de tous les Francs, le père de trois générations contemporaines , l'oracle de sept rois qu'il vit se succéder au palais*; c'est l'archichapelain de la dynastie mérovingienne et de la race franke : il passe en faisant le bien pendant plus de quatre-vingts ans, enseignant bien au delà de l'enceinte du pelais et des bornes séculaires de sa longue vie. « C'est pourquoi, pasteur élu du Seigneur, insigne prédicateur en œuvres autant qu'en paroles, grâce à la protection divine et à la force de notre religion de foi, il adoucit la violente ápreté des Francs et la changea en mansuétude ?. »
Ainsi la chapelle du palais portait ses fruits, l'ombre de
! Vita secunda S, Wandregisili, no 17, ibid.
? Quid plura? dilectus ab ipso principe ob amorem famulatus, inter czteros satellites regi valde creditus, pro sapientis oraculo fulgebat i in tempore. Acta S. dudoeni, n° 4. Boll. xxiv aug.
3 Jbid., n° 6
la barbarie déclinait, le Sicambre s'effagait , la France naissait. On entend autour de son berceau comme des concertá renouvelés des beaux jours de la civilisation antique; ce sont des voix amies qui, parties de l'école palatine , se répondent longtémps encore à travers le monde; les condisciples de Léodégar , les nutritii de Clotaire II et de Dagobert conservaient leurs amitiés d'enfance et les entretenaient par des présents, des fétes communes, un cominerce de lettres fréquentes qui nous sont heureusement parvenues. Ils ayaient déjà dés le palais l'usage d'échanger entre eux de fraternelles tablettes *; cette consolation leur plaisait encore sur le retour de l'áge. Eloi ne peut rencontrer une heure de paix au milieu des mondaines vicissitudes, sans penser à son vieil ami Désidérius de Cahors , et il admire que leur amitié ne vieillisse pas *. Paul de Verdun remercie le inéme Désidérius, qui lui envoie avec ses saintes eulogies du falerne trés-distingué par douzaines de grands vases, par tonnes pleines, au lieu d'une seule amphore qu'il a demandée *. Iis se réclament de mutuels services, se recommandent leurs amis, leurs clients, leurs bonnes œuvres, en souvenir de leur ancienne confraternité *. Les rois et les fils des rois sceeptent ces communications familiéres; Dagobert , Sigebert aiment à leur rappeler la table commune et les jours passés ensemble *. Il n'est pas jusqu'à des réminiscences elassiques qui ne renaissent, fraîches encore, sur leurs tablettes *; ils entrent dans les plus intimes confidences de
' Epistola Desiderii IX ad Abbonem, D. Bouquet, Scriptor. Franc., t. M, p. 89.
* Epistola Eligii ad Besider,, ibid., p. 44.
3 Superezcrevit quidem et superabundavit benedictio largitatis vestrz , adeo ut , dum nos unam Falerni amphoram deposcimus , vos eminentia vasa, et ut usitatius dicam, tunnas decem elegantissimi Falerni tanti habuistis dirigere. Epist. Pauli ad Desider., ibid., p. 45.
4 Epist. Desiderii ad Modoaldum , p. 88, — ad Chlodulfum, p. 39 , — ad Abbonem, p. 39, etc.
5 Epist, Sigiberti ad Desiderium , p. 44. | 6 Epist, Pauli ad Desiderium, p. 45. -— Desiderii ad Felicem, yp. 4l.
famille ‘ ; ils se visitent d'un bout de la Gaule à l'autre, des bords du Tarn aux rives du Rhin *; et quand une féte plus solennelle, Pâques ou Noël, la consécration d'une église, l'inauguration d'un monastère, les réunit , leur bonheur est de s'entretenir, comme autrefois au palais , de l'éternelle et désirable vie au palais du grand roi. « Veuillez, écrivait Désidérius à Audoen, me conserver ce mien ami, cet Audoen que j'aimais autrefois d'un amour unique dans la premiere fleur de sa jeunesse. Conservons entre vous et moi et avec votre ami , ou plutót notre Eloi, cette inébranlable charité, cette fraternité inséparable qui nous a toujours unis. Aidons-nous de prières mutuelles, afin qu'ayant été associés à la cour du roi terrestre, nous soyons de inéme dignes de vivre aux célestes palais du roi d'en haut. Et bien que j'aie déjà perdu deux frères de cette famille , il nous reste en leur place le vénérable Paul et le non moins recommandable Sulpitius ?.
