‹ Histoire de Saint LégerChapitre 98 sur 179 · SAINT LÉGER ASSEMBLE UN CONCILE A AUTUN VERS L'AN · texte numérisé non relu

SAINT LÉGER ASSEMBLE UN CONCILE A AUTUN VERS L'AN

Opinions diverses sur ce concile, — Du lieu, — Des causes principales : désordres des laïques, des clercs, des moiues. — Monothélites en Gaule, — Cérémonial da concile. — Canons dogmatiques. — Symbole Quicumque. — Canons disciplinaires. — Canons monastiques. — Sur la régle de saint Benoit. — Sanction pénale. — Souscription. — Testament de saint Léger souscrit par cinquante-quatre évêques. — Examen des difficultés. — Diverses dates, — De Christiacnin, — Analyse du testament.

En prenant possession de la chaire de saint Rhétice et de saint Syagre, la première pensée de Léodégar fut d'appeler à son aide les conseils et la sagesse des nombreux évéques réunis pour sa consécration. Bien qu'il n'eüt pas à redouter l'inexpérience d'un début, étant accoutumé depuis l'archidiaconat de Poitiers à une vaste administration , il ne fallait pourtant pas moins qu'un si puissant concours pour éteindre les troubles de son église et pacifier l'agitation répandue dans toute la province ecclésiastique de Lyon , et peut-étre dans toutes les Gaules.

Le concile tenu en ces circonstances par saint Léger est le fait le plus considérable de son administration et celui qui mérite avant tout notre attention. Il régne de grandesincertitudes sur le lieu , l'époque, les causes, les résultats, les canons , les pères de ce concile. On l'a placé tantôt à Autun, tantót à Crécy en Ponthieu ou en d'autres résidences des rois mérovingiens '. Les uns l'ont mis au début, les autres à la fin,

! Sirmond , Coneil, Gallie, t, 1, p, 506, — Cf. Lahh., Concil , t, VI, col, *

d'autres au milieu de l'épiscopat de saint Léger'; on y a vu, tour à tour, un concile national de tous les évéques des Gaules, un simple synode tenu par saint Léger entouré de ses prétres , méme une sorte d'assemblée politique composée mi-partie d'évéques et de leudes*. On a voulu, non sans d'inextricables difficultés, rattacher à ce concile le testament de saint Léger, signé par cinquante-quatre évéques *. Les canons déérétés furent nombreux et importants * ; mais à peine un petit nombre nous est parvenu, et encore quelques-uns paraissent aux critiques les plus difficiles devoir se

rapporter à un autre concile *,

Pour éclaircir, s'il est possible, un point aussi nébuleux, nous devons nous borner aux seuls monuments authentiques , les sept ou huit canons venus jusqu'à nous. Peut-étre, en interrogeant attentivement ces uniques témoins, tout épars et incomplets qu'ils soient, pourrons-nous rétablir cet événement considérable de la vie de Léodégar.

Or il est un point qui demeure saillantsur ces monuments mutilés; recueillis de diverses parts, en deux endroits au

535 et 1887. — Mabillon , Annal., ad ann, 660. — Y.ecointe, Annal. eccles, Francor. — Longueval, Hist, de l'Egl. gallic.

* Sirmond le place en 670; Lecointe en 669, et D. Mabillon, tantôt en 665 (ssec. n Bened.,. Profatio), tantôt en 675 ou 676 (sec. n, p. 11, Præfatio); D. Bastide, en 663 (Dissert, de Regule S. Benedicti propagat., cap. m); D. Ruinart (4pologia missionis S. Mauri, t. 1, Annal. in appendice) et les aateurs du Gallia christiana , t. IV, en 661; Pagi , en 663; Mansi, en 677.

? D. Mabillon, sac, iv, Profat., no 106. — Boll., ad diem n oct. Commentar, previus , S 6.

3 D. Mabillon , locis allegatis. ;

4 Ils ont été exhumés d'one trés-ancienne collection de canons, autrefois conservés dans la bibliothèque du chapitre d'Angers. Ils y portaient ce titre : Canones Augustodunenses S. Leodegarii episcopi, — Plusieurs étaient omis; il n'y avait que les ler, 5e, Ge, 8e, 10e, 15°. Le P. Sirmond en trouva un aene dans la bibliothèque de Saint-Bénigne de Dijon; le P. Labbe en a publié le 14e, tiré de la bibliothèque de de Thou, Mansi a donné un fragment iaédit du xve canon, t. XI, p. 198. D. Mabillon en découvrit un Ms. à Einsiedlen, qui a fourni de précieuses variantes. Ann,, lib. xvi, v. 37.

^ Bolland., Comment, prev. , n? 76.

moins ils portent le nam d'Augustodunum. Cet indice est sûr, et, à moins de recourir à des rapprochements très-arbitraires , il faut l'accepter et placer à Autun le siége de ce concile.

D'ailleurs, la teneur des canons révèle, ce semble, le lieu où ils furent portés, leur date , les motifs qui les provoquérent , les symptômes du mal qu'on voulait prévenir ou détruire. |

Des désordres graves sont signalés parmi les fidèles, au sein du clergé et jusque dans les cloitres.

