‹ Histoire de Saint LégerChapitre 97 sur 179 · SAINT LÉGER ÉVÉQUE D'AUTUN · texte numérisé non relu

SAINT LÉGER ÉVÉQUE D'AUTUN

Préliminaires de son épiscopat au palais. — Nouvelle physionomie de l'épiscopat des Gaules. — Avénement des races barbares aux honneurs de l'Eglise. — Institution des évêques francs par le concours de l'épiscopat, du clergé, du peuple et du prince. — Empiétements des Mérovingiens. — Constitution de Clotaire II. — Conseil et séminaire du palais. — Promotion de Léodégar à l'évêché d'Autun, — Troubles de cette Eglise, — Arrivée de Léodégar. — Cérémonies du sacre selon la liturgie gallicane.

Avant d'étre élevé à l'épiscopat, Léodégar avait déjà pris place parmi les princes du sanctuaire et exercé au palais une autorité qu'on pouvait appeler épiscopale. L'un de ses biographes a naivement inis ce rôle en scène ‘. Le palais est le théâtre : Léodégar est au premier plan ; les charmes de son amabilité attirent tout à lui : nobles et vilains, riches et pauvres, tout âge, tout sexe, toute condition, se pressent autour de lui; les jeunes et les pauvres gens l'appellent leur père ; les grands et les riches le saluent maitre et père de la patrie. Puis deux groupes principaux se détachent : les puissants du siècle , qui, avec le jeune roi, admirent en Léodégar un miroir de bonté et de miséricorde; et les pauvres, qui trouvent en lui un port dans leur détresse et un inviolable asile de paix et de sécurité, parce qu'il atténue la dureté et la sévérité de la loi par une forme plus clémente et

} Anonym, Murbac. Voir le texte aux Analecta, à la fin de l'ouvrage.

plus débonnaire ; mandataire du pauvre peuple, il porte la parole devant le roi et les princes, et il dit ‘ :

«. Seigneur roi, et vous, princes, par la régénération du « saint baptéme et par l'humaine condition, vous étes les « frères de ces malheureux et leurs semblables : souvenez- « vous qu'eux aussi sont hommes ; prenez en compassion . + des frères qui vous ressemblent ; aimez-les comme teis : « écoutez quel avis vous donne la vérité, la source de la « charité, Jésus-Christ : Apprenez de moi que je suis doux « et humble de cœur*; apprenez donc de celui-là et soyez « doux et miséricordieux , comme votre Père est miséricor- « dieux *; et sachez comprendre que, si vous ne remettez « leurs fautes aux hommes, à son (our votre Pérc céleste une vous remetira pas vos péchés * ; souvenez-vous de la « sentence portée contre le serviteur de Dieu, à qui il est « dit: Serviteur méchant, ne te fallait-il pas avoir pitié de « tes compagnons de servage , comme moi j'ai eu pitié de toi *? e Qu'il vous souvienne de la promesse faite aux miséricors « dieux, qu'ils obtiendront miséricorde 9. »

En parlant ainsi aux grands oppresseurs des faibles , il n'entend pas étre le flatteur aveugle des petits, pas méme des affligés; il a des entrailles toujours émues pour leurs peines, et des paroles toujours prudentes pour modérer leurs écarts; il leur dit:

« Mes fils, souvenez-vous que vous avez été créés à la res- « semblance de Dieu ; et si vous êtes bons, on vous appellera « les fils de Dieu, et vous l'étes. Cessez donc et amendez « votre vie. Songez qu'il se fait injure et tort à lui méme, « celui qui persiste volontairement dans le péché. Il offense

! Anonym. Murbac., no 4,8. - * Matth,, x1, 29.

3 Luc., v1, 36.

4 Maub., vi, 14, 15.

5 Mauh., xvii , 392.

6 Matth, v, 7.

« les hommes, il se perd , il se damne, il est méprisé et sou- « verainement méprisable à Dieu , son pére et son créateur, « et, ce qui est pire encore , on le nomme fils du diable , et « il l'est. »

Qu'il nous soit permis de nous réjouir de ces humbles paroles, exhumées ici pour la premiére fois. Nous savons ce que peut en dire une critique difficultueuse; il se peut qu'elles n'aient pas été prononcées par Léodégar en termes exprès; elles n'ont, si l'on veut, que mille ans d'áge, et ce n'est qu'une ingénieuse invention imaginée cent ans peutêtre aprés Léodégar. Mais assurément tels étaient bien l'esprit, la pensée, le langage habituel d'un pasteur du palais et de tous ces pères de la patrie qui, par chacun de ces mots si simples, ont inauguré ces grandes nouveautés qui n'ont point vieilli : la confraternité de tous leshommes, la mutuelle dépendance des uns et des autres, la justice et la charité pour tous, méme pour les ennemis, l'universelle subordination des rois et des sujets, des grands et des pauvres peuples à Dieu, seul maître et père de tous.

L'un des plus remarquables résultats de la popularité et de l'influence du clergé au septième siècle, fut de forcer l'orgueil de la noblesse franque à accepter comme un honneur les servitudes du cloître et du sanctuaire. Aussi voit-on , au milieu du septième siècle, un fait caractéristique. Dans la liste des évêques de presque tous les siéges, dans le catalogue des abbés des grands monastères, il se fait une transition à peu près générale des noms romains aux noms francs et tudesques. Les familles sénatoriales s'étaient en partie éteintes à l'ombre des basiliques. Mais avant de s'effacer, ces derniers Romains s'étaient habilement préparé des continuateurs ; ils avaient adopté les fils des plus nobles Francs, et sauf quelques scènes de violence qui font date et signalent la révolution , la transition fut calme et réguliére.