Nous rencontrons ici le pére de toute cette famille ; élevé au siége patriarcal de Bourges, plusieurs de ses disciples furent appelés à gouverner les éplises voisines; aux jours de grande féte, ils accouraient à ses cótés et tenaient à honneur de s'asseoir sur les marches de son trône. Ils le prenaient pour arbitre de leurs différends ; ils lui envoyaient des eulogies de Pâques, le saluaient leur père, et écoutaient docilement les remontrances parfois sévères qu'il leur adressait dans ses lettres, curieux mélange de bonhomie, de finesse et de fermeté. Ils estimaient que lui demeurer fidèle, c'était acquérir des droits au partage avec Dieu ; que le voir au milieu d'eux , c'était avoir Dieu marchant avec eux *.
Nous serions-nous trop abandonné aux charmes de ces
* Epist. Desiderii ad Chlodulfum , p. 39.
* Epist. Desiderii ad Modoald., ihid.
3 Epist. Desiderii ad Dadonem , p. 40.
5 Epist. Desiderii ad Sulpitium , p. 44. — Sulpiti ad Desiderium, p. 49, 45, — ejusdem ad Verum, p. 43.
mémoires intimes du septième siècle? Il nous a semblé qu'ayant déjà recueilli la chronique de l'école palatine, retrouvé son berceau, compté ses premiers chapelains, passé en revue ses principaux élèves, renoué ses annales et vénéré ses saints, c'était un devoir d'achever cette étude, en dépouillant sa correspondance et ses monuments littéraires. Il nous resteraità signaler quelques détails qui se rapportent au temps où Léodégar la dirige, à recueillir quelques noms encore bénis dans l'Eglise ; et peut-étre s'agit-il des enfants mêmes du nouveau pasteur du palais. Tel fut Hermeland, dispensateur de la coupe royale et prince des échansons, qui, au moment de mettre le comble à son heureuse fortuné par une illustre alliance, au jour méme de ses noces, quitte sa fiancée, le palais et toutes choses, pour s'enfoncer de solitude en solitude, à Fontenelle d'abord, puis dans les iles désertes de la Loire , à Andrin, à Andrette, où il mourut septuagénaire, et monta au ciel parmi les chœurs d'anges et de vierges qui emmenérent en triomphe son áme virginale '.
Mais jusqu'ici l'école du palais, si riche en saints de toutes les classes, manquait de Ja pourpre des martyrs : Léodégar la lui donnera ; et ce ne sera pas seulement en lui, pontife immolé pour la justice, mais dans ce qu'il aura aimé, élevé, nourri; son cœur sera fécond comme celui des premiers chrétiens; martyr, il enfantera d'autres martyrs. C'est la paternité qui lui convient ; ainsi fut-il le père de Lambert* de Ragnebert ou Rambert *. Mais ne devançons point trop les années ; quand Dieu ouvrira l'aréne sanglante, nous les retrouverons aux cótés de Léodégar, se souvenant de ses exemples , et accoutumés dés le palais à marcher sur ses traces.
Léodégar n'avait-il que ces leçons vivantes à mettre sous
! Vita S. Hermenlandi , sec. 1 Bened., p. 1.
2 Vita S. Lantberti , sec. 1i Bened., ibid.
3 Acta S, Ragneberti, Uoll. xin jun.
les yeux des enfants de Bathilde? cette école déjà séculaire n’ayait-elle point, au moins pour le haut enseignement des princes, ses formules et ses traditions arrétées? Qui nous donnera les plans, la méthode, l'idée de Léodégar, nen plus seulement comme pasteur du palais et chef de l'oratoire, mais comme instituteur et gouverneur des enfants de France au septième siècle? Nous n'oserions faire ces questions, si la Providence n'avait sauvé et mis récemment en lumiére un document qui nous parait y répoudre.