Des chrétiens revenaient à une vie toute paienne, désertaient les lieux saints et les fêtes de l'Église, méprisaient les secrements , ne daignaient pas nourrir trois fois l'an leur âme du pain de chaque jour; méme aux grandes solennités de Noël, de Pâques, de la Pentecôte, les vides étaient nombreux à la table du Père de famille ; des femmes enfin ajoutaient à ces scandales par leur immodestie dans les églises ; aucune barrière ne les arrétait ; elles pénétraient par delà tous les cancels jusqu'à l'autel '. Cet oubli des lois fendamentales de la discipline, ce mépris des lieux et des choses saintes, cette violation de toute police méme extérieure suppose manifestement une suspension violente de l'autorité régulière, l'absence des gardiens de la discipline, une crise prolongée , une de ces luttes où rien n'est plus respecté : or nous re voyons pas de moment où puissent se placer ces désordres, si ce n'est la vacance de deux ans pendant laquelle on se disputait à main armée le siége épiscopal d'Autun.

C'est peu avant cette époque, vers 650, qu'éclate, dans un coin de la Provence , une erreur à laquelle fait allusion ce concile , le manichéisme, qui se réveillait en Orient et que les empereurs poursuivaient à outrance, Des fugitifs se cachèrent dans le midide la Gaule et y couvérent dans l'ombre

1 Cf, canons 10, 11.

un feu qui allumera de grands incendies : une femme parcourant ces contrées, se donnait pour inspirée, faisait des prestiges et débitait des oracles, comme les prophétesses de Montan '.

Ces scandales des fidéles en supposent de plus graves dans le clergé. Un seul trait, qui échappe des ténèbres et de l’oubli, éclaire tout ce sombre tableau : des prêtres gorgés de nourriture et de vin montaient en chancelant à l’autel et célébraient au sortir de l'orgie les redoutables mystères. Ces vices grossiers sont souvent reprochés aux races barbares ; le christianisme partout les poursuivait par des peines et des anathèmes terribles. Il y eut cependant comme un camp retranché où il lui fut très-difficile de les atteindre. C'étaient ces conjurations bruyantes et soldatesques, ces ghildes toujours accompagnées de copieux festins où des daims entiers étaient servis sur la table, où coulaient à flots le vin, la bière et l'hydromel. Le clergé, recruté fraichement dans les rangs des Barbares, devait souvent se laisser entraîner à y prendre part, malgré les prohibitions des conciles, et surtout quand il se mélait à ces conjurations quelque intérét religieux. Or, il est indubitable que les deux partis qui pendant deux années cherchèrent à envahir par tous les moyens la chaire épiscopale d’Autun, eurent recours aux ghildes pour se maintenir si longtemps en face sur le champ de bataille. Ce qui le confirme, sans contestation, c'est qu'il est fait mention de moines acceptant un patronage illicite et se mettant sous la tutelle de compéres ou de confrères tels que les imposaient les coutumes des ghildes*. Dès lors s'expliquent les ravages profonds que le concile signale -dans les mœurs cléricales.

Le choix d’un évêque était un de ces événements majeurs qui mettaient en jeu tous les intérêts de la communauté

1 Cf. canou 14, 2 Cf, canon 5.

chrétienne. Tous avaient droit de s'en occuper, et les solitaires les plus étrangers au monde sortaient alors de leurs retraites et venaient apporter au reste du peuple l'imposante autorité de leur suffrage et de leur acclamation. L'austère clôture était donc un moment suspendue : et si cette interruption se prolongeait et jetait longtemps les moines au milieu du conflit des ambitions rivales, la vie monastique était ébranlée profondément. On le vit à Autun, à cette - longue tourmente qui précéda l'élection de Léodégar. Ici le concile devient de plus en plus clairement le miroir où se reflète toute la situation de l'église d'Autun'. On y voit figurer, derrière les prescriptions des pères, et comme dans un fond de scéne, des moines cupides, adonnés au vice de propriété, errant dans les cités, courant la campagne, vaguant sans lettres commendatices , sans obédience , conversant familièrement avec les femmes et les laissant pénétrer au monastère, négligeant la tempérance , la prière, la charité, la pauvreté, l'hospitalité : rien n'échappe à l'attention du concile dans cette inexorable revue ; on ne peut méconnaitre le coup d'œil exercé de l'ancien abbé de Saint-Maixent et les saines doctrines d'un enfant de saint Benoit.

Enfin un dernier trait encore emprunté aux actes du consile achève, il nous semble , d'en préciser l’époque, le lieu ££ l'objet. Le plus grave événement qu'offre l'histoire ecc]ésiaetique du septième siócle, est la nouvelle hérésie des trois patriarches de Constantinople, Sergius, Paulus et Pyrrhus. Contre ce triumvirat les papes vésistèrent invinciblement, et l'Eglise des Gaules contempla avec une constante et doulouseusg sollicitude leur magnanime résistance. Les sophistes grecs entreprirent d'entrainer l'Eglise des Gaules dans leurs téméraires subtilités. Les monothélites parurent en Gaule, et l'un d'eux doguatisa à Chálons, à Autun, à Orléans *.

