‹ Histoire de saint Louis (volume 2)Chapitre 61 sur 126 · LV. — Suite de la même bataille · texte numérisé non relu

LV. — Suite de la même bataille

A^'pâirtîr du corps de bataille de monseigneur Guyon de Mauvoisin, Tenceinte qui fermait notre camp descendait et venait vers le fleuve bien à un jet de pierre moyenne. De là, Tenceinte se redres- * sait par devant le camp du comte Guillaume de Flandre, et s'étendait jusques au fleuve qui coulait vers la mer. Sur la ligne qui venait de monseigneur Guyon de Mauvoisin était notre corps de bataille; et parce que le corps du comte Guillaume de Flandre faisait face aux Sarrasins, ilsn osèrent venir à nous, en quoi Dieu nous fit grande courtoisie ; eàr moi ni mes chevaliers n'avions ni hauberts ni écus, parce que nous étions tous blessés de la bataUle du jour d« mardi gn«.

Ils coururent sus au comte de Flandres très- vivement et vigoureusement, et à pied et à cheval. Quand je vis cela, je commandai à nos arbalétriers

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de tirer sur les gens h cheval. Quand les Sarrasins à cheval virent qu'on les blessait de notre coté, ils . prirent la fuite. Quand les gens dn comte virent cela, ils laissèrent le camp, et se lancèrent par dessus Tenceinte, et coururent sus aux Sarrasins à pied et les déconfirent. Il y en eut plusieurs de tués, et plusieurs de leurs targes furent prises. Là se montra vigoureusement Gautier de la Horgne, qui portait la bannière de monseigneur d'Apre- ' mont.

Après le corps du coçtite de Flandre, était le corps du comte de Poitiers,, le û*ère du roi, lequel corps du comte de Poitiers était à pied, et lui tout seul était à cheval; lequel corps du comte les . ïurcs déeonfirent tout net , et ils emmenaient le comte de Poitiers prisonnier. Quand les bouchers et les autres hommes du camp, et les femmes qui vendaient lès denrées ouïrent cela, ils poussèrent ' le cri d'alarme daus le camp, et avec l'aide de Dieu m secourut le comte et on chaasa du camp les Tifrcs.

Après le corps du comte de Poitiers, était le corps de monseigneur Josserand de Brancioin, qûi était venu avec le comte en Egypte, l'un des meilleurs chevaliers qui fût dans ïmaée* U* avait disposé se» gens de manière que tous ses chevaliers étaient à pied; et hii était à cheval, ainsi qœ son ils moDseîgnettr fienii, et le fils de monsei*

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gneur Josserand de Nanton; ceux-là^ il les retint à ehèval parce qu'ils étaient en&nts. Par plusieurs fois, les Turcs lui déconfîrent ses gens. Toutes les fois qu'il voyait décônfire ses gem^ il piquait des éperons et prenait les Turcs par derrière ; et ainsi les Turcs laissèrent par plusieurs fois ses gens pour lui courir sus. Tout^ois cela ne leur eût pas servi à empêcher que les Turcs ne les eussent tous tués sur le champ de bataille, n'eût été mbnseigneur Henri de Cône, qui était dans le camp du duc de Bourgogne, sage chevalier, et preux, et réfléchi ; et toutes les fois qu'il voyait que les Turcs venaient courir sus à monseigneur de Crancion, il frisait tirer les arbalétriers du roi contre les Turcs à travers la rivière. Et toutefois le sire de Brancion échappa aux dangers de cette journée; mais de vingt chevalliers qu'il avait autour de lui^ . il en perdit douze, sana compter les autres gens d'armes; etlui-méme fut si mal arrangé que jamais depuis il ne se tint sur ses ptedft, et qu'il mourut de cette blessure au service de Dieu.

Je vous parlerai du semeur de Brancfon. n avait été, quand il mourut, à trente-six batailles et combats d'où il avait rmporté le prix de vaillance. Je le vis dans une expédition du comte de Chalon, dont il était cousin; et il vint à moi et à mon frère, et nous dit le jour d'un vendredi saint : « Mes neveux, venez m'aider et vous et vos gens;

car les Allemands brisent l'église. » Nous allâmes avec lui, et leur courûmes sus, Tépée à la main; et à grand'peine, et à grande lutte les chassâmes de l'église. Quand ce fut fait, le prud'homme s'agenouilla devant l'autel, et s'écria à Notre- Seigneur à haute voix, et dit : « Sire, je te prie qu'il te prenne pitié de moi, etquetum'ôtes de ces guerres entre chrétiens là où j'ai vécu longtemps, et que tu m'octroies de pouvoir mourir à ton service, pour que je paisse avoir ton royaume de paradis. » Et je vous ai raconté ces choses parce que je crois que Dieu le lui octroya, ainsi que vous pouvez ravoir vu ci-devant.

Après la bataille du premier vendredi de carême, le roi manda tous ses barons devant lui et leur dît : « Nous devons, fit-il, grandes grâces k Notre- Seigneur de ce qu'il nous a fait deux fois en cette semaine un tel honneur, que mardi, le jour qui précède le carême, nous les chassâmes de leur camp là où nous sommes logés; et que le vendredi suivant, qui vient de passer, nous nous sommes défendus contre eux, nous à pied, et eux à cheval, s Et il leur dit beaucoup d'autres belles parc* les pour les réconforter. » .

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