Cette pi&ce a paru, en 1831, parini les monuments inédits que publie depuis trente ans le cardinal Mai , infatigable et savant restaurateur des Palimpsestes '. Ila tiré ce doeument des manuscrits que la reine de Suède déposa au Vatican , et qu'elle avait en grande partie recueillis des débris de la fameuse bibliothèque de Saint-Benoît -sur-Loire *.
! Maii rova Collectio veterum Scriptorum, 1. IV, part. u, p. i-vin. Nous reproduisons cette pièce dans nos Anulecta.
? Nous établirons plus tard que Saint-Benoit-sur-Loire s'eurichit au x* siècle de plusieurs manuscrits trés-précieux venus des monastères d'Autun : il en est dans le nombre qui remontent incontestablement aux tempe voisins de saint Léger, et qui ont pu passer par ses mains. ll se pourrait donc que ce document, comme d'autres dont nous parlerons, aprés avoir appartenu à saiut Léger, eût été déposé dans les archives de Saint-Symphorlen , puis de Saint- Martin d'Autun; que de là il eût été porté dans les riches armaria de Saint- Benoit-sur-Loire ; qu'aprés le sac de cette bibliothéque par les protestants , en 1562, il fût tombé , de pillage en pillage, de vente en vente, aux mains de Christine de Suède, pour attendre, sous les voûtes du Vatican, le docte cardinal qui vient de l'exhumer aprés onze cents ans de vicissitudes.
C'est manifestement une pièce du vu: siècle et , selon le savant éditeur, probablement l’œuvre de saint Éloi ou de saint Ouen s'adressant à un jeune roi. Ce prince aurait eu, aux termes de cette œuvre, pour trisaïeul le premier des Clotaires et pour aieul le second, ce qui ne peus convenir qu'à l'un ou l'autre des deux fils de Dagobert. Bien qu'on y fasse plus d'une allusion aux principaux personnages de la cour, et surtout aux parents du jeuue prince, il n'y a nulle mention méme indirecte soit de Nanthilde , la veuve de Dagobert, soit de Bathilde. 1l est donc présumable qu'à l'époque où l'auteur. écrivait, Nanthilde était déjà morte, et que Bathilde n'était pas encore reine. Cette pièce tomberait ainsi entre l'année 6&0 où mourut Nanthilde, et l’année 649 où Bathilde devint reine des Francs.
Comme enfin cette exhortation suppose un priace déjà d’un âge intelligent,
Il cet difficile de n'y pas reconnaître une exhortaiion d'un maitre de l'oratoire royal. Il y règne une couleur méthodique , savante et pédagogique , un accent d'autorité douce et familiére, des allusions aux traditions intimes du palais, une hardiesse de détails, une franchise de conseils qui ne s'expliquent bien que dansla bouche d'un précepteur tel qu'Audoen ou Léodégar. Ce précepteur appelle le jeune roi son fils, et il lui donne des conseils sur les jeunes Franés nourris au palais ; il revient souvent sur cette parole qui sent l’école mérovingienne ; il va jusqu'à demander que tous les Francs soient traités comme les nourrissons du palais. El est évident que ce langage ne convient qu'à l'archichapelain.
Quel que soit le Bossuet ou le Fénelon du septième siécle qui ait rédigé ces instructions sur l'éducation d'un prince, elles jettent un grand jour sur le programme adopté dans la royale école, et sur la délicate mission confiée par la reine Bathilde à Léodégar.
Voici le début :
Au nom du Christ, commence le sermon au voi.