1 Cf. canon 15, ? Vita S. Eligii, lib. 1.

L'Église gallicane témoigna le plus grand zèle contre cette

hérésie ; le bon sens de nos évêques alla droit au fond de

cette erreur enveloppée de subtilités et y découvrit le ren-

versement du dogme de l'incarnation et de la maternité di-

vine de Marie. Ils n'attendirent pas les condamnations de

Rome; dés l'an 645, ils firent comparaître devant eux, à

Orléans , l’émissaire envoyé de Byzance et le confondirent *.

Un concile tenu à Nantes parsaint Nivard de Reims, d'aprés

les ordres exprès du pape, dut rouler sur le méme objet. A’ Orléans, les évêques accoururent et tinrent un premier

concile, et le sectaire cité devant eux fut confondu*, En

650, une grande et solennelle assemblée d'évéques à Chá-

lons-sur-Saóne publia les anathémes de Rome, s'unit au saint

pape Martin , et inscrivit au premier de ses canons une pro-

testation éclatante, déclarant qu'il fallait s'en tenir à la foi

de Nicée, telle qu'elle a été exposée par les Péres et confir-

mée par le concile de Calcédoine *. Autun seul, troisième

théátre de l'erreur , n'avait point été témoin d'une répara-

tion semblable. Or l'Eglise gallicane , qui avait la première

attaqué le monothélisme, lui porta les derniers coups au

concile tenu à Autun par saint Léger. Là se fit la première

promulgation, la premiére mention solennelle que nous

trouvions d'un monument devenu fameux sous le nom de symbole de saint Athanase *. Ce concile où eut lieu cette promulgation officielle ne peut donc être attribué qu’au-zèle

de saint Léger et aux premiéres années de son épiscopat.

Il est assez probable que les péres du concile de Chálonssur-Saóne se trouvèrent en partie à celui d'Autun. Or il y avait eu à Chálons trente-huit évéques présents, dont six archevéques. À la tête de tous, le métropolitain de Lyon,

* Frodoard., Histor., lib. n, c. 8. — Labb.,Concil,, t. VI, col. 486; t. IX, col. 468.

3 Conc, Aurelianense, Lalb., Con:., t. V, col. 1834.

3 Conc. Cabillonense , Labb., Conc., t. VI, col, 388,

3 Conc. Augustod., can. Si «uis,

Génésius , l'ami de Léodégar, se sera empressé d'apporter à cette assemblée l'autorité et la sanction de son siége primatial. 11 est certain que ces évéques étaient nombreux, et que ces canons n'appartiennent point seulement à l'église d'Autun ‘. Ce fut toutefois un beau jour pour cette antique église que celui oà , descendant par toutes les voies qui sillonnent les montagnes, des légions de saints évéques traversaient ses rues encore populeuses et se rassemblaient sur le tombeau de ses martyrs. Ce devait étre, selon les prescriptions des saints canons, le quinziéme jour avant les calendes de juin; à ce mois de l'année où la terre fournit abondamment à tous les besoins, les évêques pères des peuples aimaient à faire descendre aussi plus abondamment la manne de la doctrine céleste *.

La basilique des saints martyrs Celse et Nazaire a été préparée dès la veille pour cette solennelle assemblée : au milieu du presbytérium sont exposées les reliques et les images des saints appelés à témoigner de nouveau de la foi; au centre s'élève un trône sur lequel repose le saint Évangile; la basilique est fermée, et les ostiarii, debout à leurs postes, veillent au dehors sous les portiques extérieurs.

: Dès la première heure du jour, avant le lever du soleil, les évéques convoqués se présentent, le métropolitain Génésius en tête; ils prennent place autour du presbytérium , chacun à son rang d'áge ou d'épiscopat.

Les évéques arrivés, placés et assis, on appelle les prétres qu’on a jugé bon d'admettre à l'assemblée. Nul ne doit s'y ingérer de soi sans encourir les peines les plus sévéres.

Quelques diacres sont également admis.

Tous les évêques occupent un rang de chaires au fond de

' D. Martene, de antiquis Ecclesiæ Ritibus , lib, in , cap. 1.

? Un catalogue ms. d'anciens canons, conservé dans la bibliothéque de de Thou, portait que ces canons avaient été dictés par plusieurs évêques. Cf. D. Bastide, Dissert. laudata, ibid. — La souscription de saint Léger suffi. rait pour le démontrer : « Ego Lcodegarius ac si peccator episcopus, cum consensu fratrum meorum polliciti sumus, etc. »

176 HISTOIRE l'abside; les prêtres sont assis à leurs pieds; les diacres sont debout devant l'assemblée.

On appelle les notaires chargés de faire les lectures et de transcrire les statuts.

Pendant un long et profond silence, tous élèvent leur cœur à Dieu, jusqu'à ce que l'archidiacre dise : Pries! Tous à ce mot se prosternent, et longtemps prient avec larmes et gémissements.

