‹ Histoire de saint Louis (volume 2)Chapitre 55 sur 126 · Le 8 février · texte numérisé non relu

Le 8 février

au passage, et enlr autres fut noyé muoseigaem Jcaiir d'Orléu», qui portait une bannière Vfvrée. Nous noue arrangeâmes de telle manière que nous tournâmes contre le courant de Teau, et frouvâme» la voie essuyée; et passâmes de telle manière, grâce à Dieu, que nul de nous n'y tomba; et dès que nous fûmes passés, lealhircasf enfuirent.

L'Oft avait ordonné que le Temple ferait Favantr garde, et que le comte d'Artois aurait le second corps de bataille après le Temple. Or il advint ainsi, que sitôt que le comte d'Artois eut passé le fleuve, lui et tous ses gens se lancèrent sur les Tures qui s'enfuyaient devant eux. Les Templiers lui mandèirent qu'il leur faisait grand aûront quand, devant aUet après eux,, il allait devané ; et ils le priaient qu'il les laissât aller devant, ainsi qu'il avait été réglé par ie roi. Or il advint que ]» comte d'Artois ne leaiir osa répondre, à cause de monseigneur f oucaud duMerle qui luitencMt le fircfin de SM dteratl; ete» iEteeand dnr Merle, qui était trèsbon chevalier, nfenténdait riea de ce que les Templiers disaient.au comAe^parca qu'îL était s&ntA ; et il sf écriait : « Or à euxl or à eux! » Quand les Templiers virent eeda^ ils pensèrent <|ui'ils seraient hsinmsf iU IsossBient le eomte d'iktois dUer devant eux; ils pifufcèrent donc des- éperons qui plus plus et qai miaux miein», et>pauisuivirent les Tures qui sfenâzyaieiit' devant eux, tout à travers la ville de

Mansourah jusques aux champs du côté de Baby*

lone. Quand ils pensèrent retourner en arrière, les Turcs leur lancèrent des poutres et des bois parmi les rues, qui étaient étroites. Là fut tué le comte d'Artois, le sire de Gouci que l'on appelait Raoul, et tant d'autres chevaliers qu'ils furent estimés à trois cents. Le Temple, ainsi que Ton me le dit, y perditdeuxcentquatre-vingtshonunesarmés, ettousà cheval.

XLYl. — Join ville, blessé et bloqué par les SaiTasin8| est délivré par le comte d'Ai^jou.

Moi et mes chevaliers nous décidâmes que nous irions courir sus à plusieurs Turcs qui chargeaient leurs bagages à main gauche dans leur camp, et nous leur courûmes sus. Pendant que nous les poursuivions parmi le camp, j'aperçus un Sar* rasin qui montait sur son cheval : un sien chevalier lui tenait le frein. Au moment où il tenait ses deux mains à la selle pour monter, je lui donnai de ma lance par dessous les aisselles et le renversé mort ; et quand son chevalier vit cela, il laissa son seigneur et son cheval, et me frappa, à mon passage, de sa lance entre les deux épaules, et me coucha sur le cou de. mon cheval, et me tint si pressé que je ne pouvais tirer mon épée que j'avais

Oigitized

à ma ceinture; il me fallut donc tirer Tépée qui était après mon cheval^ et quand il vit que j 'eus mon épée tirée, alors il ramena sa lance à lui et me laissa.

Quand moi et mes cbeyaliers vînmes hors du camp des Sarrasins, nous trouvâmes bien six mille Turcs, par évaluation , qui avaient laissé leurs tentes et s'étaient retirés dans les champs. Quand ils nous virent, ils nous vinrent courir sus, et ocdrent monseigneur Hugues de Trichâtel, seigneur de Conflans, qui était avec moi portant bannière. Moi et mes chevaliers piquâmes des éperons et allâmes délivl^r monseigneur Raoul de Wanou, qui était avec moi, qu'ils avaient jeté à terre. Pendant que j'en revenais, les Turcs me frappèrent de leurs lances; mon cheval s'agenouilla sous le faix qu'il sentit, et je m'en allai en avant par-dessus ses oreilles. Et Je me redressai l'écu au cou et Fépèe à la main ; et monseigneur Érard de Sîverey (que Dieu absolve 1) qui était près de moi, vint à moi et nous dit de nous retirer près d'une maison ruinée, et que là nous attendrions le roi qui venait. Comme nous nous en allions à pied et à cheval, une grande troupe de Turcs vint nous heurter, et ils me renversèrent k terre, et passèrent par-dessus moi et firent voler mon écu de mon cou. Et quand ils furent passés outre, monseigneur Ërard de Siverey revint sur moi et m'emmena, et nous nous en allâmes jusqu'aux murs de la maison ruinée; et là