« J'avertis ta sublimité , trés-noble Roi , afin que ton Et- « cellence daigne accueillir bénignement ce que j'ai osé « écrire sous la dictée de la charité. Or, il te faut , tràg- « pieux Roi, repasser fréquemment les sacrées Écritures, « afin que tu puisses y apprendre les raisons d'agir des « anciens rois qui ont été agréables à Dieu; comment,
il faut se reporter au delà de 645, pour que Clovis, né en 638, fût exi tue de l'entendre. En&n , il est question d'un règne naissant ou encore peu avadcé ; il ne faudrait donc point trop dépasser l'année 645. Or c'est l'époque où saint Ouen avait le plus de puissance au palais; référendaire, apocrisiaire , archichapelain, évêque de Rouen , il pouvait, selon l'usage, exercer toutes ses fonctions et continuer de surveiller au palais l'éducation du jeune prince. Obligé cependant de se livrer à son troupeau, on conçoit qu'il ait éprouvé le besoin de laisser par écrit, entre les mains de son royal élève, un précis de ses enseignements,
« par la sauvegarde de l'humilité , ils ont plu au Seigneur ; « comment en suivant leurs traces tu obtiendras un long « et durable honneur en ce royaume présent, et, par- « dessus tout, une vie éternelle. Ainsi le roi David , tou- « jours sage et humble , en opérant les bonnes œuvres qui « agréaient au Seigneur , a triomphé sans fin des batailles « préparées contre lui, et a commencé d’édifier le temple « du Seigneur ; et après lui, son fils Salomon le mena à « la perfection : car le Seigneur avait parlé par le prophète « à David, lui disant : De toi sortira celui qui plus tard « édifiera ma maison. Et il est dit que ce méme roi Salo- « mon eut une sagesse si grande et une telle puissance que « jamais nul ne put reprendre en ses dires un seul iota. Il « fut droit en jugement, sage en paroles, et régla tous ses « mouvements d'une maniere royale. »
Ainsi, avant toutes choses, le précepteur en appelle au grand Maitre, et il dépose au cour de son disciple les enseignements des saints livres. C'est le fondement qu'il choisit pour y asseoir, comme un nouveau temple du Seigneur, la monarchie naissante du second peuple choisi. Que pouvaitil trouver de mieux, non-seulement pour régler la vie et discipliner la conduite, mais encore pour développer le cœur, l'intelligence, l'imagination? Le bon, le vrai, le beau se sont comme fondus ensemble dans la sainte Bible en une merveilleuse et féconde unité, que ces vieux évéques aspiraient à réaliser dans le génie et la nationalité franke. Surtout le bon, le vrai et le beau social n'y sontils point gravés par le doigt de Dieu, pour que les rois comprennent et que les juges de la terre s’instruisent ?
Ces préliminaires posés, le pieux instituteur expose avec autorité les devoirs du roi et ceux du chrétien, qu'il place en dernier lieu, comme le couronnement des vertus royales.
ll réduit à trois principales les conditions du bon roi : lhabileté à s'entourer de bons conseils, la pratique des vertus vraiment royales, la fuite des vices qui déshonorent
la royauté. Pour développer ce thème, il en appelle successivement aux enseignements de la parole divine, aux axiomes de la sagesse des siècles, aux exemples domestiques des Mérovingiens.
Il met en première ligne le conseil des évéques , puis celui des seigneurs, et en troisiéme lieu seulement celui du maire du palais, et à peine en dernier lieu faut-il tenir compte des suggestions de ces jeunes Francs , compagnons d'enfance des rois , dont l'ascendant pouvait étre dangereux.
« Quant aux jeunes hommes qui assistent de plus prés à « tes côtés, accueille leurs paroles avec une discrétion défiante; car souvent les chutes viennent par le conseil des jeunes, et l'honneur durable d'un bon conseil subsiste dans les vieillar.
Cette sage distribution des conseillers révèle un observateur consommé ; le renversement de cet ordre, la prépou-
dérance excessive donnée au maire , les complaisances pour les plus jeunes conseillers, autrement l'enfance prolongée des princes , seront la ruine des Mérovingiens.
Mais les conseils de l'homme sont insuffisants et ses prévoyances incertaines : il faut donc recourir à une sagesse plus haute, et le plus beau inodéle en ce genre que présente l'histoire, c'est le jeune Salomon , invoquant le Dieu de ses pères et la sagesse assise sur son trône. C'est cet exemple et cette priére qui est proposé au jeune Mérovingien pour éclairer son inexpérience.
Puis on place sous ses yeux comme un double tableau où les vertus d'un bon roi sont mises en contraste avec les vices qu'il doit éviter.