Le plus ancien des évèques élève sa tête blanche au-dessus ds ce cénacle de pontifes, de prêtres, de diacres prosternés, et prie tout haut le Seigneur.

La prière achevée, tous répondent : Amen!

L'archidiacre dit : Levez-vous!

Pénétrés de la crainte de Dieu et de l'esprit de doctrine , tous se lèvent, évéques et prétres s'asseyent, les diacres demeurent debout.

Les évêques et les prêtres étant assis en silence , un diacre vétu de l'aube, apporte au milieu le livre des saints canons et récite tous les titres concernant la tenue des conciles.

La lecture achevéc , le métropolitain Génésius se lève et ouvre les délibérations en disant à l'assemblée :

« Voilà, trés-saints pontifes, qu'on a lu les règles transmises dans les canons par nos peres très-saints. Si donc l'un d'entre vous a une affaire qui le touche, qu'il la propose devant les péres. »

La foi , substance des choses et base de tout , eut toujours le pas dans les délibérations des conciles : les pères d'Autun débutérent donc par ce canon qui porte le titre spécia] de canon d'Augustodunum , en l'ére première : « Si quelqu'un, prétre, diacre, sous-diacre ou clerc, ne juge pas irrépréhensible le syinbole que l'Esprit saint inspira et que ses apótres transmirent , et {a foi du saint évêque Athanase, qu'il soit anathématisé par l'évéque !. »

! Iabb., Concil, t. VE, col. 336.

Depuis un siécle environ une formule de foi d'une précision telle que l'esprit de Dieu semble l'avoir inspirée parcourait le monde et passait de main en main sous le titre ambigu de foi d'Athanase. C'était bien la croyance du grand homme, ce ne pouvaient étre ses paroles : quel qu'en füt l'auteur, Athanase ou Hilaire , Fulgence de Ruspe ou Vigile de Tapse , c'était bien le dernier mot et le plus lumineux résumé des grandes luttes de l'orthodoxie contre toutes les nouveautés d'Arius, de Nestorius et d'Eutychés, le plus triomphant anatbéme contre les trois patriarches monothélites. Il était permis à l'Église des Gaules , qu'Athanase avait visitée deux fois et fortifiée par son passage et son exil, de promulguer ce monument sous le nom du défenseur de la foi de Nicée , et il appartenait à l'archidiacre de Poitiers, qui avait évangélisé les peuples dans la chaire méme de saint Hilaire, de manifester au monde cette profession de foi digne de saint Hilaire. 1l est glorieux surtout pour ce concile ou- blié d'Augustodunum , d'avoir consacré une formule de foi que l'Église entière a placée parmi les plus beaux cantiques de sa liturgie et vénérée presque à l'égal des symboles de Nicée et de Constantinople. |

Ce concile prit encore les devants sur une mesure d'une grande portée, qui occupera , quatre siècles plus tard, l'attention de tout un concile ecuménique. Ce canon nous fait d'autant plus regretter tous les autres du méme genre qui durent étre portés sur la foi et la vie chrétiennes.

Canon 14. « Que les séculiers qui, à la Noél du Seigneur, à Pâques, à la Pentecôte, n'auront pas communié, n'habitent plus avec les catholiques.

« Qu'aucun prêtre chargé de nourriture et appesanti par le vin n'ose plus toucher aux sacrifices ni célébrer les messes ; que si quelqu'un l'ose , qu'il soit déposé.

« Il ne faut nullement que les femmes pénétrent jusqu'à l'autel '. »

* Cf. Boll., 4ct« S. Leodeg., ad dicm n octobr,

Quelques lignes , conservées dans la collection canonique de Burchard et jusque-là presque inaperçues , complètent ces réglements disciplinaires :

« Si quelque ministre de l'autel du Seigneur, ayant fait une chute momentanée par la déplorable fragilité de la chair, s'en repent dignement par un miséricordieux regard du Seigneur, en sorte que, mortifiant son corps , il offre à Dieu le sacrifice d'un cœur contrit, que l’évêque ait la faculté ou de lever promptement de suspense ceux qui sont sincèrement affligés', ou de retenir plus longtemps les pénitents tièdes séparés du corps de l'Église ; qu'en tout cas néanmoins ceux-ci ne rentrent qu'à leur rang, sans pouvoir jamais étre promus aux dignités supérieures. Que si derechef ils reviennent comme des chiens au vomissement et retournent comme des porcs immondes s'enfoncer dans leur fange, qu'ils soient non-seulement dépouillés de leur charge, mais encore privésde lasainte communion jusqu'à la mort. »

Les lacunes que l'on sent à chaque ligne de ces canons sont moins sensibles dans une autre série concernant la discipline monastique. On dirait que les notaires du concile ou les copistes postérieurs firent deux parts dans ces canons; les uns concernaient le clergé et les fidèles , et les autres les moines. Ceux-ci, déposés dans les archives des cloltres, furent plus fidélement conservés.