L'Église , qui procède avec tant de maturité dans l'éducation des peuples chrétiens, est encore: plus lente dans l'ini-

tiation des races sacerdotales; malgré la dégénérescence du sang romain et l'énergique croissance des rejetons sauvages entés sur le vieux tronc de l'olivier franc; malgré le docile empressement du Sicambre à courber le cou sous la main des pontifes, l'Eglise attend deux siécles pour répandre abondamment sur ces nouveaux enfants l'onction sacerdotale. Le succés répondit à sa prudence , et la sainteté des premiers élus parmi ces nouvelles races justifie la sagesse de ses choix et de ses mesures. Ces noms barbares se placent sous une auréole aussi pure que les plus beaux noms antiques ; il n'y a plus de Scythe ni de Grec pari ces princes du sanctuaire; l'olivier sauvage a sa couronne de fleurs et de fruits, et, aussi fiere de ces nouvelles générations que des précédentes, l'Église demeure l'épouse immaculée du Christ, Cette mére des Francs ne peut 1ien de plus en terre pour ces fils aînés. Elle a pris sur ses genoux leurs enfants; elle a élevé leurs vierges et leurs femmes à la dignité d'une âme fiancée au Christ. Voici qu'elle ouvre aux grands comme aux pauvres les portes du sanctuaire ; elle permet à ces leudes altiers de monter les derniers de tous , et aprés beaucoup de pauvres et d'esclaves, de moines et de clercs romains , au faite de la dignité épiscopale.

C'est là comme une troisième phase de la glorification des Francs par le christianisme qu'il nous reste à considérer dans Léodégar ; car sa vie reflète toutes les grandeurs de son temps, et s'enrichit de tous les dons départs par Dieu à la France naissante.

Bathilde intervint puissamiment dans sa promotion à l'épiscopat. Il semblerait méme que son autorité fut par trop prépondérante * , et l'on pourrait s'étonner que notre saint eüt donné lieu à un empiétement de l'autorité royale sur le libre choix des pasteurs de l'Eglise. La chose serait

* Tunc Balthildis regina , quz cum Clotario filio Francorum regebat palatium, divino, ut credimus , iuspirata consilio, ad memoratam urbem hunc streauum direxit virum ibidem esse episcopum, Anonym. /Eduens., cap. 1.

d'autant plus étrange que l'une des grandes sollicitudes du clergé du palais, à la tête duquel était Léodégar , fut d'assurer l'indépendance des élections épiscopales. Cette question est l'une des plus délicates et des plus complexes de l'histoire de ce teinps : la promotion extraordinaire de saint Léger exige que nous la résumions rapidement.

Selon le droit commun, les évéques seuls faisaient les évéques. Le clergé présentait le candidat; le peuple et surtout les principaux du peuple rendaient témoignage; trois évéques comprovinciaux , quelquefois sept, et inéme douze, présidaient au sacre; un seul consécrateur imposait les mains, ordinairement c'était lc métropolitain , représentant du Saint-Siége : le pape confirmait immédiatement pour les grandes églises '. En Gaule, dés le commencement de 1à monarchie, le prince intervint * : il fallut méme que rÉglise disputát le terrain pied par pied. Clovis, toutefois, ne se commit pas dans ces luttes iinpopulaires, Ses fils furent moins prudents. A Orléans, à Tours, à Langres, à Clermont, à Saintes, ils imposent plus ou moins violemment leurs créatures ? ; ils brouillent les limites des diocéses, ei imaginent de nouveau, et de la pointe de leurs framées en tracent arbitrairement la circonscription *. Les conciles, à chaque scandale, opposèrent un décret 5, et, au besoin, de puissantes lettres des papes vinrent à leur aide *. Après un siècle de lutte , la paix fut signée au concile de Paris, dont le premier décret proclamait la victoire et la liberté de V'Église dans le choix de ses pasteurs :

Canon I*'. « L'élection des évéques sera faite gratuite-

* Thomassin, Discipl. de l'Eglise, p. 1, liv. u, c. xv et suiv. — Pellicia, Politia christiana , lib, 1, c. 1x.

2 Conc, Aurelian. v, ann. 549.

3 Greg. Turon., Hist. Franc., lib. ,1;19, 3,5 , 6, 35.

4 D. Theodor. Ruinart, Præfatio ad opp. Greg. Turon., $ 23.

* Conc. Parisiense an, ann. 551. — Conc. Pris. Iv,

5 8. Gregorii pap. Epist.

ment par le métropolitain , les comprovinciaux , le clergé et le peuple de la ville‘. »