« Or donc, Seigneur , si tu demandes à Dieu ces biens et « que tu sois mesuré en tes paroles, ferme en tes dires, con- « ciliant d'esprit, riche en charité , prudent et fin dans la bonté, d'un facile et large accueil, discret dans les largesses, droit au jugement, débounaire à la peme, compatissant aux pauvres, le Seigneur ajoutera à tes longues
années, comme il a fait aux rois tes prédécesseurs qui ont noblement régné en ce siècle. Vraiment, Seigneur, si « dans cet âge de jeunesse tu es accompli, toutes les nations e tes ennemies trembleront devant la droiture et l'équité de ton gouvernement ; tous tes fidèles se réjouiront avec toi; tous les hommes te craindront, t'écouteront et t'aimeront; « tous rendront gráces au monarque divin, Notre-Seigneur « Jésus-Christ, d'avoir inérité de posséder un tel roi. »
Il n'y a pas jusqu'à l'élégante pureté de la forme qui ne soit remarquable dans cette paternelle exhortation. D'heureuses réminiscences classiques, inélées d'un parfum de latin liturgique, la justesse des vues, des traits de mœurs piquants, des apergus pleins de finesse, toujours dominés par un noble accent de foi et de dignité apostolique, éclatent de plus en plus dans la suite, oà l'énumération des vertus royales continue sous forme de conseil. Il faut une dignité toujours sereine en écoutant les avis dans l'assemblée des conseillers; une sollicitude attentive à peser chacune de leurs paroles, selon les avantages de la patrie, l'intérêt de sa stabilité, la nature des abus à supprimer, le salut du prince, les exigences de son administration et les usages de la chancellerie du palais : il faut tout voir et tout entendre ; allier l'avide curiosité d'un enfant qui veut sagement s'instruire à une prudence telle qu'en écoutant ses conseillers le prince semble moins leur disciple que leur maitre ; que le sage soit distingué de la foule, reçu de préférence , interrogé et honoré de longs entretiens ; « mais le « jongleur tient-il ses propos de cour, ne l'écoute point « facilement. Que si tu t'entretiens avec les sages, ou que « tu aies d'utiles conversations avec tes officiers, impose « silence aux jongleurs. Mieux vaut déposer au fond de son « cœur la sagesse , que d'entendre des propos fatiles et in- « sensés ; car, où habite la sagesse, Dieu fait aussi son € séjour. »
L'habile maitre interrompt ses conseils par des exemples
alroitement empruntés aux traditions mérovingiennes , aux ancètres méme du royal disciple. Ces jugements contempo» raus ont toute la maturité de l'histoire, qui ne les a point démentis :
« Telle fut la sagesse et la douceur de Childebert, qu'il &imäit d'un égal et paternel amour les anciens et les plus « jéunes ; aussi quiconque se rappelle encore son nom, prés « tres ou laïques, élève les inains et recommande son âme, « d'autant qu'il fut toujours généreux dans ses largesses « pour les lieux saints et pour les fidèles.
« Le vieux Glotaire qui eut cinq fils et de qui tu descends, « fut puissant par la parole, conquit la patrie, et nourrit ses « fideles '.
« Mais, entre toute autre chose, qu'il nous est doux de « remémorer ton aieul Clotaire , qui eut tant de bénignité « selon Dieu, qu'il ne semblait pas seulement un juste dans e ses œuvres, mais un prêtre vivant au milieu du siècle! En e gouvernant les Francs, il édifia les églises. Or donc, très- « doux Seigneur, puisque tes pères ont eu si grande doc- « trine, agis en toutes choses comme il convient à un roi. »
Ce portrait d'un bon roi ainsi tracé, et rendu plus saillant par des applications domestiques , ressort davantage du coftraste tiré des vices que doit éviter un roi, et qui sont ici flétris sans ménagement. La légéreté et la colére, deux défauts dominants des Mérovingiens ; l’ivrognerie reprochée à tous les Francs et en particulier à Clovis IT ; l'indiscrétion dans les paroles; point de préventions de malveillance ou d'orgueil cóntre l'avis de qui que ce soit; point de vengeancé, parce qu'il est écrit : Que le soleil ne se couche point sur votre colére; prudente sauvegarde contre ces justices privées , qui , surtóbt entre princes et grands , allaient jusqu à l'eitermination.
