BoémondV. (Voy. chap. ci
i^yiu^ud by Googl
DE SAINT LOUIS. ISî
autre croisade vint au pays,, par quoi les priscmniers fàssent déthrés srion- le conseil que le me de Boulaincourt m'avait douné. Au moment où j'étais lày le roi se Tint appuyer mur mes épafoles et . me tint ses deux mains sur la tête. Et je crus que c'était monseiguieur Philippe de Nemours , qui m'avait causé trop d'ennui ce j u:r-là pour le conseil que j'avais donné au roi, et je dis ainsi : « Laissez-moi en paix y monseigneur Philippe I » Par aventure, en faisant tourner ma této, la main du roi me tomba au> milieu du visage, et je reconnus que c'était le roi à une émeraude qu'il avait au doigt. Et il me dît : « Tenez-vous tout coi ; car je vcms veux demanda comment vous» qui êtes un jeune homme, vous fûtes si hardi que vous ni'osâ- . tes conseiller de demeurer» contre tous les grands hommes et les sages de France qui me conseillaient de m'en aller. — Sire, iis-je» j'aurais une mauvaise pensée dans le coeur, que je ne V0QS conseillerais à aucun prix de l'exécuter. — Ditesvous , fitril, que je ferais une mauvaise action si je m'en allais? — Oui, Sire,fis-je; que Dieu me soit en aidel » £t il me dit : « Si je demyaure, demeurerez^vous? » Et je lui dis : « Otii,. si je puis» nii ^ mPA. irais , ou aux irais, d'autrui. — Or soyez, tont aisd» me dit-ii; âir jia'voofl saia bien bon gré de ce que vous m'avez conseillé ; mais ne le ditos personne touW cette semaine. • Je fus
. 192 HISTOîRK
plus à Taise de cette parole , et je me deiradais plus hardiment contre ceux qui m'assaillaient. On appelle les paysans du pays, poulains. Aussi mon- ^ seigneur Pierre d'Avallon me recommanda que je V me défendisse contre ceux qui m'appelaient poulain, et que je leur disse que j'aimais mieux être poulain gue jroussi n fouc^iu, ainsi qu'ils Tétaient.
'xjOXY. — Le roi annonoe qu'il reste en terre sainte.
A Tautre dimanchei nous revînmes tous devant le roi, et quand il vit que nous étions tous venus, il se signa la bouche et nous dit ainsi (après qu'il eut appelé Taide du Saint-Esprit, ainsi que je le pense; car madame ma mère me dit que toutes les fois que je voudrais dire quelque chose, j'appelasse Taide du Saint-Esprit et que je me signasse la bouche). Telles lurent les paroles du roi : « Seigneurs, fit-il, je remercie beaucoup tous ceux qui m'ont conseillé de m'en aller en France, et je rends grtice aussi à ceux qui m'ont conseillé de demeurer. Hais je me suis avisé que, si je demeure, je n'y vois point de péril que mon royaume se perde; car madame la reine a bien des gens pour le défendre. Et j'ai regardé aussi que les barons de ce pays disent que si je m'en vais, le royaume de Jérusalem est
DE SUONT m
]|erdtt»etq4iie oulû'y osera demeurer après moi. J'ai doDCregardé qu'àaii 1 ] )ri x j e nelaisserais le rojiaiime de Jérusalem, ieiiuel je suis venu poui' garder et pour eonquérir^ .aiûsi ma résolution eal telle que je suis demeuré quant à présent. Aussi vous dis-je à vous riches hommes qui êtes ici, et à tous autres chevaliers, qui voudnuxt demeurer avec moi, que vous veniez me pailer hardimeut; et^e vous donoâraitaatjr que la foute n'en sera pas à moi mais à TOUS si vous ne voulez demeurer. » Il y en eut hêaucouj} qu ouïreut cette parole, qui en furent ébahis^, et il f ea eat beaucoup qui pleurëreut.
il retient Joinville k ses ^ges.
Le. roi ordonna^ ainsi qu'on La dit, que ses frères
retourneraient en France. Je ne sais si ce fut à leur requête ou par la volonté du roi^ Ces paroles qfut le roi dit pour amKmeer qu'il demeurait, ce fiit vers la saint Jean. Or il advint ainsi que le jour de la saint Jacques \ dont j'étais le pèlerin et qui m'avait fait beaucoup de bien, le roi revint dans sa chambre de la messe ^ et agpela ceux de sou
194 HISTOIRB
conseil qui étaient demeurés avec lui, c'est à savoir monseigneur Piérre le chambellan, qui fut Thomme le plus loyal et le plus droit que j'eusse jamais vu en hôtel de roi ; monseigneur GeolBroy de Sargines, le bon chevalier et le prud'homme; monseigneur Gille le Brun, bon chevalier et prud'homme, à qui le roi avait donné la connétablie de . France après la mort de monseigneur Imbert de Beaujeu, le prud'honmie. A ceux-là le roi parla en telle manière, tout haut, et comme fâché ; « Seigneurs, il y a déjà un mois que Ton sait que je demeure, et je n*ai pas encore ouï dire que vous m'ayez retenu aucuns chevaliers.» — «Sire^ firentils, nous n'en pouvons mais; car chacun se fait si cher, parce qu'Us s'en veulent aller en leur pays, que nous ne leur oserions donnér ce qu'ils demandent. » — « Et qui, fit le roi, trouveriez-vous à meilleur marché î » — Certes, sire, firent-ils, c'est le sénéchal de Champagne; mais nous ne lui oserions donner ce qu'il demande. » J'étais dans la chambre du roi et j'oms ces paroles. Alors le roi dit : « Appelez-moi le sénéchal. » J'allai à lui et m'agenouillai devant lui; et il me fitasseoir et me dit ainsi : « Sénéchal, vous savea que je vous ai toujours beaucoup aimé ; et mes gens me disent qu'ils vous trouvent dur; comment est-ce? » — «Sire, ûs-je, je n'en puis mais; car vous savez que je fus pris sur l'eau, et qu'il* ne me demeura rien,
mais que je perdis tout ce que j'avais. » Et il me demanda ce que je demandais. Et je lui dis que je demandais deux mille livres jusques à Pâques * pour les deux tiers de Tannée. « Or, dites-moi^ ût-il^ avez-vous marchandé aucuns ciievaliers? » Et je dis : « Oui, monseigneur Pierre de Pontmoiain, lu> tDoisième de bannerets, qui coûtent chacun quatre cents livres jusques à Pâques. » Et il compta sur ses doigts. < Ce sont , fit-il , douze cents livres que vos nouveaux chevaliers coûteront. » — c Or regardez^ sire, fis-je, s'il me faudra bien huit cents livres pour me monter et pour m'armer, et pour donner à manger à mes chevaliers ; car vous ne voulez pas que nous mangions en votre hôte]. »
Alors il dit à ses gens : « Vraiment, fit-il, je ne vois point ici d'excès; et je vous retiens, » me fit-il, à moi.
tXXXVlI. — Les frères du roi s'embarquent. Envoyé» de l'empereur Frédéric II et du soudau de Damas.
Après ces choses, les frères du roi et les autres riches hommes qui étaient en Àcre^ préparèrent' leurs navires. Au moment de partir d'Acre, le comte de Poitiers emprunta des joyaux à ceux qui