Mais il y avait déjà des légistes cauteleux qui entreprenaient d'enlever sournoisement à l'Eglise ce qu'elle possédait au grand jour par droit de conquéte et d'héritage. Il ne ünt pas à eux que ce concordat du septiéme siécle n'eüt la méme fortune qu'un acte récent de ce genre : par forme de réglement royal, on lui adjoignit des articles organiques. Une constitution de Clotaire If, datée de la méme année, du méme jour, de concert, dit-on, avec les mémes ponüfes et les grands, optimates , promulgua , en vingt-quatre articles , les canons du concile de Paris, etles imposa comme loi générale et perpétuelle, méme sous peine de mort ?. Or, en reproduisant le texte du concile, on y inséra trés-habilement des clauses explicatives qui en bouleversaient le sens et la portée. Ainsi, après un dévot préambule sur là nécessité de faire fleurir le régne de Dieu par la félicité du royaume, et de réprimer tout ce qui trouble le bon ordre et le bon sens, « à ces causes, dit-on , voulons que les canons soient gardés en toutes choses, et que, nonobstant ce qui a été omis par le passé, ils soient désormais observés à perpétuité. »

! Can. 1. Primo in loco, ut canonum instituta ab omnibus conserventur, et quod per priora temporum spatia praceptum est, vel deinceps perpetualiter observetur : hoc est, ut decedente episcopo, in loco ipsius ille, Christo propitio , debeat ordinari , quem metropolitanus , a quo ordinandus est, cum provincialibus suis, clerus vel populus civitatis, absque ullo commodo vel datione pecuniz elegerint. Quod si aliter aut potestate subrepat, aat quacumque negligentia absque electione metropolitani, cleri consensu vel civium, fuerit in ecclesia intromissus , ordinatio ipsius secundum statuta patrum irrita babeatar. Labb., Conc., t. v, col. 1650.

* Edictum inclyti principis Chlotacharii regis super omnem plebem in conventu episcoporum , in synodo Parisiensi , etc. D. Bouq., Scriptor. rer. Franc., t. iv, p. 118. Quicumque vero hanc deliberationem, quam eum pontificibus vel tam magnis viris optimatibus aut fidelibus nostris in synodali concilio institaimus , temerare przsumpserit , in ipsum capitali sententia judicetur, qualiter alii non debeant similia perpetrare.

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« En conséquence, 1° qu'à la mort d'un évêque, en sa place soit élu par le clergé et le peuple celui qui doit étre ordonné par le métropolitain et les provinciaux : Que si c'est une personne idoine, qu'elle soit ordonnée selon le règlement du prince, ou tout au moins, si l'élu est du palais, qu'il soit ordonné sur le mérite de sa personne et de sa doctrine , etc.'. »

Ainsi se trouve établie, par forme de commentaire, l'intervention du roi en toute ordination épiscopale, et de plus l'exclusion des suffrages du clergé , des témoignages du peuple et, en pressant un peu le texte, du vote méme des évéques, pourvu que l'élu soit pris dans le palais.

Les évêques réclamèreut. Un concile tenu peu après celui de Paris, peut-être au même lieu et parles mêmes évéques, proteste par son premier décret contre toute infraction au précédent concile *. Dix ans plus tard, un concile de Reims confirima une seconde fois les imémes canons, et abrogea formellement les clauses restrictives *. En 630 Dagobert sanctionna d'autorité royale cette abrogation, tout en lançant une prescription pour l'élection de Désidérius à Cahors *. Là un grand crime, le meurtre de Salvius , légitimait l'intervention du prince. On profitait volontiers de ces scènes violentes pour s’immiscer dans les affaires ecclésiastiques. Il y avait bien quelque intérêt, méme pour l'Église , à accepter le bras du pouvoir séculier pour main-

* J, ]ta ut, episcopo decedente, in loco ipsius, qui a metropolitano ordinari debet cum provincialibus, a clero et populo eligatur, et si persona condigna fuerit, per ordinationem principis ordinetur, vel certe si de palatio eligitur, per meritum persone et doctrine ordinetur, lbid,

* Canones ex synodo incerti loci , c. 1. Labb., Conc., t. v, col. 1655.

9. Conc, Rhemens. Sonnatii, ibid., col. 1688, c. 1n, Ut capitula canonum Parisiis acta in gencrali synodo, in basilica S. Petri, Clotarii regis studio congregata omni firmitate custodiantur. — C, 25. Ut, decedente episcopo, in locum ejus non alius subrogetur, nisi loci illius indigena, quem universale et totius populi elegerit votum, ac provincialium voluntas assenserit.

# Via S. Desider, Cf. Gall. christ, ed, 2, p. 461.

tenir l'ordre et la régularité dans ces élections tumultueuses. Les évéques ne cessérent point de défendre avec une infatigable persévérance les libertés proclamées en 614 ; toutefois, pour en imposer aux brigues et aux violences, ils acceptèrent les candidats présentés par le prince. Cette pré-