« Le premier titre de la discipline monastique est tel: que les abbés moines n'aient aucun pécule, et que les moines re: coivent de l'abbé la nourriture et le vêtement accoutumés', :

Canon 5. « Que nul d'entre les moines n'ose avoir des : compères. » Nous croyons qu'il s'agit des sodalités entre pairs et associés à une ghilde ou conjuration. Le moine ne pouvait ni par lui ni par un représentant figurer dans ces licencieuses réunions.

Canon 6. « Qu'on ne rencontre point les moines errants dans les villes ; que s'ils le font par nécessité, qu'ils soient

! CF, Regula S, Benedicti , cap. xxxul.

adressés à l'archidiacre de la cité avec des lettres de. leur abbé, »

On reconnait encore ici les premières lignes de la Règle qui flétrit si énergiquement les moines gyrovagues et sarabaïtes , et cet usage des lettres commendatices ou passeports, que toutes nos sociétés et nos polices modernes ont soigneusement empruntés des moines.

Canon 8. « Qu'ils soient obéissants envers leur abbé et leur prieur. »

Canon 10. « Qu'aucun d'eux n'ait de familiarité avec des femmes du dehors; et si quelqu'un est reconnu coupable, qu’il soit soumis à une sévère correction,

. « Qu'il ne soit jamais permis aux femmes d'entrer dans le monastère.

« Statuons et décrétons que nul ne se permettra de retenir un moine étranger sans la permission de son abbé. »

Nous arrivons de lacune en lacune au dernier canon que nous connaissions de ce concile, au plus fameux de tous, au canon 15, qui consacre par une sanction canonique et nationale le fait partout accompli du règne de la règle de saint Benoit par tous les monastéres des Gaules.

« Quant aux abbés et moines, telle doit être leur observance, que tout ce qui est enseigné par l'ordre des canons et la règle de saint Benoit, ils le doivent accomplir et observer ponctuellement. Que si, en effet, toutes choses sont légiümement observées par les abbés et les moines, d'une part se multipliera, par la grâce de Dieu, le nombre des moines, et d'autre part le monde entier, par leurs prières atsidues , sera préservé de tout fléau, »

: Chéres et glorieuses paroles, non-seulement à tout l'erdre monastique et à celui de saint Benoit spécialement, mais chères et glorieuses surtout au pontife qui inspira ce con cile du septième siècle de sa haute sagesse, et qui, des profondeurs de son expérience et de la foi, formula si. nettement cet axiome de philosophie sociale , puissant et neuf

encore aprés treize siècles, savoir, que les ámes priant dans Ja solitude ne sont point inutiles au monde; qu'il faut dans la balance de Dieu un contre-poids à la prospérité des nations , ou qu'il n'y a pas de milieu entre la peine librement acceptée ou la peine providentiellement infligée, entre les serfs volontaires ou les nécessaires fléaux de Dieu ; qu'ainsi Dieu ne suspend le néant et la mort préts à déborder sur le monde, qu'autant qu'il rencontre des prières qui le tiennent en arrêt; qu'ainsi le plus humble moine ne porte pas seulement dans les plis de sa tunique la paix et la guerre, mais la vie et la mort! Faisons encore honneur à Léodégar des paroles suivantes, suave élan de son cœur, pieuses réminiscences du désert, ineffacables reflets des sentences du Mont -Cassin.

« Que les moines soient tous obéissants en toutes choses ; qu'ils soient recommandables par l'honneur de la frugalité, fervents dans l'œuvre de Dieu, assidus à la prière , persévérants dans la charité ; que ni par négligence ni par désobéissance ils ne soient la proie du lion, qui róde, qui rugit et qui cherche à dévorer: qu'à eux soient un seul cœur et une seule âme ; que personne ne dise : Ceci est mien ; mais que tout leur soit commun ; en commun soit leur travail, et qu'ils soient parfaits observateurs de l'hospitalité, »

Maintenant, à ces régles saintes et salutaires qui touchent à tous les intéréts de la société civile et religieuse, qui assurent la prospérité des cénobites, la moralité du peuple, la pure doctrine de l'Église, il faut une sanction ; il faut parleï haut et ferme à ces hommes indociles et violents : et pourtant l'Église ne peut en appeler au glaive, qui lui fait horreur, et qui eût renversé son œuvre maternelle : mais elle en appelle au glaive spirituel de l'anathéme , aux lentes et solennelles exécutions des pénitences publiques , même aux peines afflictives qui humilient l'orgueil, mais surtout à cette mort civile et religieuse de l'excommunication , qui poursuivait et atteignait partout le coupable, et réunissait par-

DE SAINT LÉGER. ir

faitement les conditions d'un chátiment vraiment moral, l'exemple , l'expiation et le repentir. Donc , s'enveloppant dans sa majesté de juge et de père des peuples enfants que Dieu lüi a donnés à former, le saint concile prononce, dans le recueillement de ses derniers moments, ce qui suit :

« Ces choses étant ainsi dictées par nous sous l'ordre de Dieu, pour corroborer la régle monastique , quiconque osera les transgresser ou les casser , s'il est abbé, qu'il soit suspendu un an du pouvoir de la communion ; s'il est

prieur , deux ans ; s'il est moine , qu'il soit ou frappé de | verges, ou suspendu trois ans de communions de messe et de tout commerce de charité. Car il est juste que les germes des vices, dés qu'ils serpentent, soient retranchés par la faux de la justice, de peur que, par dissimulation d'indulgence , ils pullulent à tel point qu'ils ne puissent plus être extirpés par la hache.» ,