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revinrent à nous monseigneur Hugues d'EscoZy monseigneur Frédéric de Loupey, mottseig^o^uj; Renaud de Menoncourt. Là les Tnresnous aasaillatent de toutes parts; une partie d'entr'eux eotrècent dans la maison ruinée, et noua piquaîenide tenra lances par-dessus^ Alors mes chevaliers me dirent, que je les prisse' par le irein; et ainsi fis^e» de peur que les chevaux ne s'enfuissent; et ils se défendaient contre les Turcs si vigoureusement qu'ils en furent loués.de tous* les pirud'hoiiime»de Tarmée, et de ceux qui virent le fait et de ceux, qui rouirent conter. Là fut blessé monsejgDeuv Hogue». d'Kscoz de trois coups de lance au visage, et mon* seigneur ûaoul et monseigneur ^^rédéric de Loupe; d'un coup de lance eatre les épaules; et la plaie fut si large que le sang lui venait du corps ainsi que par la bonde d'un tonneau. MonseigneurÀraffd de Siverey fui frappé d'un coup d'épée au visage, tellement, que le nez lui tombait sur la lèvre; Bt alors il me souvint de monseigneiR* saint Jâcqmes : « Beau sire saint Jacques^ que j'ai invoqué, aidesmoi ei me secourez dans ce besoim. » Auisitôt que j'eus fait ma prière, monseigneur Ërard de Siverey me dit : « Sire, si vous croyiez quv. ni moi: m mes héritiers n'en eiiflsims'. de reproche, je mis irsis quérir du secours au cmnte d'AûjJOu je vois là au milieu des champs^ » Mijeilui iis u «^Hessnm £rar4> il me semble que vous vous feriez grand

honneur si vous nous alliez quérir de Taide pour sasuver oùb vies; •osr la vdtre est bien -en

Aventure. » £t je disais bien vrai, car il mourut de cette blessure. Il 4einaiiâa .teiiseilii tous nos clhevaliers qui étaient là, et tous approuvèrent Tavis que je lui ava/is douué ; et quand il ouït cela, il me ipria de lui laisser aBer son obérai, que je lui tenais par le freiu avec les autres; et ainsi fi«-je. Il vint avi eaaàe d'Anion, etlefxriajqu'il vint me secoizrir moi et mes chevaliers. Un riche homme qui était avec lui le déconseilk.; et le oomte d'Ânjou lui dit qull ferait ee <q«e men dieva;lier Tequérait : il tourna .son frein pour nous venir aider, et plusieurs de ses Bei^ntspiquèraDtdes léperoufs. Quand ks Sarra- .skis les virent, alors ils nous laissèrent. Avant ces sergeiits, amiva mouseigueiu' Pierre d'Auberive, Tépée au poing, et quand ils virent que les Sarrasins aiûuseMrent laissés, il courut sur tout plein de Sarrasins qui Renient monseigneur fiaouliie Wauou, e.t le délivra très-lort èlessé.

XUrH.— XBXîorps àè Ibalai)le4tt roi atta<iue les Sarrasins.