sentation , quelque impérative qu'elle fût, ne pouvait ni ne devait empécher réellement la liberté, soit de l'élu, soit des évêques électeurs et consécrateurs, L'ordination violentée n’avait de valeur que du moment où un libre acquiescement de part et d'autre la consommait. Il y avait assurément moins d'inconvénients de confier au palais les préliminaires de l'ordination , que de les abandonner à ces multitudes à demi barbares et à peine bien chrétiennes, accoutumées à délibérer dans les mals la lance au poing, età . prendre pour jugement de Dieu le plus rude coup de hache. Il y eut encore une autre garantie : les évéques voulurent épurer ces sortes d'élections jusque dans leur source. Ce fut un des motifs les plus graves qui les conduisirent au palais, et leur firent prendre part au conseil des rois. On délibéra devant eux et avec eux sur les candidats ; on écarta les uns, on admit les autres , selon leur sagesse. On écrivit sous leurs yeux les prescriptions qui accompagnaient le candidat dans le diocése vacant, et qui l'annongaient au peuple , au clergé, aux évéques comprovinciaux et au. métropolitain consécrateur '. Enfin , les candidats eux-mémes furent l'objet d'une longue sollicitude : on les forma dés l'enfance, on les entoura de sages institutions, soit dans les monastères, soit dans les écoles cathédrales; méme au palais, l'œil et la main de l'Eglise les atteignit, les façonna sous les yeux du prince , les initia aux vertus cléricales au milieu de la splendeur royale. De là le dévouement qui appela tant d'évéques et de saints personnages au palais et à la téte de son école, véritable séminaire de l'épiscopat des Gaules ; c'est tout un

1 Marculfi Formul,, lib. 1, form, 3.

nouveau point de vue de cette admirable institution que nous rencontrons sans cesse sur nos pas, et qui grandit à mesure que l'horizon de ces vieux temps se déploie davantage.

Or , l'élection de Léodégar à l'évéché d'Autun passe par toutes ces phases; en raconter les détails, c'est reproduire, avec l'animation des faits, ce résumé didactique. L'église d'Augustodunum , pour la troisième fois, renouvelait la série de ses pontifes. Fondée par les disciples de saint Polycarpe , elle eut , à une première époque , une physionomie tout orientale ; des apôtres venus de l'Asie-Mineure , des élèves des rhéteurs grecs, des moines égyptiens se succédent dans ses sacrés diptyques. Depuis, émule et sœur de Rome, elle choisit ses pontifes parmi l'élite des plus illustres familles gallo-romaines. Les Euphrone, les Procule, les Nectaire, les Syagrius, les Flaviens, les Ferréoles, révèlent par leurs noms seuls l'époque où la toge sénatoriale aimait à cacher son éclat sous les blanches couleurs du pallium épiscopal. Une nouvelle génération, issue des Barbares, signale sa venue par le nom franc de Ragnacharius et par des scènes de violence ‘. C'est vers l'an 660, à la mort d'un Ferréole, peut-étre issu des Tonantius Ferréoles de l'Auvergne; d'affligeants scandales désolent l'église d'Augustodupum ; la belliqueuse Bibracte semble s'éveiller comme aux luttes terribles des Sacrovis et des Dumnorix : le sanctuaire se change en un champ de bataille; des hommes cupides, des factions ardentes s'arrachent les lambeaux du pallium.

Il y eut en deux années d'orages des rencontres tumultyeuses et du sang répandu; l'un des compétiteurs est frappé à mort, l'autre s'enfuit poursuivi par la malédiction publique.

Le scandale était à son comble, et pour qu'il ait duré

* Anonym. Æduens., n° 2.

deux années, il faut que les églises voisines et la métrojole de Lyon ait eu aussi leurs orages. Toute cette belle rovince lyonnsise était en feu : Châlons, Valence tomrient au pouvoir de deux hommes indignes du nom d'éyéque , Bobbon et Doddon , que nous verrons figurer parmi les plus ardents persécuteurs de Léodégar '. La tempète éclatait surtout dans la ville de Lyon : des hommes de sang portaient la main sur le christ du Seigneur, saint Annemond , et sur son frére, saint Delphin. Pendant que celui-ci tombait assassiné au milieu de la cité épouvantée , son vénérable frére périssait sous les coups de brigands apostés dans un bois, aux portes de Chälons*. Non loin de Lyon, l'église des Arvennes avait aussi ses troubles ; la paix ne lui fut accordée qu'à l'avénement de saint Przjectus *, que nous retrouverons bientót dans l'un des plus graves événements ds la vie de Léodégar. Tous ces faits coincident et révèlent une assez vaste crise, dont les scandales d'Autun n'étaient qu'un accident partiel.

Quelque soin qu'eüt pris l'Église d'amener graduellement yne nouvelle génération d'évéques et d'y élever lentement les fils des Barbares aux premiers honneurs du sacerdoce, la transition fut encore laborieuse et le point de rupture plus d'une fois sanglant. Ces troubles de la province lyonnaise éclatérent ailleurs, et signalérent l'arrivée des nouveaux venys. Le sanctuaire était le dernier asile des grandeurs romaines, l'arche où se conservait les plus pures traditions de la haute administration de l'empire : des formes solennelles, des rites, des canons, des censures, tout un code disciplinaire protégeaient ces institutions contre la fengue des Barbares. Ces grandeurs flattaient leurs. convoitiees , et ces barrières irritaient leur impatience. Pour at-

! Anonym. Æduens., no 10.

? (ca S. Annemundj, Boll., xxvin sept.

3 Vita S. Prajecti, sxc. u Bened.

teindre les unes, souvent ils renversérent les autres : de là, des intrusions violentes , des luttes et des meurtres sur les marches du tróne épiscopal; la simonie mettant à l'encan les choses saintes, la cominande militaire distribuant les bénéfices comme une prime à la rapacité des hommes de guerre. Ainsi s'ouvre une longue période, oü l'Église aux prises avec ses enfants , ses chefs et ses pasteurs, consumera ses meilleures forces dans cette lutte douloureuse et humiliante entre le vestibule et l'autel.