Tels furent les principaux actes de ce concile. De toutes les souscriptions, il ne nous reste que celle de Léodégar, conçue en ces termes :

« Moi , Léodégar, évéque bien que pécheur , avec le consentement de mes éréres, avons promis, et ainsi nous a-t.il plu de faire observer ceci à perpétuité. »

Les évéques, en se retirant , auraient pu , comme en d'autres assemblées de ce genre, renverser leurs flambeaux et les éteindre en prononcant lugubrement le dernier anathéme. Les temps mauvais approchaient ; l'homme de péché grandissait, et le mystère d'iniquité allait se révéler. Les beaux jours de l'Église gallicane s'écoulent, pour ne plus revenir qu'après un siècle ; ce concile national est la dernière assemblée de ce genre qui lui fasse honneur. Pendant quatrevingts ans il n'y aura plus de véritable concile ; deux fléaux désoleront le sanctuaire : l'invasion musulmane et l'envahissement de la commende militaire ; l’une renversera les temples bátis de main d'homme , l'auue détruira les sanctuaires élevés par l'esprit de Dieu.

Cette circonstance incontestable , que cette nombreuse assemblée d'évéques est la dernière de ce genre qui se soit vue dans l'Église gallicane jusqu'au milieu du huitième siècle‘ , nous oblige de rattacher à ce concile une pièce importante, le testament de saint Léger, qui fut souscrit par cinquante-quatre évéques, Publié par Pérard , attaqué par les auteurs de l'ancien Gallia christiana, défendu par D. Mabillon, accepté par Le Cointe, rejeté par les Bollandistes *, ce monument a partagé toutes les vicissitudes qui s'attachent à Léodégar et à tout ce qui vient de lui.

Les difficultés principales sont tirées du préambule, des notes clironologiques et de la désignation du lieu, En téte est inscrite l'année de l'incarnation, formule inusitée alors ; au méme endroit et à la fin, se trouve l'énonciation de dates fausses et contradictoires. Puis nul ne peut découvrir dans la France mérovingienne, le Christiacum où cette pièce, selon sa teneur actuelle , a été faite et signée par cinquantequatre évéques.

Pour lever en partie ces difficultés, nous croyons qu'il faut distinguer trois époques : celle oà le testament fut écrit, celle où il fut souscrit et clos, et celle qj il fut transcrit au cartulaire de l'église d'Autun. Toutes les opinions peuvent se concilier par cette division des temps.

Il nous semble d'abord que la premiére pensée et la premiére rédaction de ce testament remonte au concile d'Autun.

! S. Bonifacii Epistola.

2 Pérard. Monumenta histor. Burgund., p. 3. — Sammarthani Gall. christ., édit, 2e, t. 1, — Cointius, 4nnal. eccles, Franc., ad ann, 666. — Mabillon, Sec. n Bened., p. 107; Sec. ii, p. 1, præfat., n° 33; Annales, ad ann. 674; OEuvres posthumes , t. I. — Boll., Comment. prœv., n. 63-71, — D, Mabillon, aprés avoir hésité sur l'authenticité de cette pièce, fixe ses irrésolations et persiste à la trouver bonne. D, Thiroux, ébranlé par cette controverse, n'a pas cru devoir insérer cette pièce au 1V* tome du nouveau Gallia christiana. M. de Bréquiguy la reproduit, avec une forte critique, dans son grand ouvrage Diplomata ad res francic. pertinentia, part, 1, t. 1. Nous donnons ce testament daus nos Analecta, avec une version inédite d'un notaire autunois du 16* siècle,

C'était l'usage des évéques de ce temps de donner une grande solennité à leurs dispositions testamentaires. Ils profitaient volontiers d'une nombreuse assemblée pour corroborer leur signature par d'autres souscriptions; ils prévenaient quelquefois la rédaction définitive pour. demander cette sanction ; l'acte rédigé , ils le faisaient souscrire à divers intervalles , selon qu'ils rencontraient de puissants personnages. Il arrivait de là que plusieurs souscripteurs n'avaient réellement pas assisté à la rédaction de l'acte, et que méme quelques-uns n'étaient déjà plus vivants quand d'autres plagaient leurs noms à cóté du leur. On congoit donc que saint Léger ait profité du nombreux concile tenu au commencement de son épiscopat, pour soumettre son testament à l'approbation des évéques. De là; la mention qui s'y trouve de cinquante-quatre évéques s'unissant àlui pour frapper d'anathéme les violateurs de ce testament,

L'ayant ainsi commencé au début de son épiscopat, Léodégar n'y aura mis la derniére main qu'au terme de sa carrière, à la veille de son dernier martyre, la dix-septieme année de son épiscopat et la troisième du règne de Théodoric, vers l'an 676. Ainsi, nous adopterions l'opinion de dom Mabillon et la rectification qu'il introduit dans le texte, pour faire cadrer les années de l'épiscopat de saint Léger avec celles du règne de Théodoric '.

