LXXX. — Tribulations de JoiaYÎUe à Acre
Vous entendrez ci-après le récit de plusieurs persécutions et tribulations que j'eus en Acre, desquelles me délivra Dieu, en qui je me confiais et en qui je me confie. Et je ferai écrire ces choses pour que ceux qui les entendront aient confiance en Dieu dans leurs persécutions et tribulations ; et ' Dieu les aidera ainsi qu'il fit pour mo^.
Or disons donc que quand le roi vint en Acre, toutes les processions d'Acre vinrent à sa rencontre le recevoir jusques à la mer, avec une bien grande joie. On m'amena un palefroi. Sitôt que je fus monté dessus, le coeur me faillit, et je dis à celui qui m'avait amené le palefroi, qu'il me tînt de peur que je ne tombasse. A grand peine on me fitmonter les degrés de 1^ salle du roi. Je m'assis à une fenêtre, et un enfant s'assit près de moi ; et il avait environ dix ans d'âge, et avait nom Barthélémy, et était fils bâtard de monseigneur Ami de Montbéliard^ sel-
gnenr de Montfaucon ^ Pendant que j'étais assis là où nul ne prenait gaiMe à moi, vint à moi un valet' en cotte vermeille à deux raies jaunes; et il me salua et me demanda si je le reconnaissais; et je lui ' dis que non. Et il me dit qu'il était d'Oiselay, le chàteau de mon oncle. Et je lui demandai à qui il était; et il me dit qu'il n'était à personne, et qu'il demeurerait avec moi, si je votilais; et je lui dis que je le voulais très-bien. Il m'alla aussitôt quérir des coifTes blanches, et me peigna trèsbien. Et alors le roi m'envoya quérir pour manger avec lui, et j'y allai aveç le corset que l'on m'avait fait en prison des rognures de ma couverture ; et je laissai à Barthélémy l'enfant ma couverture et quatre aunes de camelin* qu'on m'avait données pour l'amour de Dieu en prison. Guillemin, mon nouveau valet, vint trancher devant moi, et procura de la nourriture à l'enfant pendant que nous mangeâmes.
Mon nouveau valet me dit qu'il m'avait procuré un hôtel tout près des bains, pour me laver de l'ordure et de la sueur que j'avais apportées de la prison. Quand vintlesoirquejefus au bain,le cœur me