: On donnait voloñtiers aux rois fráncs ce titre de nourricier, nutritor fidelén, C'est une allusion aux usages du palais mérovingien.
Tout en demandant grâce pour sa rusticité, le sage maitre insiste sur ces principes , corrobore chaque précepte de quelques paroles divines, recommande encore la prière, s'épanche lui-même en une tendre invocation, en des vœux multipliés , empruntés des plus affectueux cantiques du Roi- Prophète ; il bénit , il promet, il menace ; il supplie le Dieu des rois de lui conserver son fils, de le délivrer au jour mauvais, de le vivifier et de le rendre heureux. Il se livre à tout l'élan de ses paternelles espérances, et, comme pour remercier Dieu du bien qu'il entrevoit et qu'il a fait luiméme, il termine ce pieux mouvement par ces paroles d'une joie chrétienne et patriotique :
« Heureux qui au début de ce règne que le Seigneur t'a « donné en ces temps modernes, heureux les hommes de « cœur qui font le bien, quisuivent la droiture , qui opèrent « la justice! car en s'appliquant à ces œuvres, ils te procu- « rent les charmes de la vie et se ménagent pour chaque « chose une récompense à l'avenir. Et ainsi qu'au loin et au « large, qu'en ce royaume et par les nations lointaines , on « dise avec joie qu'en ce palais la noblesse des personnes est « grande; qu'ici n'est point reniée la vérité, ni.la justice « refusée ; qu'ici, secouant la cupidité mondaine et mar- « chant à la lumière de l'équité , la justice s'avance glorifiant « le Seigneur, consolant les peuples par les irréprochables « arréts de cet incorruptible palais , réjouissant les pauvres, « défendant les veuves et prenant la tutelle des orphelins ! »
Continuant ce mouvement entrainant, l'éloquent précepteur fait apparaitre dans toute sa pureté la radieuse image du roi très-chrétien, cet idéal inconnu de l'antiquité et que l'Eglise a vainement cherché pendant prés de huit siécles à réaliser. Les évéques des Francs se dévouérent à créer ce prodige , et ce sont eux qui bientót présenteront Charlemagne au monde.
« Crains Dieu, 6 illustre roi des Francs, mon trés-doux « fils, et aime-le toujouis; vois-le toujours présent , et l'a-
dore religieusement, bien que tu le croies invisible aux « regards mortels; et à mesure qu'il te comblera d'hon- « neurs de jour en jour, aime-le d'autant plus, et prie-le « humblement chaque jour qu'il te donne la sagesse de « gouverner le royaume que tu as reçu de lui, Sache que tu « es le ministre de Dieu établi pour être l'auxiliaire miséri- « cordieux de tous les gens de bien, le vengeur inexorable « qui punisse tous ceux qui font le mal, et qui les fasse trem- « bler avant qu'ils ne le commettent. Pense souvent, dans « toute la sollicitude de ton âme, comment en toute ta vie « tu es le sujet de Dieu, afin de régner heureusement et « longtemps sur les autres.
Le pieux évêque se révèle de plus en plus : c'est un père qui s'adresse à son fils; c'est plus qu'un précepteur enseignant un roi, car au-dessus du roi il y a le chrétien, audessus du trône, l'àme immortelle; il ne suffit pas au jeune prince qu'il s'éléve à la hauteur d'un grand roi , il lui faut monter jusqu'à la dignité du chrétien , jusqu'à la perfection du saint. C'est là l'objet des dernières recommandations, qui roulent principalement sur l'accomplissement des devoirs évangéliques et résument tous les avis donnés antérieurement. Enfin nous trouvons aux dernières lignes des paroles éniginatiques qui nous semblent faire allusion aux intrigues de Grimoald ou d'Ebroin. Ce trait rapidement indiqué est brusquement suivi d'une solennelle et touchante conclusion :
« Prends garde de fouler à pieds nus les œufs des aspics.
« Penseau dernier jour, pour ne point pécher en ta sé- « curité; celui qui se prépare à l'avance est plus sage que « celui qui se laisse prendre au dépourvu. Or, maintenant, « nourris, élève, forme et sauve les restes des Francs, ou « leurs enfants, plutôt avec une paternelle tendresse qu'un « despotique empire.
