Voy. chap. ii
DE SAINT LOUIS. la?
voulions pas attendre, on tirait sur nous avec des carreaux; c'est pourquoi il nous fallait rester jus^ ques à tant qull& nous donnassent congé de naviguer.
LUI. — Le roi est fait prisonnier; les Sarrasin»^ Tiolent la trêve promise.
Or je VOUS dirai comment le roi fut pris, ainsi qpe kâ-méme me le conta. Il me dit» qu'il avait* laissé son corps de bataille, et s^était mis, lui et monseigneur Geoffîroy de Sargines, dans le corps de monseigneur Gaucher de Ghâtillon , qui faisait l'arrière-garde. Et le roi me conta qu'il était monté sur un petit roussin, vêtu d'une housse de soie ; et il dit que derrière lui il ne demeura de tous les ciievaliers et de tous les sergents que monseigneur Geoffroy de Sii^neS) lequel amena ie roi jusques au village là où le roi fut pris ; de telle manière que le roi me conta que monseigneur Geoffroy 4e Sftrgines le défesdaii contre les Sarrasins ainsi que le i>on valet dMend la coupe de son seigneur contre les mouches; car toutes les fois que les Sarrasins rapprochaient, il prenait sa pique, qull airait mi^ entre lui et Tarçon de la selle, et la mettait sous son aisselle, et reconunençait à leur courir sus, et le^ chassait d'auprès du roi. Et iï
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mena ainsi le roi jusques au village; ei on le descendit dans une maison et on le coucha au giron d'une bourgeoise de Paris presque comme mort, et on croyait qu'il n'irait pas jusqu'au soir. Lk vint monseigneur Philippe de Montfort, et il dit au roi qu'il voyait l'émir avec lequel il avait traité de la trêve; que s'il voulait il irait à lui pour refaire la trêve de la manière que les Sarrasins voulaient. Le roi le pria d'y aller, et dit qu'il le voulait bien. Il alla au Sarrasin; et le Sarrasin avait ôté l'étoffe de sa coifltire, et il 6ta son anneau de son doigt pour assurer qu'il tiendrait la trêve. Pendant cela il advint un très-grand malheur à nos gens; car un traître sergent, qui avait nom Marcel, commença à crier à nos gens : % Seigneurs chevaliers^ rendezvous,car le roi vous le mande; et ne faites pas occire le roi I » Tous crurent que Iq roi le leur avait mandé, et ils rendirent leurs épées aux Sarrasins. L'émir vit que les Sarrasins amenaient nos gens prisonniers. L'émir dit à monseigneur Philippe qu'il ne convenait pas qu'il donnât une trêve à nos gens; car il voyait bien qu'ils étaient prisonniers. Or il advint ainsi à monseigneur Philippe, que nos gens étaient tous prisonniers, et que lui ne le fut pas parce qu'il était messager. Or il y a une autre mauvaise coutume au pays chez les païens, c'est que quand le roi envoie des messagers au Soudan ou le soudan au roi, et que le roi meurt
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OU le Soudan avant que les messagers reviennent,
les messagers sont prisonniers ou esclaves de quelque part qu'ils soient, ou clirétieus qu sarrasins S
L\III. — Joiûville arrêté sur le fleuve par un vent contraire.
Quand ce mallieur advint à nos gens d'être pris à terre, autant il en advint à nous, qui fûmes pris sur Teau ainsi que vous Tentendrez ci-après ; car le vent nous vint de Damiette, et nous ôta le courant de l'eau ; et les chevaliers que le roi avait mis sur ses bâtiments légers pour défendre nosmalades, s'enfuirent. Nos mariniers .perdirent le cours du ^euve et se mirent dans une anse,àcàuse de quoi' il nous fallut retourner en arrière vers les Sarrasins.
Nous qui allions par eau, nous vînmes, un peu avant que Taube ne perçât, au passage là où étaient les galères du soudan qui avaient empêché de venir à nous les vivres de Damiette. Là il y eut grand tumulte,- car ils tiraient contre nous et nos gens, qui étaient sur la rive du fleuve, à cheval, une si grande foison de traits avec le feu grégeois, qu'il semblait que les étoiles du ciel toinbassent.
Quand nos mariniers nous eurent ramenés du