Voy. cbap. cxxv
ment; et tout ce que nous croirons qui lui plaise, nous étnrons dms efforcer promptementde l'entreprendre. Et si nous faisons ainsi, Notre-Seigneur nous donnera plusde biens en cesiècle eten Vautre que nou» île saurions dire; et si bous ne faisons pas ainsi, il fera tout comme le bon Seigneur doit fiiire à son mauyais serviteur ; car après la menace, quand le mauvais serviteur ne seveutpasamendnr, le Seigneur frappe ou de mort ou d'autres phis grands malheurs, qui sont pires que la mort. » Qu'il y prenne donc garde le roi qui existe à présent^ : car il est échappé d'aussi grand péril ou de plus grand que nous ne fîmes; qu'il s'amende donc de ses méfaits, en telle manière que Dieu ne frappe pas cruellement sur lui ni sur ses biens.
Vin. ^ Ge 4jtte salut Louis poiMiit de la fol.
Le saint roi s'efforça, de tout soft pouvoir, par ses paroles, de me faire croire fermement en la loi chrét enne que Dieu nous a donnée, ainsi que vous
l'entendrez ci-aprùs. Il disait que nous devions croire si fermement les articles de la foi que pour
1. Philippe le Bel, à qui s'adressent les sévères paroles qui vont saivre.
mort ni pour malheur qui menaçât notre corps, nous n'eussions nulle volonté d'aller à rencontre en paroles ni en actions. Et il disait que Tennemi est si subtil que quand les gens se meurent, il travaille tant qu'il peut afin qu'il les puisse faire mourir dans quelque doute sur lesj^oiiitsde la loi ; car il voit que les bonnes œuvres que les hommes ont faites, il ne les leur peut ôter, et il voit qu'ils sont perdus pour lui s'ils meurent dans la vraie foi. C'est pourquoi, on se doit garder et défendre de ce piège, en telle manière qu'on dise à l'ennerji quand il envoie pareille tentation : « Ya-t'en 1 tn ne me tenteras pas, doit-on dire à l'ennemi, jusqu'à faire que je ne croie fermement tous les arli- . des de la foi; mais quand même- tu me ferais trancher tous les membres, je veux vivre et mourir en ce point > £t qui iait ainsi, botl ennémiavec les armes et les épées dont rranemi le voulait occire.
il disait que la foi et la croyance étaient une cbose à quoi nous devions bien croire fermement, encore que nous n'en fussions certains que par ouHiîre. Sur ce point, il me fki une demande (comment roow père avait nom) ; et je lui dis qu'il avait nom Simon. £t il me demanda comment je le savais. Et je lui dis que j'en pensais être certain,, et le croyais fermement parce que ma mère m'en était témoin. «Donc vous devez croire fermement fous les articles de la foi, dont les apôtres témoi-
gneui, ainsi que vous rentendez chanter le dimanche au Credo. >
I^. — Guillaume lU, évêque de Paris, console un théologien.
Il me dit que révoque Guillaume de Paris* lui avait conté qu'un grand maître en théologie était venu à lui, et lui avait dit qu'il voulait lui parler. £t révéque lui dit : < Maître, dites ce que vous voulez. » Et comme le maître pensait parler k r(jVLM[ue, il comiiiei:ça à pleurer très-fort. Et l'évéque lui dit ; « Maître, parlez, ne vous découragez pas; car nul ne peut tant pécher que Dieu ne. puisse plus pardonner. » — « Je vous le dis, sire, <iit le maître, je n'en puis mais si je pleure; car je pense être mécréant parce que je ne puis forcer mon €œur à croire au sacrement de Tautel, tout comme * la sainte Église l'enseigne ; et pourtant je sais bien que c'est des tentations de l'ennemi. » — «Maître, fit révéque, dites-moi si quand Tennemi vous envoie cette tentation, elle vous platt. » Et le mattre dit : « Sire, au contraire, elle m'ennuieautant que chose me peut ennuyer. » — « Or je vous demande, fit Tévé- i que, si vous prendriez nit)r ni argentà condition que
1. Guillaume 111, dit d'Auvergne, évôque de Paris de 1228 à 1248.
Yousferies sortir de votre bouche nulle chose qui fût
contre le sacrement de l'autel ou contre les autres saints sacrements de TÉglise. * — « Moi, sire, fit le maître, sachez qu'il n'est nulle chose au monde que je prisse à cette condition.; mais j^'aimerais mieux qu'on m'arrachât tous les membres du corps que de rien dire de pareil. » — « Maintenant je vous dirai autre chose, fit Tevéque ; vous savez que le roi de France guerroie avec le roi d'Angleterre, et vous savez que le château qui est le plus sur la frontière d'entre eux deux c'est la Rochelle en Poitou. Or je vous veux faire une demande : si le roi vous avait donné à garder la Rochelle/ qui est sur la frontière, et qu'il m'eût donné à garder le château de Mont- Ihéri, qui est au cœur de la France et en terre de paix, auquel le. roi devrait-il savoir meilleur gré à la fin de sa guerre, ou à vous qui auriez gardé la Rochelle sans perdre, ou à moi qui lui aurais gardé le château de Montlhéri sans perdre ?» — < Au nom de Dieu, sire, fit le maître, ce serait à moi qui aurais gardé la Rochelle sans perdre. »^ c Maître, dit l'évéque, je vous dis que mon cœur est semblable au château de Montlhéri; car je n'ai nulle tentation ni nul * doute sur le sacrement de l'autel. A cause de quoi je vous dis que pour une fois que Dieu me sait gré de ce que j'y crois fermement et en paix, Dieu vous en . sait gré quatre fois, parce que vous lui gardez votre cœur dans la guerre de tribulation , et avez si
bonne volonté envers lui que vous pour aucun bien de la terre, ni ponrmal qu'on fit à TOtre corps, vous ne l'abandonneriez. Donc je vous dis que vous soyez tont aise; que Toire état plait mieux à Nôtre-Seigneur en ce cas que ne faH le mien. » Quand le maître ouït cela^ il s'agenouilla devant révéque, et se tint bien pour satisfait*