Bathilde, dont la vigilance avait l'eil ouvert sur toute l'Église des Francs, se háta de pacifier cette province de Lyon. Pour y remédier, elle se décida à se séparer des deux hommes qui avaient la plus précieuse part à sa confiance, Génésius , le distributeur de ses aumônes , et Léodégar , le précepteur de ses fils; l'un Romain, par son nom du noins, et l'autre Franc, comme si par une sorte de transaction on eüt voulu rapprocher ces deux partis, en plaçant un Romain dans la Rome des Gaules, et un Franc au inilieu des Burgondes.

Cette double mission, inspirée par une méme pensée, acheva d'unir à la vie et à la mort les deux saints; union qui les fortifia contre les dangers communs, et méme sauva une fois la vie de Léodégar et le déroba , comme nous le verrons , à la perfidie d'Ébroin , qui commence à se mettre à la téte des hommes de guerre hostiles à l'Église.

Génésius partit le premier : le dévouement de sa cité, qui pour lui soutint un siége et dissipa une armée, dit assez comment il s'en fit aimer. |

Peu après, Bathilde délibérait avec les évêques et les grands du palais sur le long et humiliant veuvage de l’Église d’Autun. Il y fut reconnu que, pour un siége aussi considérable , en une crise si orageuse, au inilieu des nobles sénateurs éduens et des Farons superbes des Burgondes, il fallait un homme de grand ascendant, de nom illustre , de race conquérante, d'un sing presque royal, accoutumé à

commander avec une autorité respectée méme des rois ; Léodégar fut choisi.

En conséquence, une pétition signée du roi fut adressée au métropolitain Génésius en ces termes :

« Clotaire, roi, à Génésius, homme apostolique, évêque *.

« Bien qu'en administrant et gouvernant l'État, de hautes occupations accablent notre sollicitude royale, toutefois rien n'est plus digne de l'État comme du prince, que de travailler, aussitót qu'un peuple a perdu l'appui de son pasteur, à confier la dignité pontificale, pour le salut des âmes , à une personne éminente en qui se trouve la double prédication, et qui offre au peuple un maître , au disciple un autre Christ à imiter; qui maintienne la multitude autant par la mansuétude que par la sévérité ; qui sache mettre en lumière le talent d'un enseignement assidu, l'enrichir et le multiplier pour le salut de son troupeau , afin qu'il puisse se présenter pur et sans souillure au bercail du Seigneur. Etant donc instruits que le seigneur Ferréole , de sainte méinoire, évéque d'Augustodunum, par la disposition divine, était trépassé de cette vie, aprés avoir délibéré pleinement et avec une juste sollicitude touchant son successeur, ensemble avec nos pontifes et grands du palais, avons décrété de conférer au nom de Dieu la dignité pontificale à illustre et vénérable homme Léodégar , lequel nous avons reconnu recommandable par une conduite éprouvée, élevé au sublime ordre de la noblesse, orné de mœurs intégres, de douceur et de prudence honnéte. À ces causes, mandons par les présentes qu'il plaise à votre babile ministére de le bénir, selon que l'ordre le requiert, dans l'assemblée réunie des pontifes auxquels parviendra le vœu de

' Marculfi Formular., lih. 1, form, 5.

notre sérénité, et encore, qu'il vous plaise publier par des manifestes notoires notre délibération, et lui obtenir, Dieu aidant, plein effet. À ces fins que, tout en gouvernant puissamment l'église que lui a confiée la dispensation divine, Léodégar nous mérite par ses suffrages une récompense de l'éternel rémunérateur , et qu'il se dévoue à prier sans fin le Dieu infini pour diminuer le poids de nos iniquités. »

Cette piéce était signée de la propre main du roi, et scellée de son anneau par le référendaire. D'autres piéces moins solennelles, non signées ni scellées', nammées indiculus , furent adressées aux évéques comprovinciaux , et apparemment par le canal du métropolitain *.

Cependant Léodégar se hátait d'aller consoler l'église destinée à devenir son inséparable épouse. Il lui fallut, en touchant le vieux sol éduen, traverser ces solitudes du Morvan , encore aussi désolées qu'au temps oü les décrivait le rhéteur Euméne aprés le passage récent des premiers Barbares , incultes , inhabitées, pleines de silence et de ténèbres ; des chemins brisés et interrompus par des précipices et des pentes abruptes, au point qu'à peine une lourde voiture à demi pleine pourrait y passer *; puis, toutes les traditions celtiques, les plus sombres souvenirs des druides , ces légions de mauvais génies que saint Germain, à chacun de ses voyages en sa ville natale, entendait courir à grand bruit à travers les montagnes et lui crier du fond des vallées : « Laisse, laisse au moins à des rhisérables la solitude des bois et la paix du désert *. »

Léodégar était un autre adversaire qui allait achever leur défaite ; son nom et son patronage s'attacheront comme uh

1 Bignon, Not. ad Marculfi Formul. 6.

* Marculfus , ibid., form, 6.