Camflsie j'étais 4i pied avec mes chevaliers, blessé «faisi .qu'A est dit ci-éevant, vînt le roî avec tout iSOn corps de bataille, à grands cris et à grand

bruitde trompettes el de timbales ; et il s'arrêta sur un chemin en cfaaù^sée. Jamais je ne vis si beau chevalier : car il paraissait au-dessus de toutes ses gens, les dépassant à partir des épaules, un heaume doré sur la tète, une épée d'Allemagne à la main. Quand il fut arrêté là, ses bons chevaliers qu'il avait dans son corps de bataille, que je vous ai cidevant nommés, se* lancèrent au milieu des Turcs, avec plusieurs des vaillants chevaliers qui étaient dans le corps de bataille du roi. £t sachez qué ce fut un très-beau fait d'armes; carnul n'y tirait de Tare ou de Tarbalète, mais c'était un combat à la masse et à Vépée entre les Turcs et nos gens, qui tous étaient mêlés. Un mien écuyer, qui s'était enfui avec ma bannière et était revenu à moi, me bailla un mien roussin sur quoi je montai, et allai vers le roi tout côte à côte. Pendant que nous étions ainsi, monseigneur Jean de Valéry, le prud'homme, vint au roi et lui dit qu'il lui conseillait qu'il se portât à main droite sur le fleuve, pour avoir l'aide du duc de Bourgogne et des autres qui gardaient le camp que nous avions laissé, et pour que ses sergents eussent à boire ; car la chaleur s'était déjà fort élevée. Le roi ordonna à ses sergents qu'ils lui allassent quérir ses bons chevaliers qu'il avait auprès de lui pour le conseiller, et il les nomma tous par leur nom. Les sergents les allèrent quérir dans la mêlée, oi^ la lutte était

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grande entr^eux et les Turcs. Ils vinrent an roi,

et il leur demanda conseil; et ils dirent que monseigneur Jean de Valéry le conseillait très-bien ; et alors le roi commanda au gonfanon de Saint- Denis et à ses bannières de se porter à main droite sur le fleuve. Quand l'armée du roi s'ébranla, il y €ut de nouveau grand bruit de trompettes et de cors sarrasinois. U n'avait guère marché, quand il reçut plusieurs messages du comte de Poitiers, son frère I du comte de Flandre et de plusieurs autres riches hommes qui avaient là leurs troupes, qui tous le priaient cpi'il ne se mût pas, car ils étaient si pressés par les Turcs qu'ils ne le pouvaient suivre. Le roi rappela tous ses prud'hommes chevaliers de son conseil, et tous furent d'avis qu'il attendit; et un peu après revint monseigneur Jean de Valéry, qui blâma le roi et son conseil de ce qu'ils étaient arrêtés. Apre s, tout son conseil fut d'avis qu'il se portât vers le fleuve ainsi que le sire de Valéry l'avait conseillé. Et à l'instant le connétable monseigneur Imbert de fieaigeu vint à lui, et lui dit que le comte d'Artois, son frère, se défendait dans unç maison à Mansourah, et qu'il l'allât secourir. Et le roi lui dit: < Connétable, allez devant, et je vous suivrai. » Et je dis au connétable que je serais son chevalier, et il m'en remercia beaucoup. Nous nous mîmes en chemin pour aller à Mansourah. Alors un sergent à masse

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vint au connétable, tout eflrayé, et lui dit que le roi était arrêté, et que les Turcs s'étaient mis entne lui et nous. Nous nous retournâmes et vîmes qu il y en avait bien mille et plus mtre lui et nous ; et nous n'étions que six. Alors je disau<;onnétable : « Sire, nous ne pouvons aller au roiii travers.cesgens j mais alions en Amont, et mettonsice fossé que vous voyez levant vous entre nous et eux, et ainsi nous pourrons revenir au roi • «Ainsi que je le canseillai,le connétable le fit ; et sachez que s'ils eussent pris.garde ànous, ils nous eussent tous tués;mais ils ne pensaientqu'au roi etaux autresgros corpsde bataille; c'est pourc^uoi ils croyaient que nous étions des leurs.