« Telles sont les quelques paroles que j'ai osé t’écrire, « entrainé au delà de ines forces par amour pour toi et pour « tous les Francs. Sache que, si tout ce qui est ici écrit s'ac-
« complit sous ton gouvernement, celui qui accorda quinze « ans au roi Ezéchias élargira les limites de ta vie et de ton « règne : je demande humbleinent à Dieu qu'il accorde un « salut perpétuel à ta personne et à tous les tiens, à Roi bien- « aimé! »
Il se peut que nous ayons paru trop épris d'un monument inconnu et presque inédit ; mais qu'on se reporte avec nous une dernière fois dans la royale école de l'oratoire mérovingien ; que l'on assiste à cette longue éducation de deux siècles non-seulement d'une dynastie , mais d'un peuple; qu'on écoute les leçons que plus de cent évêques répétaient sur tous les points, en suivant, selon les lieux et les hommes, l'impulsion donnée au palais ; le document que nous venons de parcourir apparaîtra comme le manifeste de tout le clergé catholique et l'expression des idées qui le dirigeaient. Or, à cette lointaine distance et au milieu de ce bouillonnement à peine apaisé de la barbarie , quelles idées plus fécondes, plus créatrices que ces notions de droit , de justice et de sainteté; ces protestations contre la violence, l'arbitraire, l'acception des personnes, la justice privée, les vengeances royales; contre le gouvernement sans consultations, sans conseils, sans contrôle ; ces vues prophétiques sur une hiérarchie de conseillers nobles, clercs , laiques ; ces délicates sollicitudes pour les faibles; ces souvenirs vigilants de ce qu'il y à de plus oublié, la faiblesse, la pauvreté, le malheur; cet appel à des fils de rois barbares, non-seulement au nom de Dieu et de la foi, mais au nom de la doctrine, de l'intelligence, del'honneur; cet ensemble de conseils et de censures, ces exigences hardies qui déconcerteraient notre suffisance et humilieraient notre orgueil, malgré douze siécles de progrés ; ces prescriptions si précises , si minutieusement pratiquées, à cóté de ces vastes notions d'intérét général, de commune fraternité , de large égalité devant Dieu ; ces plans de politique chrétienne , cette raison évangélique des États, | cette inauguration d'un nouveau droit des peuples et des
rois, ce magnifique idéal de la monarchie selon Dieu , relevant de Dieu et comptable à Dieu, à la face de l'Eglise? Tout cela se trouve littéralement dans ce monument , et se retrouve d'ailleurs non moins évidemment dans la vie des grands saints de cette époque.
Nous devons clore ici ces études sur l'école mérovingienne, qu'on nous accusera peut-être d'avoit développées outre mesure, et surtout au détriment de l'unité de notre plan et en dehors des limites de la monographie de saint Léger. Il nous a semblé curieux de réunir par un fil à peu prés continu plus de soixante anhées de l'histoire de cette école peu connue , de renouer la chaine rompue de ses annales, d'apprécier par les faits et les documents l'influence qu'exerce de prés et de loin cet oratoire formé à l’ombré de la pauvre cape d'un saint.
Nous voudrions méme pousser jusqu'au bout cette étude, et parvenir à la restauration impériale de l'école du palais sous Charlemagne , alors qu'elle compte pour archichapelains les Fulrade, les Angilbert, les Drogon, les Adalhard, les fils, petits-fils, neveux ou cousins de Charlemagne. Mais il suffit, et nous avons, ce semble, atteint le but indiqué dés nos premiers pas. Nous avions remarqué sous la tente des premiers Franes des enfants, des femmes, des homines ravalés au-dessous de leur noble condition ; nous devions dire d'abord ce que le christianisme fit de ces enfants du servage barbare : nous l'avons fait en suivant Léodégar à l'oratoire du palais , aux écoles cathédrales et monastiques de Poitiers et de Saint-Maixent, et enfin dans ses fonctiens paaterales au palais de Bathilde et dans l'éducation des princes francs.