3 Labeaume, Panegyrici Vett. Eumenii Oratio pro gratiis egendis.

4 Si de locis cultis nos, inconsideranter repellis, vel habitare concede syl-

varum per solitudinem, ut liceat miseris per deserta securos erre. Vita S. Germani episc. Paris., n° 29 , sec. 1Ben.

signe de victoire à plusieurs de ces montagnes ; méme l'une de ces vallées abritera un oratoire de sa pieuse mére Sigrade; et ces anges de la loi nouvelle chasseront ces vieux génies de la Gaule druidique , réfugiés dans ces gorges profondes, sous les noms de Tarann, de Heus, de Bibracte, de Teutatès'. Léodégar, au sortir de là, passa prés d'un fanum dédié à la Lumière ? , où, depuis un temps immémorial, s'arrêtent ses successeurs pour saluer , au seuil du diocèse, l'ange de leur église, et recevoir un premier hommage de leur immense troupeau. De là une large vallée s'ouvre , et du haut de la dernière rampe des montagnes se déploie l'horizon le plus riche en souvenir de toutes les Gaules.

Léodégar, descendant à travers les ruines éparses des villas, des thermes, des aqueducs, suit l'une de ces dix voies qui aboutissaient , de tous les points de la Gaule, au centre d'Augustodunum, comme à Rome se rencontraient au Milled'Or tous les grands chemins du monde. Bientôt il eut franchi ce bassin où s'écoulérent toutes les bandes héroiques , depuis les verng sacra de Brennus jusqu'aux derniers bagaudes , vaste champ clos où se mesurérent avec les vieux Celtes César, Auguste , Constantin, Julien, Clovis , Gondebaut; oà sont descendus les génies druidiques, les déités olympiques, et enfin la croix , qui seule et pour toujours rgne et commande dans la cité du Christ. Cir£ nu Cunisr *, é'est le dernier nom qui sera ajouté à ceux de Bibracte , de la ville augustale, d'/Edua Flavia , de la sœur et de l'émule de Rome *.

Arrivé aux portes, Léodégar s'arrête à l'une des quatre diaconies qui reçoivent les étrangers , et passe sous l’un des

! Courtépée , Description de la Bourgogne, t. M, p. 573, 626, 636.

? Lucenay-l'Evéque. Courtépée , ibid.

3 Une médaille , frappée à Autun sous Charles-le-Chauve, porte cette légènde : EDVA CHRISTI CIVITAS. Tobiésen-Duby, Traité des Monnaies des barons, prélats , villes et seigneurs de France.

4 Cf. Eumen, Panegyr. vett., passim.

portiques dont César et Constantin se disputent l'honneur ; traversant le forum, il se rend au xénodochium de saint Andoche. Selon un usage respecté jusqu'à la ruine du monastère bâti par Brunehaut, à l'arrivée d'un nouvel évêque tout le monastère allait à sa rencontre, portant la croix, l’eau bénite, un évangéliaire, un missel et chantant des antiennes. À l’entrée du portail, le nouveau prélat recevait l'hommage de la communauté, prenait l'eau sainte en signe de communion, et jurait sur les saints Évangiles de garder l'église, les bons usages et les établissements que Grégoirele-Grand, en les érigeant, déclarait inviolables et sacrés, sous peine de déposition , méme de rois ou d'empereurs, Tout le cortége rentrait ensuite au xénodochium au chant des antiennes et se rendait à l'oratoire. Le prélat y donnait une premiére bénédiction solennelle à son peuple, et passait le reste du jour et la nuit suivante dans cet asile de pauvres et de pélerins , sous le patronage du prince des apótres et de la Mère de Dieu, non loin des cryptes où furent , diton, emprisonnés les premiers apôtres de Bibracte !. Si Léodégar accomplit jusqu'au bout ce cérémonial, il put, en pensant aux combats des anciens martyrs, pressentir qu'un jour lui-même continuerait le riche martyrologe de l’église des Andoche et des Symphorien.

Le lendemain, tout le convent se remettait, comme la veille, en procession et reconduisait le prélat jusqu'à la porte du castellum, enceinte réservée autrefois au prétoire. Là, le clergé, l'archidiacre et l'archiprétre en tête, le recevait et montait avec lui à l’antique basilique des Saints-Celse-et- Nazaire, où se trouvaient les évêques électeurs et consécrateurs.

Quoi qu'il en soit des préludes, l’imposante cérémonie de la consécration épiscopale à cette époque se faisant au

* Voir aux Analecta un fragment inédit du xi* siècle, sur ces usages du monastére de Saint-Andoche,

milieu des saintes veilles de la nuit ', Léodégar entra dans la basilique sur le soir. Depuis trois jours, le peuple était en priéres et en jeünes pour attirer les bénédictions de Dieu; tous prenaient part à cette féte de famille, non-seulement le peuple, le clergé de la cité et les évéques voisins, mais les clercs de la campagne, les moines sortis de leurs cellules, les colons venus des champs, des étrangers mémes accourus de toutes les villes du voisinage : cette foule se pressait dans la basilique, ornée comme pour le baptéme des catéchuménes; les flambeaux odorants brülaient , l'encens fumait en tourbillons; de riches ornements de lin, d'or et de soie flottaient sur les mosaiques du pavé du chœur; aux côtés de l’autel étaient rangés les vases des saints mystères, les insignes pontificaux , l'anneau et le bâton pastoral. Les évéques se tenaient au fond du presbyterium , entourés d'un pompeux cortége de prétres et de diacres.