XLVni. — Les chrétiens refoulés sur le fleuve; pont défendu par Joinville; retraite du coxDte de Mr&Uf^ne au retenir de M»ar

Tandis que nous revenions en aval sur la rive

entre le ruisseau et le fleuve, nous vîmes que le roi était venu près du fleuve, et que les Turcs ramenaient les autres corps de Ijataille du roi, irappant à. grands caups de masses et d'épées^ et ils reje^ tèrent sur le fleuve tous les autres corps avec le corjjs du roi. La déconliture fut .alors si grande que plusieurs de nos gens pensèrent repasser à la nage du côté du duc de Bourgogne, ce qu'ils ne purent

DE SAINT LOUIS. i(N5

faire ; car les clievaux étaient lassés^ et le jûur étaist devenu très-chaud; en sorte que nous- voyions ^ pendant que nous venions en aval, que le fleuve était couvert de. lances et d'iécus, et de chevaux et de gens qui se noyaient ^et périssaient. Nous vînmes à un j)onceau qui était sur te ruisseau , ^ je dis au connétable que nous demeucassions pour garder ce ponceau, « car si nous le laissons, ils s'élancerontsur le roi par deçà, et si nos gens sont assaillis de deux côtés, ils pourront bien succomber. » £t nous fîmes ainsi. £t Ton dit que uous étions tous perdus dès eette journée, si Je roi n'y eût été de sa personne. Car le sire de Gourtenay et monseigneur Jean deSaillenay me contèrent que six Turos étaient venus saisir le cheval du roi par le frein et qu'ils l'emmenaient prisonnier ; et lui tout seul s'en délivra, à grands coups d'épée qu'il leur donna. Et quand ses gens virent la défense que faisait le xoi^ ils prirent courage^ et laissèrent le passage du fleuve, et se portèrent vers le roi pour l'aider.

Tout droit à nous vint le comte Pierre de Bretagne, qui venait tout droit de Mansourah, et était blessé d'un coup d'épée au visage, en sorte que le sang lui • tombait dans la bouche. U était sur un qheval bas bien menàbré; il avait jeté ses riénes sur l'arçon de sa selle. et le tenait à deux mains, de peur que ses gens qui étaient derrière, qui le pressaient fort, ne le jetassent liors du passage du ponceau. U semblait

bien qu'ilpriâât peu les Turcs ; car quand il crachaitle sang de sa bouche, il disait : t Voyez, parle chef de Dieu! Avez- vous vu de ces goujats? » A la fin de son corps de bataille, venait le comte de Soissons et monseigneur Pierre de Neuville, que Ton appelait Caler, qui avaient essuyé assez de coups cette journée. Quand ils furent passés et que les Turcs virent que nous gardions le pont, ils les laissèrent parce qulls virent que nous avions le visage tourné vers eux. Je vins au comte de Soissons, dont j'avais épousé la cousine germaine, et lui dis ; < Sire, je crois que vous feriez bien si vous demeuriez à garder ce poaceau ; car si nous laissons le ponceau, ces Turcs que vous voyez ici devant vous, se lanceront par là; et ainsi le roi sera assailli par derrière et par devant* » Il me demanda si en cas qu'il demeurât, je demeurerais aussi; et je lui répondis : < Oui, bien volontiers. » Quand le connétable ouït cela, il me dit que je ne partisse pas de là jusqu'à.ce qu'il revint, et qu'il nous irait quérir du secours.

XUX. — Joinville, attaqué par lea Sacraaiiu, continue à défendre le pont.

Là OÙ je demeurai ainsi sur mon roussin, demeura

avec moi le comte de Soissons à droite et monsei-

gneur Pierre de Neuville à gauche. Alors voilà un Turc qui vint des environs du corps de bataille du roi, qui était derrière nous, et frappa par derrière monseigneur Pierre de Neuville d'une • masse, et le coucha sur le cou de son cheval du coup qu'il lui donna, et puis se précipita outre le pont et s'élança parmi les siens. Quand les Turcs virent que nous ne laisserions pas le ponceau , ils passèrent le ruisseau et se mirent entre le ruisseau et le fleuve, comme nous avions fait pour venir en aval ; et nous nous portâmes vers eux de telle manière que nous étions tout prêts à leur courir sus, soit qu'ils voulussent passer vers le roi, ou qu'ils voulussent passer le ponceau.

