Voy. chap. zc
1 14 HISTOZRË
. qu'il eût le pouvoir d'allonger nos vies et de nous garder de mal et d'acckient; aussi devons^nous croire qu'il a pouvoir de faire toute chose*
m. — Le camp est attaqué pendant la mit. Le peètn de Joinville met en Ûiite huit Sananns.
Or disons qu*à la nuit nous revînmes de la pé-
* rilleuse bataille dessus dite, le roi et nous, et que nous logeâmes au lieu d'où nous avions chassé nos ennemis. Mes gens, qui étaient demeurés dans notre camp d'où nous étions partis, m'apportèrent une tente que les Templiers m'avaient donnée, et me la tendirent devant les engins que nous avions pris aux Sannasms ; et le roi fit établir des sergents pour garder les engins. Quand je fus couché dans mon lit, là où j'eusse eu bien besoin de reposer, pour les blessures que j 'avais eues le jour d'avant, il ne m'en advint pas ainsi ; car avant qu'il fùit bien jour, l'on cria dans notre camp, aux armesl aux armes! Je fis lever mon chambellan, qui couchait devant moi, et lui dis qu'il allât voir ce que c'était. Et il revint tout effrayé, et mè dit : < Sire, or su&I or sus! car voici les Sarrasins qui sont venus à pied et à cheval, et ont déconfit les sergents du roi qui gardaient les engins, et les ont repousses
jusqne dans les cordes de nos pavillons. > Je me levai ei jetai une veste rembourrée sur mon dos et un chapeau de fer sur ma téte, et criai à nos sergents : < Par saint Nicolas, ils ne demeureront pas ici! > Mes chevaliers me vinrent tout blessés quils * étaient, et nous repoussâmes les sergents des Sarrasins hors des engins, jusque devant un gros corps de Tores i cheval qui étaient tout contre les engins que nous avions pris. Je mandai au roi qu'il nous secourût, car moi ni mes chevaliers ne j^ouvions vêtir nos hauberts à cause des plaies que nous avions eues; et le roi nous envoya monseigneur Gaucher de Ghâtillon, lequel se logea entre nous et les Turcs, devant nous.
Quand le sire de Ghâtillon eut repoussé en arrière les sergents à pied des Sarrasins, ils se retirèrent sur un gros corps de Turcs à cheval, qui était rangé devant«notre camp pour empêcher que nous ne surprissions Tarmée des Sarrasins, qui était campée derrière eux« De ce corps de Turcs i cheval étaient descendus à pied huit de leurs chefs très-bien armés, qui avaient iait un retranchement de pierres de tailles, pour que nos arbalétriers ne les blessassent pas : ces huit Sarrasins tiraient au hasarddans notre camp, et ils blessèrent plusieurs de nos gens et de nos chevaux. Moi et mes chevaliers nous nous concertâmes et convînmes que <iuand serait vcaoïue la nuit^ nous empor-
terions les pierres dont ils se retranchaient. Un mien prêtre, qui avait nom monseigneur Jean de Voysset, tint son conseil à part, et n'attendit pas tant; mais il partit de notre camp tout seul, et se dirigea vers les Sarrasins, ayant vêtu une veste rembourrée, un chapeau de Xer sur la téte, une lance (dont le fer traînait) sous l'aisselle pour que les Sarrasins ne l'aperçussent pas. Quand il vint près des Sarraâins, qui le méprisaient parce qu'il le vovaient tout seul, il tira sa lance de dessous Taisselle et leur courut sus ; il n'y en eut aucun des huit qui se mtt en défense, mais ils prirent tous la luite. Quand les Saixasins à cheval virent que leurs seigneurs s'en venaieat fuyant, ils piquèrent des éperons pour les délivrer, et il sortit
. bien de notre camp jusques à cinquante sergents; et les Sarrasins à cheval vinrent piquant des éperons et n'osèrent engager le combat avec nos gens
^ de piedy mais gauchirent devant eux. Quand ils eurent fait cela ou deux ou troisfois, un de nos sergents prit sa lance par le milieu, et la langa à un des Turcs à cheval, et lui en donna parmi les cAtes. Quand les Turcs virent cela, ils n'osèrent plus^ aller et venir, et nos sergents emportèrent les pierres. Dorénavant, mon prêtre fut bien connu dans le camp, et on se le montrait Tun à l'autre, et on se disait : c Voici le prêtre de monseigneur de Joiuville, qui a déconfit les huit Sarrasins. »
Lin. — Les Saixasins préparent une attaque générale du camp.
Ces choses advinrent le premier jour de carême'. Ce jour même, un Taillant Sarrasin que
nos ennemis avaient fait chef à la place de Scecedin le fils du Scheick, qu'ils avaient perdu à la bataille le jour du mardi gras, prit la cotte d'armes du comte d'Artois, qui avait été tué à cette bataille, et la montra à tout le peuple des Sarrasins, et leur dit que c'était la cotte d'armes du roi, qui était tué« « Et je vous montre ces choses, ajouta-t-il, parce que corps sans chef n'est pas à redouter, ni peuple sans roi. Donc, s'il vous plait, nous les attaquerons samedi ou vendredi , et vous y devez consentir, ainsi qu'il me semble; car nous ne devons pas manquer de les prendre tous , parce qu'ils ont perdu leur chef. » Et tous convinrent qu'ils nous viendraient assaillir vendredi.
Les espions du roi qui étaient dans le camp des . Sarrasins vinrent dire au roi ces nouvelles, et alor,'^ le roi commanda i tous les chefs des corps qu'ilj fissent armer leurs gens dès minuit, et se portas» sent hors des pavillons Jusques à l'enceinte qui