‹ Histoire de saint Louis (volume 2)Chapitre 82 sur 126 · toffe de laine · texte numérisé non relu

toffe de laine

manqua et je me pâmai, edt k grand peiM on me tira hors dubain jus^{uesàmon Jit. Le lendemain, un vi^ux ciievalier avait nom monseign/sur • Pierreâefiourboimem6Ymtvoir,etjeleretinspour étie pr6ii de moi: il me cautionna dans la ville pour ce qui me manquait pour me vêtir «tm'équiper. Quand je me fus arrangé, bien quatre jours après que nous f4^^s;v«]»us, j*aUai voiir le roi; et il me gronda, et me dit que je n'avais pas bien £ait quand j'avais tant t£ù:dé 4 le voir, et il me commanda^ tout autant que son amour m'était cher, de onaiiger avec lui tous les jours et le soir et le matin, jusques à tant qu'il eût arrangé ce que. nous ferions ou d'aller en France ou de demeurer. Je dis au roi que monseigneur Pierre de Courtenai me devait quatre cenle Uvtbs de mBU gages, les- .quelles il ne me voulait pas payer. £tie roi me répondit qu'il me ferait bien payer sur Les deniers

qu'il devait au seigneur de Courtenai ; et ainsi lit-il

par le conseil de jaaonseigneur Pierre de Bourbonne. • Nous primes quarante livms pour nos dépenses, et le reste nous le conliûmes àgarder aujûommandeur Mu palais du Temple. Quand il advint que j'eus dépensé les quarante livres, j'envoyai le père Jean Caym de Sainte-Menehould, que j -avais engagé ou-* tre-mer, pour qùerir quarante autreslivres-Lecommandeur lui répondit qu'il n'avait pas de deniers à moi, et qu'il ne me connaissait pas. J'allài k iii&re

m SAIMT LOUIS. 183

Renaud de Vicliiers, qui était devenu maître du . Teni^la ù l'Aide éù^'f à cnnae de lârOourtoisie dont je yaus ai parlé qu'il nous avait faite au temps de DiQtre |)iûfiqn^ let je<me plaignis à lui du commandeur 4a palais, qui 'MfllKe wofatit pas'iieDdre'nies deniers que^jeiui avais coniiés. Quand il ouït cela, Us'èBBtttfouty^tdiie^lit : « Sîrede JoinvîUe, jdvoiis aime beaucoup ; mais soyez certain que si vous ne . -vMlez ^f^tdésister de cette demande, je ne vÔBs aimerai plus ; car vous voulez faire enlen(îpe ftux tgôos que uos^èores 3ont des larrans. > £t je luidds que je m me dèBÎMerais pas, s'il plaisait à Dieu* le iusquatre jours en ce malaise de cœur, comme celui npi n'avait tpkos ùa tout de deniers à dépensa. Après ces quatre jours, le mattre vint vers moi tout ri&ol^ et me dit qu'il avait retrouvé mes deniers* IMr la tBaDièr« doiït ib ftarénA titiwés, ce têt parce qu'il avait changé le commandeur du palais, I8t i'êwil wsmfé à «m bmvg cpfmi a|»pelle Sé- ,phou;î:u ; fit celui-là me rendit mes deniers. '

L'éviâfueid'JkcrjS fui étaiit ulm (qui était atif .de ftovins), »e fit innMer la mwsan dn ounà iùB

;Saint-Jitiebei. J'avais engagé tla^m deiJaintB-JMene-

184 mSTOIBB

hould, qui me servit très-bien pendant deux ans,

mieux que nul autre que j'eusse jamais eu près de moi. Or il se trouvait qu'il avait^ mon chevet une petite loge par où Ton entrait dans l'église. Or il advint qu'une ûèvre continue me prit, pour laquelle je me mis au lit, et tous mes gens aussi. Bt pas un jour en tout ce temps je n'eus qui me pût aider ou lever; et je n'attendais que la mort, à cause d'un signal qui était près de mon oreille ; car il n'était • pas de jour que Ton n'apportât bien vingt morts ou plus à l'église; et de mon lit, toutes les fois qu'on les apportait, j'entendais chanter : Libéra rwe, Domine. Alors je pleurai, et rendis grâces à Dieu, et lui dis ainsi : «Sire, sois adoré pour cette souffrance que tu m'envoies ; car j'ai mis bien du faste à me fitire habiller et lever; et je te prie, Sire, que tu m'aides et me délivres de cette maladie moi et mes gens. »

Après ces choses, je demandai un compte à Guillemin, mon nouvel écuyer, et ainsi fit-il; et je trouvai qu'il m'avait bien ' fait tort de dix livres tournois et de plus. Ët il me dit, quand je les lui demandai, qu'il me les rendrait quand il pourrait. Je lui donnai congé, et lui dis que je lui donnais ce qu'il me devait, car il l'avait bien mérité. J'appris par les chevaliers de Bourgogne, quand ils revinrent de prison, qu'ils l'avaient amené en leur compagnie, et que c'était le plus courtois larron qui

fttt jamais : car quand il manquait à nn chevalier

couteau ou courroie , gants ou éperons, ou autre chose» il Fallait dérober, et puis alors le lui donnait.