Devant nous, il y avait deux sergents du roi, dont Fun avait nom Guillaume de Boon , et l'autre Jean de Gamaches, contre lesquels les Turcs qui s'étaient mis entre le fleuve et le ruisseau, amenèrent tout plein de vilains à pied qui leur lançaient des mottes de terre : jamais ils ne purent les jeter jusqu'à nous. En dernier lieù, ils amenèrent un vilain à pied qui leur lança trois fois le feu grégeois : une fois, Guillaume de Boon reçut le pot de feu grégeois avec son bouclier; car si le feu eût pris à rien sur lui, il eût été brûlé. Nous étions tous couverts des traits qui n'atteignaient paMes sergents. Or il advint que je

trouvai une veste rembourrée* d'étoupes à un SadTasia; je tournai le coté fendu Yei:s moi, et Us un écu de la veste qui me renditgrand service; cair je ne fus blessé de leurs traits qu'en cinq endroits, et mon roussin en quiiize endroits. Or il advint aussi qu'un mien l)Our{J:eois de Joinville m'apporta une bannière avec .un fer de lance ; ^t toutes les fois que nous voyions qu'ils pressaient les sergents, nous leur courions sus et ils .s'enfuyaient.

Le bon comte de Soissons, au point où Jiausen étions, plaisantait avec moi et me disait: « Séné- •cbal, laissons huer cette canaille ; car paria Goiife- Dieu (c'était ficui juron), nous en parlerons encore de cette journée dans les cbumiwnes des dames. »

L. JoiDiâUe rejoint le^i. Les- Sanasins soat ramciu!» et leur camp est pillé par les Bédouins.

Le soir, au soleil couchant, le connétable nous

amena les arbalétriers k pied du roi, et ils se rangèrent devant nous ; et quand les Sarrasins virent

mettre le pied à l'étrier des ai'balètes^, ils s'enfui-

1. C*est le mot gambidton que je traifius^ ici et .plus bas, par

CartaiiiM aidialèCes étaient munies ûHm étrier -qui permettait de les tendre avec le pied.

rent. Et alors le connétable me dit : « Sénéclial, voilà qui est bien; mintenaat allez^voiis^D vers le roi, et ne le quittez plus jusques à tant qu'il sera descendu dans son pavillon. » Sitôt que je vins au. roi, monseigneur Jean d» Valéry vint à lui,, et lui dit : * Sire, monseigneur de Cliàtilion vous prie que' voue lui donniez Tarrière-garde. » £t le roi le fit très-volontiers, et puis se mit en chemin. Pendant que nous nous en venions , je lui ûs ôter son heaume, et lui baQlai mon ehapc au de fer pour qu'il eût de Tair. Et alors vint à lui frère Henri de ftonnay, fui «rait passé Da rivièrè, et il lui baisa la main tout armée. Et le roi lui demanda s'il sa\ ait (|uel<}uesnouvelles du comte d'Artois, son frère; et il lui dit qufil en savait 'l>ien des nouvelles, car il était certain (|ue son frère le comte d'Artois était en paradis. « Hé, Siipe, ayes^ea bon réconfort; car si grand honneur n' advint jamais au roi de Frsmce que celui qui vous est advenu. ; car pour combattre vosewnemis, voustavez paasé-unerivière à la nage, et les avez déconlits et chassés du champ 'de bataille, et pm leurs eagine et leura tentes là où vous coucherez encore eette nuit. » Et le roi répondit que fiôeia iitt adearè peoiir. les dons (|u'il lui disait; et alors les larmes lui tombaient des yeux biesi grosses. '

Quaoïd neu» vînmes au camp,, nous trouvâmes que les Sarrasins à pied tenaient d'un cAté une tenta

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qu'ils avaient détendue, et nos menues gens de l'autre. Mous leur courûmes sus^ le maître du Temple et moi; et ils s'enfuirent; et la tente demeura à nos gens.

En cette bataille, il y eut bien des gens de grand

air qui s'en vinrent très-honteusement fuyant par le ponceau dont je vous ai parlé avant, et ils s'enfuirent à grand effroi, et jamais nous n'en pûmes faire rester aucun près de nous; j'en nommerais bien, desiiuels je m'abstiendrai de parler, car ils sont morts.