Au milieu des saintes psalmodies de la nuit, un diacre, montant sur l'ambon , imposa silence et dit au peuple? : « Frères bien-aimés! il convient d'accomplir à la mort des prétres l'antique loi de l'Église, afin qu'à ceux qui s'en vont succédent les plus dignes, dont la doctrine maintienne la foi catholique et la religion chrétienne, afin que le ravisseur violent n'envahisse point le bercail du Seigneur, et que le voleur nocturne ne prenne pas les brcbis dispersées sans pasteur.

« Or donc, votre pontife, par une dispensation divine, ayant été reçu à une autre vie, il faut que par toute votre application l'Église trouve à la place du défunt un successeur dont l'attentive vigilance et l'instante sollicitude fasse de plus en plus grandir l'ordre ecclésiastique et la foi des fidèles dans la crainte de Dieu.

« Qu'en toute doctrine, selon le précepte apostolique, il

! D. Martene, de antiquis Ecclesie Ritibus.

3 D, Mabillon , Liturgia Gallicana, — Missale Francor., p. 301,

donne la règle des œuvres saintes , et que méme sa tenue, sa parole, sa face et son port soient doctrine et vertu.

« Qu'en bon pasteur il vous enseigne la foi, vous montre l'exemple de la patience, établisse la science de la religion, et vous confirme en toute bonne œuvre par l'édification de sa charité,

« En conséquence, selon la volonté du Seigneur, sur le témoignage des prétres et de tout le clergé , sur l'assentiment des citoyens et de toute l'assistance, nous croyons qu’à la place de l'évéque défunt de sainte mémoire, il faut élire le vénérable homme Léodégar, que vous connaissez de noble naissance, de mœurs renominées, probe en sa religion, ferme en sa foi , riche en miséricorde , humble, juste, pacifique, patient , charitable , persévérant , abondamment pourvu de tous les dons requis dans un bon évêque. Donc, frères bien-aimés , étant ainsi élu sur le témoignage de ses bonnes œuvres, proclamez-le digne du pontificat et dites tous d’une voix : Léodégar est digne! »

Et tout d'un cri mille voix répétèrent : « Léodégar est digne ! il est digne, Léodégar ! digne et juste! bien méritant ! bien digne, Léodégar ! »

Les psalmodies des veilles continuent et s'acliévent, et les préludes des saints mystères commencent'. L'évéque consécrateur entonne le Trisagion des Grecs; deux chœurs se répondent dans la langue de saint Irénée; trois voix d'enfants y ajoutent la plaintive psalmodie du Kyrie eleison. Ce prélude tout oriental reporte au berceau de l'Église. Bientôt Léodégar entend une hymne chère à son enfance, le Gloria in excelsis , commencé par les anges et achevé par

! Pour décrire la messe gallicane , nous avons consulté et comparé le cardinal Bona, qui le premier essaya d'en tracer l'ordre (Rer. liturgic., ed. Sala). D. Ruina:t, Greg. Turon. Opp., prsef. xc-ztvn, appendix, col. 1357. — D. Martene, novus Thesaurus anecdoctor., t. V, p. 86. — P. Lebrun, Truité des SS. Mystères, dissert, ww, art, 3.— B. Thomasii Opp., ed. Vezzosi , t. VI, præf., xxvu.

saint Hilaire de Poitiers!. Les plus beaux souvenirs de son archidiaconat se renouvellent à mesure que se déroulent les rites de cette antique liturgie gallicane; le cantique Benedictus est chanté en lhonneur de saint Jean-Baptiste, le dernier des prophétes et le premier des évangélistes?; le lecteur récite les prophéties, le sous-diacre les épitres apostoliques; tout le cheur reprend par le cantique des trois enfants dans la fournaise; puis l'évangéliaire enveloppé d'un Voile est porté par le diacre, précédé de sept acolytes avec sept chandeliers, au milieu des nouvelles acclamations du Trisagion. Du haut de l'ambon l'ordre est donné d'exclure tous les indignes : l'oblation commence, les évêques se rassemblent en couronne pour procéder à l'examen du nouvel élu. Son élection, ses mœurs, sa foi, sont soumises à un soleñtrel interrogatoire : le pastoral de saint Grégoire est consulté comme la régle la plus parfaite des pasteurs ; Léodégar promet de vivre et d'enseigner selon cette règle, anathématise les erreurs condamnées, écrit sa profession de foi, etla porte sur l'autel. Puis il jure, entre les mains du métropolitain , obéissance au successeur de Pierre et à celui de saint Irénée. Le moment le plus solennel est arrivé : Léodégar est agenouillé au inilieu du presbyterium ; deux évéques tiennent suspendu sur sa tête l'évangéliaire avec son voile rouge , symbole du sang divin répandu par le pasteur supréme ; neuf autres évêques, au nom des neuf chœurs des anges , touchent l'élu de la main , debout devant lui, comme des sacrificateurs autour d'une victime : le ciel s'ouvre, l'esprit de force et d'amour descend comme sur les premiers apôtres, et investit de son ombre vivifiante l'athlete destiné à de si grands combats. Le métropolitain, debout à l'autel, les mains étendues , appelle tous les dons d'en haut et chante cette inajestueuse bénédiction ? :

* D. Guérauger, Institutions liturgiques, t, 1, p. 112,

? S, Germani Expositio Misse.

Missale Francor., p. 309.