En ce temps que le roi était en Acre, les frères

du roi se prirent à jouer aux dés; et le comte de Poitiers jouait si courtoisement que quand il avait gagné, il faisait ouvrir la salle et faisait appeler les gentilshommes et les dames, s*il y en avait, et donnait à poignées ses propres deniers aussi bien qu'il faisait de ceux qu'il avait gagnés. Et quand il avait perdu, il achetait par estimation les deniers de ceux avec qui il avait joué, de son frère le comte d'Anjou et des autres; et il donnait tout, et son bien et celui d'autrui.

IXIXU.^Le retour du roi en France est mis en délibérai ion.

En ce temps que nous étions en Acre , le roi envoya quérir ses frères et le comte de Flandre, et les autres riches hommes, un dimanche, et leur dit ainsi : « Seigneurs, Madame la reine, ma mère, m'a mandé*et prié, autant qu'elle peut, que je m'en aille en France ; car mon royaume est en grand péril ; car je n'ai ni paix ni trêves avec le roi d'Angleterre. Ceux de cette terre, à qui j'ai parlé, m'ont

186 filSTOiaE

dît que «i je m'en mais, cellto terre est pèrdne; ûir

ceux qui soûl eu Acre s'en viaudrouX to^ après moi, papoe gue nul n'y 03era4)emei]ver arec Ai|)eû* de gens. ^Vussije vous prie, fit-il, que vous y pensiez; et parce qibe c'e^ uue ^osse afiaij^e, je vous . doime répit pour me répondre ce que bon vens semblera jusques à aujourd'iiui en iiuit jours—.* Le légat me dit ainsi qu'il ne :eoaipr8Bâit .pas oom- . ment le roi pourrait demeurer; et il me pria trèsinstamment qu£ je m'en voul%isse venir en son "vaisseau. Ët je lui répondis que je ne le powais pas, -car^ n'avais rien^aiusi qu'il le savait, parce que j'avais tout perdu sur Tettu, là où j'avais* été ipm. Et si je lui fis cette réponse, ce n'était pas que je ne fusse très-volontiers allé avec lui, sans une parale que monseigneur de Boulaincourt, mon cousin germain ( que Dieu absolve 1 me dit quand je m'en allai outre mer : < Vous vous en allez outre-mer. fit-il ; or prenez garde au retour ; .car nul chevalier ni pauvre, ni riche, ne peut revenir qu'il ne soit honni, s'il laisse aux mains des Sarrasins le menu j>euple de Motre-Se^goeur^ en ^omp^g^ie dAiQUielil 4e8t4Ulé. » Le légat se âcha contre molj^tine-dit que je ne l'aurais jpas4ù reliisar.

1. U y aici une lacune dans les manuscrits; les mots IsJéff^^

LUXm. Avis divers soutenus dans le conseil;

Le dimanche après, uous reviumes devant le roi ; etialors l6'iai4^aaaiuia à ses fibres, et au autres haxQixs et au comte de Flandre^ quel CQiiseil ilsiui donneraient au de s'en >aller eu 4e dmimr^. Us répondirent tous qu'ils avaient chargé monseigneur Gm de Mauvoisin de dira le conseil qu'iis voulaient donaerwm. Le roi kii^XNamanda qu'il dît ce dont ils Tavaien L chargé, et ildit ainsi : « Sire, vos fiières «t les cicbes hoBuaes <fui sont ici mt regardé à votre état, et ont vu que vous ne pouvez demieurer en œ j>ays iaona^eur pour vous et votre royaume; car de tous les chevaliers qfii vinrent en votre -compagnie et dont vous en aménités en Chypre deiox mille huit cents, il n'y eu'^ pas en cette ville cent de reste. Aussi vous con- SQillent-ils, sire, que vous vous -en «.Uies en f sauce et vous procuriez des ;tPoupee et des deniers, avec f uni vous jpuissi^z promptement revenir en pays vous venger àe» •eomemis de Dieu qui vous ont tenu en piison. » Le roi ne s'en voulut pas Jteair Aceqpie ifiouseigneur^kù^^ Maïuvoisin anuût «dit; .mais il interrogea le jcomte d'Anjou, le.comie