Mais de monseigneur Guyon Hauvoisin, je ne m'en abstiendrai pas; car il s'en Tint de Hansourah honorablement; et tout le chemin que le connétable et moi nous fitmes en amont, il le faisait en aval ; et de la manière dont les Turcs ramenèrent le comte de Bretagne et son corps de bataille, ils ramenèrent aussi monseigneur Guyon Mauvoisin et son corps ; il eut grand honneur, lui et ses gens, de cette journée. Et ce ne fût pas merveille si lui et ses gens se montrèrent bien cette journée; car l'on me dit (ceux-là qui savaient bien ses dispositions), que tout son corps, ou guère s'en fallait, était composé de chevaliers de son lignage et de chevaliers qui étaient ses hommes-liges.

Quand nous eûmes déconfit et chassé les Turcs de leurs tentes, et que nuls de nos gens ne fùrent . demeurés dans le camp, les Bédouins se précipi-

tèrent dans le camp des Sarrasins, qui étaient de très-grandes gens. Us ne laissaient nulle chose au monde dans le camp des Sairasins, mais emportaient tout ce que les Sarrasins avaient laissé ; et je n'ai jamais on! dire qne les Bédouins, qui étaient sujets des Sarrasins, en valussent pis pour leur avoir rien pri§ ou dérobé, parce que leur coutume est telle et leur usage^ qu'ils courent toujours sus aux plus faibles.

LI« — Des Bédouins.

Parce qne cela importe à la matière, je vous dirai quelles gens sont les Bédouins. Les Bédouins ne croient point en Mahomet^ mais ils croient à la loi d'Ali, qui fut oncle de Mahomet*; et ainsi ils croient an Vieux de la Montagne, celui qui nourrit les Assassins. Et ils croient que quand un homme meurt pour son Seigneur ou à quelque bonne intention, sop àme s'en va dans nn corps nieillenr et plus

1. Ali u*Mt pti roDcle, malt le eotuiii et le gendre de Habomet Ceux qui leconnaissent la laeceision légitime au ealilkt dans la peiMiine d'Ali et dans eelle des imans sortis de. son sang par Ismafil, fila de Djafar, portent le nom d'Ismaéliens. Ces lamaéliena se sont partagés en plusieurs seetesy au nombre desçoeUes lignie eelle des Ismaéliens de Syrie ou Assaanns.

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la€ureux que devant; et à cause de cela les Assasnns se soucient peu si on les oecit quand ils exécutent le commandement du Vieux de la Montagne Noim nous tairons quant à présent du Vieux de la Montagne ^ et parlerons des Bédouins.

Les Bédouins ne demeurent ni en des villages, ni en des dtés, ni en des châteaux, mais couchent toujours aux champs ; et ils étul)lissent leurs ménages^ leurs femmes et leurs entants, le soir pour , la nuit, ou de jour quand il fait mauvais temps, dans une espèce de logement qu'ils font avec des cercles de tonneaux liés à des perches, comine sont les chars des dames; et sur ces cercles ils jettent des peaux de moutons que Ton appelle peaux de Damas, préparées à l'alun : les Bédmins euxmêmes en ont de grandes pelisses qui leur cou- Yieuttout le corps^ les jambes- et les pieds; Quand il pleut le soir et qu'il fait mauvais temps la nuit, ils s'enveloppent dansr leurs pelisse», et ôtent ks frein» de leurs ehevaux, elles. laissent- patftMt près d'eux. Quand vient le malin, ils étendent l^rs pelisses au soleil et leur dewn&Brt uni apprêt; et ensuite il ne parait en rien qu'elles aient été mouil-

1 . Le Vieux de la Montagne , chef des Ismaéliens de Syrie , résidait à Alamout. Le nom d'Assassins, donné à ses sujets, est dérivé du mot haschùch , qui désigna le chanvre, une dfis substances dont les Orientaux se servent jiour se procurer l'ivresse.

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