Mais ce testament n'est connu que par une copie insérée dans un ancien cartulaire de l'église d'Autun. Cette transcription fut faite à une époque où l'énonciauon de nombreuses notes chronologiques était en usage. Le copiste mal avisé crut devoir mettre en tête les notes qui lui semblaient vraies, pour donner plus d'authenticité au titre, et il né-

* On lit dans le texte actuel : septimo episcopatus mei anno; et plus loin, vers la fin : acta publice tertio anno. regni Theodorici regis. Mabillon propose de lire : decimo septimo; ce qui reporte vers l'an 677 le troisième du règne

de Théodoric , rétabli au commencement de 674. Saint Léger mourut eir 678. *

gligea de transcrire à la suite de la signature de saint Léger celles des cinquante-quatre évéques qui souscrivirent. De là, tout le préambule et la confusion des premières dates contredisant les derniéres. Nous convenons que celles qui sont en tête n'appartiennent qu'à un interpolateur, Comme il est inoui de mettre deux dates dans un méme titre, il faut nécessairement choisir entre l'une ou l'autre. La seconde étant la seule admissible , la seule conforme aux usages du septième siècle, il faut négliger la première et tout le préambule, évidemment mis aprés coup '.

! Tel est le texte méme du testament, selon l'édition d'Aubert Lemire : soit qu'il ait eu entre ses mains un manuscrit plus correct que celui de Pérard, soit qu'il ait pris sur lui de corriger la pièce; tout porte à croire qu'il a eu sous les yeux un exemplaire plus pur. Nous avons donné dans les Analecta l'édition suivie par les Bollandistes et par Bréquigoy; nous pensions que ce dernier avait indiqué toutes les variantes d'Aubert Lemire : nous nous sommes apercu trop tard qu'il n'en était rien. Nous y suppléons par un carton en donnant ici le texte méme d'Aubert Lemire, beaucoup plus correct que celui des Bollandistes. — « Ego Leodegarius, etsi indignus Heduorum episcopus , septimo episcopatus mei anno, considerans varias rerum mutationes, scd et inevitabilem mortis terminum, ac formidahilem judicii et cunctis tremendam districti judicis horam, simulque pro his et hujusmodi ad illam dieciplinaro recurrens, quæ præit (Luce xvi) : Date et dabitur vobis; et (Lucæ xvi) : Facite vobis amicos de mammona iniquitatis , qui vos récipiant in colis; et illud recordans Sapientis (x11) monentis : (Redemptio anima viri, divitis ejus); et (Ecclesiastici au) : Sicut aqua extinguit ignem, ita eleemosyna extinguit peccatum, — Pro amore divinitatis , pro remissione peccatorum , pro recordatione domini Clotarii et Baldehildis reginæ, necnon pro statu regis Theodorici, et regni , et cunctorum procerum ejus, præcipue pro his qui in dicendis rebus cosquirendis adjutores , donatores et conlaboratores nobis extiterunt ; — Dono , trado, transfundo, heredem statuo ecclesiam B. Nazarei, titulum mei præsulatus, de rebus meis, hoc est, de Mariniaco villa, quz jacet super Iconem fluvium ; quam mibi dicta regina de proprio suo in proprium meum delegavit et per regale instrumentum charts babere concessit, necnon de Tiliouaco villa, quie de jure materno ab avis et proavis michi competit, et est supra fluvium Sagonam, ac de Canapis villa, quam de Bodisono et Sigrada Deo devota conquisivi, eujus terra sita est tam infra quam citra Divionem castrum, —-Qaas villas et capellas, cum suis servis utriusque sexus terris, vineis, pratis, aquis, stagnis, eursibus , recursibus, silvis, pascuis, majoris peculii vel minoris, de statu proprio nostro , in statum matricula nostrae, quam ad ostium ecclesie 8. Naar fabricavimus, cum omnibus appendiciis, delegamus, secernimus, transfundimus : eg ratione, ut ta a praposito ejasdem ecclesise Bercario, quam

Quoi qu'il en puisse être, ce monument, considéré dans sa substance, était digne de Léodégar et dés cinquante. quatre évêques qui l'honorérent de leur sanction. Il se rattache à la pensée la plus féconde de l'administration da saint évéque: et c'est pourquoi nous croyons être dans le vrai en plaçant les deux dates de sa forination et de sa conclusion aux deux extrémités de l'épiscopat de saint Léger.