1E8 msTomB

de Poitiers et le comte de Flandre , et plusieurs

autres riches hommes qui étaient assis après euï, et tous s'accordèrent avecmonseigneur Gui de Mau- Yoisin. Le légat demanda au comte JeandeJafîa, qui était assis après eux, ce qu'il lui semblait de ces choses. Le comte de Jaffa le pria qu'il s'abstint de cette demande, « parce que, fit-il, mes châteaux sont sur la frontière, et si je conseillais au roi de demeurer, on croirait que ce serait pour mon profit. » Alors le roi lui demanda aussi instamment qu'il put de dire ce qu'il lui en semblait. Et le comte lui dit que s'il pouvait tant faire que de tenir la campagne pendant un an, il se ferait grand honneur s'il demeurait. Alors le légat interrogea ceux qui étaient assis après le comte de Jaffa, et tous s'accordèrent avec monseigneur Gui de Mauvoisin. J'étais bien le quatorzième assis, en face du légat, n me demanda ce qu'il m'en semblait, et je lui répondit que j'étais bien d'accord avec le comte de Jaffa. Et le légat me dit tout f&ché^: « Gomment pourrait-il se faire que le roi pût tenir la campagne avec aussi peu de troupes qu'il en a? > £t je lui répondis aussi d'un air fâché, parce qu'il me semblait qu'il le disait pour me piquer : « Sire, je vous le dirai, puisqu'il vous platt. On dit, sire (fe ne sais si c'est vrai), que le roi n'a encore rien dépensé de ses deniers, mais seulement des deniers du clergé. Donc que le roi dépense ses deniers, et

que le roi envoie quérir des chevaliers en Morée et outre-mer; et quand on entendra dire que le roi donne bien largement, les chevaliers lui viendront de toutes parts, et par là il pourra tenir la campagne pendant un an, s'il platt à Dieu. Et en demeurant il fera délivrer les pauvres prisonniers qui ont été pris au service de Dieu et au sien, et qui jamais n'en sortiront si le roi s'en va. » Il n'y en avait aucun là qui n'eut de ses proches amis en prison ; aussi nul ne me reprit, mais ils se prirent tous à pleurer. Après moi le légat interrogea monseigneur Guillaume de fieaumont» qui alors était maréchal de France; et il dit que j'avais très-bien dit, < et je vous en dirai la raison, » ^jouta t-il. Monseigneur Jean de Beaumont, le bon chevalier, qui était son oncle Qt avait grande envie de retourner en France, l'apostropha fort injurieusement, et lui dit ; « Sale ordure I que voulez-vousS^ dire ? Rasseyez-vous tout coi I » Le roi lui dit : « Messire Jean, vous faites mal; laissez -le dire. — Certes, sire, je ne le ferai pas. > Le maréchal ^^se taire, et nul ne s'accorda depuis avec moi, excepté le sire de Chatenai.

j Alors le roi nous dit : t Seigneurs, je vous ai bien ouïs, et je vous répondrai sur ce qu'il me plaira de faire, d'aiyourd'hui en huit jours. »

LXXXrV. — Reiwfoches adressés à Joinville^ son entretien secret

avec le roi.

Ouand nous fûmes partis de là, l'assaut commença contre moi de toutes parts : • Or le roi est fou, sire de Joinville, s'il ne vous croit contre tout le conseil du royaume de France 1 » Quand les tables furent mises, te voî me fit asseoir prë6< de lui pendant le repas, là où il me faisait toujours asseoir quand ses frères n'j étaient pas. Il> ne me pnda pas du tout tant que le repas dura, ce qu'il n'avait pas coutume de faire, car il ne restait pas sans faire toujours* attention à moi en mangeant; Et je croyais vraiment qu'il était fâché contre moi parce que j'sTais dit qu'il, n'avait encore rien dépensé de ses deniers, au lieu qu'il dépensait largement. • Tandis que le roi omt ses grâces, j'allai & une fenêtre grillée, qui était en un renfoncement vers le chevet du lit du roi, et je tenais mes bras passés parmi les barreaux de la fieniâtre ; et je pensais que si le roi s'en venait en France, je m'en irais vers le prince d' Antioche ^ (qui me tenait pour parent et qui m'avait envoyé quérir), jusques à tant qu'une

Page 1