« Dieu de toute grandeur ! Dieu de toutes dignités qui par les saints ordres concourent à votre gloire!

« Dieu, qui admites Moïse, votre serviteur, dans l'amour de vos familières confidences, et, parmi les divers enseignements du culte céleste, lui montrâtes la forme du vêtement pontifical , et lui apprites à revêtir de la robe mystique Aaron, votre élu , pour les sacrifices!

« Dieu qui avez voulu que des exemples antérieurs transmissent à la future postérité l'intelligence des choses saintes , et que la science de votre enseignement ne manquát à aucun áge;

« Que dans l'ancien peuple l'ombre seule des vrais mystères imprimát le respect , et que nous eussions, nous, une expérience des choses divines plus certaine que les énigmes des figures ;

« Car le vêtement de ce sacerdoce antérieur, c'est l'ornement de notre âme, et la magnificence du pontificat, c'est moins l'éclat dela robe, que la splendcur des âmes; moins le spectacle qui flatte le regard de la chair, que les inystéres qu'il signifie.

& C'est pourquoi donnez à ceux de vos serviteurs que vous choisissez pour le ministére du sacerdoce supréme, nous vous en conjurons, Seigneur, donnezleur la grâce, qu'en leurs mœurs et leurs actions reluisent toutes les vertus que figurent ces voiles éclatauts d'or, brillants de pierreries, parsemés d'ouvrages variés.

« Accomplissez , Seigneur, en vos prêtres, le comble de votre mystère ;

Ornez-les de toute décoration sainte et glorieuse;

Sanctifiez-les de toutes les fleurs de l'onction céleste ;

Qu'abondaminent elle se répande sur leur tête ;

Qu'elle découle sur leurs lèvres ;

Qu'elle descende jusqu'aux extrémités de leur corps;

Que la vertu de votre esprit emplisse tout ce qui est au dehors, et qu'elle pénètre tout ce qui est au dedans.

« Qu'en celui-ci, Seigneur, abondent la constance de la foi, l'amour pur, la paix sincére;

Que ses pieds soient beaux par votre grâce,

Pour évangéliser la paix,

Pour évangéliser vos biens.

« Donnez-lui , Seigneur, un ministère de réconciliation, Par la parole et par les actions,

Par la vertu des signes et des prodiges;

Que ses discours et ses enscignements soient beaux,

Non point par les persuasives paroles de l'bumaine sagesse, Mais qu'ils soient une révélation de l'esprit dans sa force.

« Donnez-lui , Seigneur, les clefs du royaume des cieux ;

Qu'il use et ne se glorifie pas du pouvoir, Accordé pour édifier et non pour détruire.

Que tout ce qu'il liera sur la terre soit lié au ciel, Que tout ce qu'il déliera en terre soit délié au ciel : S'il retient les péchés, qu'ils soient retenus ; S'il les remet , qu'ils soient remis par vous. Que celui qu'il bénira soit béni, . Et maudit celui qu'il maudira;

« Qu'ils soient fidéles et prudents, Seigneur, les serviteurs que vous place sur votre famille ; .

. Qu'ils donnent la nourriture en temps opportun, et rendent tout homme parfait ;

‘Qu'ils soient ardents en sollicitude , fervents en esprit; ^"

Qu'ils haissent la supcrbe ;

Qu'ils aiment la vérité,

Et jamais ne la délaissent , ni ne succombent de lassitude ou d'angoisse ;

Qu'ils ne mettent point la lumiére en place des ténébres,

Ni les ténèbres en place de la lumière ;

Et qu'ils n'appellent point mal le bien, ni bien le mal;

« Seigneur, accordez à celui-ci la chaire épiscopale , pour régir votre Eglise et tout votre peuple; ; Soyez son autorité , Soyez sa puissance, Soyez sa force ; Multipliez sur lui la bénédiction et votre grâce, afin que, toujours digne d'implorer votre miséricorde , il soit à jamais dévoué par vetre grâce.

Léodégar se répandait tout entier avec ces ardentes prières pour être offert avec les dons de l’autel, il s'épanchait comme les gouttes de l'huile sainte et les parfums du saint chréme qui descendait jusqu'aux franges de son vêtement. L'oint du Seigneur revét les insignes de sa charge pastorale, le báton recourbé, son sceptre patriarcal, et l'anneau, signe de la nouvelle et indissoluble alliance qui l'attache à l'église d'Autun, Enfin il monte sur le tróne pontifical et s'assied sur une chaise d'or; douze évéques le soulèvent et le portent en triomphe sur leurs épaules, comme à l'inauguration d'un roi sur le pavois'. Le cortége parcourt tout le circuit de la

* Via S. Wilfridi, sec, n Bened.

basilique, pendant que le chœur entonne des cantiques d'actions de gráces. Le chant doux et majestueux du Sonus annonce la reprise des saints mystères ; le baiser de paix passe de rang en rang ; le silence solennel est interrompu par tout le peuple répétant sa prière de chaque jour au Père qui est dans les cieux, et le pain au-dessus de toute substance est rompu à toute la famille, Après quoi, Léodégar avec tous les évêques, le clergé de la ville et de la campagne, les grands du peuple et les seigneurs venus de loin, se rendent dans les vastes appartements de l'épiscopium ou maison de l'église‘.

! Anonym, Æduens., no 18,

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