- Donc «le saint évéque, considérant les diverses révolutions

a successoribus ejus, quos nostri successores pontifices ordinaverint, quadra-

ginta fratres quotidiana diaria et stipendia omui tempore accipiant, ut libe-

rins pro salute regai et prineipum, ac totius orbis, Deum deprecari possint,

. — Si vero ullus majorum hæredum vel minorum nostrorum, aut alicujus per sonz homo , hanc nostram et communem eleemosynaw , et hujus instrumenti chartam violare præsumpserit, ut reus majestatis noverit se, coram Majore

Palatii vel capite vel centum libris auri mulctandum, Episcopis autem succes»

soribus nostris hzc deservire voluimus, sicut et plura in partem eorum con-

tolimus, et sicut hec coram Deo digna consideraverint, — Si vero deinceps alicujus obstinatio contra hzc se erexerit, noverit se etlam quinquaginta qua-

Utor episcoporum, qui a principibus nostris Kaco * ( foste Kaco, aa pro Christiaco?) congregati sunt (quibus prasentibus vel quorum consilio hanc dona-

tionem ecclesiz , matriculeque nostræ celebravimus), et nostra , quamvis ex-

trema , auetoritate excommuniesatam, et invocatione S, "Trinitatis, ex parte (potestate) B, Petri, Apostolorum principis, cum Juda traditore Domini (qui

babens loculos res Domini furabatur et pauperum), æternaliter damaandum,

et cum Chore, Dathan et Abyron, quos vivos terra absorbuit, iuconsueta et

desperabili morte, in omnium videntium terrorem, nisi digna satisfactione

respuerit, profligatur is æteraum punieudus. Ames. Amen, — Acta publice,

tertio anno regni Theodorici regis, — Ego Leodegarius huic donationi facta

sub anathemate , subscribo et inanu propria firmo,

* Quel est le lieu désigné par ce mot, où d'autres ont lu Christiaco et Cressiaco, et dont ils ont fait Cressy, Crissy, Crespy et Kersy? on peut y voir l'une des 130 villas où les Mérovingiens promenaient leur cour ct leur chancelleríe. Comme il importe peu de fixer les incertitudes, pons hasardons, sans y teair beaucoup, une conjecture qui pent tout concilier. 4atun prend, vers le temps de saint Léger, le titre remarquable de Christi civitas, Bibracte , à chaque grande période de son existence, reçut un nom nouveau. De méme qu' 4fugustodunum se compose d'un mot latin et d'un mot celtique, si nous traduisons par les mémes éléments le mot Christi civitas, nous aurons réguliérement Christi- Ac. Ne serait-ce point là le dénouement fort simple de cette énigme, et ce mot n'aurait-il pas été abrégé sous cette forme Xaco. dans le manuserit où Aubert Lemire a lu Kaco?

des choses humaines, la mort, inévitable terme de tout, et la formidable heure du jugement, sachant qu'il est écrit : Donnez, et il vous sera donné ; faites-vous de vos richesses des amis qui vous reçoivent aux tabernacles éternels; se rappelant le not de la Sagesse : Le rachat de l'áme de l'homme est dans ses richesses; et encore : Comme l'eau éteint le feu, ainsi l'aumóne, le péché; pour l'amour de Dieu, pour la rémission des péchés, et à la mémoire du seigneur Clotaire et de la reine Bathilde, voulant enfin qu'on prie abondamment et librement pour le roi Théodoric, qui devint son persécuteur, pour le salut du royaume, des princes et du monde entier, » il prend pour son légataire universel et légitime héritier son église de Saint- Nazaire, le titre de sa prélature. Il lui légue ce qu'il posséde de la munificence de la reine par une charte royale, et ce qu'il tient de Bodilon ou Bodison, et de Sigrade , samère, de ses aïeux et bisaieux , par légitime hoirie, savoir : les trois villas de Mariniacum, de Tiliniacum et de Canabis', avec toutes leurs dépendances ; il légue, séquestre et transfere tous ses biens, à la fin expresse d’être affectés à une matricule qu'il fonde à la porte de son église, et distribués par Berchare*, le prévót de cette matricule, à quarante clercs vivant en communauté , nommés ou institués par lui ou ses successeurs. Il attache tant d'importance à cette disposition , qu'il en dénonce le violateur à la plus haute autorité judiciaire, au maire du palais, comme étant coupable de crime capital et passible d'une amende de cent livres d'or; il le place sous la sentence de ses successeurs et sous l'anathéme de cinquante-quatre évéques, en présence ou par ke conseil desquels a été passé cet acte. Lui-méme enfin, la sainte Trinité invoquée, et en vertu de la puissance du

* Morigny. — Tillenay. — Chenóve.

* Nous n'hésitons pas d'emprunter à Aubert Lemire le nom de ce prévót, que nous avions ainei appelé d'abord sur une simple conjecture, Voyez plus bas , p. 208. |

bienheureux Pierre , prince des apótres, il excommunie le violateur avec le traitre Judas, qui, ayant la bourse, volait le bien de Dieu et des pauvres ; avec Coré, Datan et Abiron, que la terre a engloutis vivants. Ainsi soit à perpétuité. Amen. Amen.

Ces formules, moins fréquentes alors que depuis, n'étaient point seulement un protocole officiel, mais une chaleureuse protestation du saint évéque, qui suffirait pour nous prouver ce que nous établirons bientót, quelle importance il attachait à la fondation de la matricule de Saint-Nazaire et à l'institution des quarante fréres chargés de la desservir. Avec le concile d'une part , etce testament de l'autre, nous avons comme deux jalons qui marquent toute la ligne suivie par saint Léger dans l'administration du vaste diocèse des Éduens.

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