‹ Histoire de saint Louis (volume 2)Chapitre 90 sur 126 · Beaodouin II. empereur fani^ de Constantinople · texte numérisé non relu

Beaodouin II. empereur fani^ de Constantinople

SSi HISTOIRB

fallut que Tempereur et les autres riches hommes qni étiatient avMT Ilii, se saignassent et missent de' leur sang dans une grande coupe d'argent. Et le roi des Commains et les autres riches* hommes qui étaient avec lui, firent à leur tour ainsi, et mêlèrent leur sang avec le sang de nos gens, et le mirent dans du vin et de l'eau, et en burent, et nos gens aussi ; et alors ils dirent qu'ils étaient frères de sang. £n outre ils firent passer xm chien entre nos gens et les leurs , et découpèrent le chien avec leurs épées, et nos gens aussi; et ils dirent qu'ainsi fiissent-ils déeoupéis sili^faillaient Pun à rentre.

Il nous conta encore une grande merveille : tanffis qu'il était dans leur camp, un riche chevalier mourut,et on lui avait fait une grande et large fosseî en terre ; et on Vavait assis et paré très^oblement sur une chaise, et on lui mit avec lui le meilleur cheval qu'il eût et le meilleur sei^at, U>ut vi*-vants. Le sergent, avant qu'il fttt mâs dans latfeswt avec son seigneur^ allait au roi des Conunains et aux autres riches seigneurs, et pendlmt qu'il pre-nait congé d'eux, ils lui mettaient dans son écharpe ime grajide foison^d'or et d'aigei^ et lui disaient; c Quand je viendrai dans l'autre siècle, alors tu me rendras ce que je te baille. Et il disait : « Ainsi ferai-je bien volontiers. » £e grand ror des Commains lui bailla une lettre qui s'adressait à leur premier roi, où il lui mandait que ce prud'homme

availi très-bien vécu et qu'il l'avait très-bien servie

et le priait qu'il le récompensât de ses services. Quand ce fut fait, ils le micent dans la fosse avec son seigneur et avec le cheval tout vivant; et puis lancèrent sur la Dosse des planches bien chevillées, et tout rainnée eoumt prendre des pierres et de la terre; et avant que de dormir^ ils eurent fait, en rememhnuiee de. ceux qu'ils avaient enterrés^ une grande montage au-dessus d eux.

SCVnL -—Noml: engagement de Joinville; comment il vivait

outre-mer.

Tandis que le roi fortifiiait Gésarée, j'allai dans son pavillon pour le v^oir. Dès qu!il me vit entrer dans sa chambre, là où il parlait au légat, il se leva, et me tira ipact etme dit : « Vous savez, fit le roi, qoe je ne. vousTetins que jusqnes à PâqMOS ' ; ainsi je vous prie de me dire ce que je vous donnerai de Pâques en un an. » £t je luidis que je ne voulais pas qu'il me donnât plus de ses^deniers que ce qu'il m'avait donné, mais que je voulais iaire un autreLmacché:aveclui« « Pan^e que,, ûs-j^»

1. L'engagement de Joinviile était Htt jusqu'à Pd^aei de Van 1251. (Vo^. chap. Lxxxvi.)

VOUS fâchez quand on vous demande quelque chose,

je veux que vous conveniez avec moi que si je vous demande quelque chose pendant toute cette annéCi vous ne vous fâcherez pas ; et si vous me refusez je ne me fâcherai pas non plus. » Quand il ouït cela, il conmiença à rire aux éclats, et me dit qu'il me retenait à cette condition. Et il me prit donc à cette condition, et me mena par devers le légat et vers son conseil, et leur répéta le marché que nous avions fait; et ils en furent très-Joyeux, parce .que j'étais le plus riche qui fût dans le camp. { Je vous dirai ci-après comment j'ordonnai et arrangeai mon affaire pendant quatre ans que j'y demeurai, depuis que les frères du roi s'en furent allés. J'avais deux chajpelains avec moi qui me di<v saient mes heures; Tun me chantait ma messe sitôt que l'aube du jour paraissait, et l'autre attendait . que mes chevaliers et les chevaliers de mon corps de bataille fussent levés. Quand j'avais ouï ma messe, je m'en allais avec le roi. Quand le roi voulait chevaucher, je lui tenais compagnie. Quelquefois il se trouvait que des messagers venaient à lui, à cause de quoi il nous fallait travailler pendant là matinée.

Mon lit était &it dans mon pavillon de telle manière que nul ne pouvait y entrer qu'il ne me vjt couché dans mon lit; et je faisais cela pour ôter tout faux soupçon de commerce avec des femmes.

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Quand approchait la Saiût-Remi, je faisais acheter plein mon étable de porcs et ma bergerie de moutous ; et de la farine et du vin pour les provisions de ïhùisl pendant tout l'hiver, et je faisais cela parce que les denrées enchérissent en hiver, à cause de la mer qui est plus mauvaise en hiver qu'en ^« Et J'achetais bien cent tonneaux de vin, et je faisais toujours boire le meilleur avant; et je fiûsais tremper d'eau le vin des valets, et mettre iDOîns d'eau dans le vin des écuyers. A pia table, on servait devant mes chevaliers une grande bouteille de vin et une grande bouteille d'eau ; alors ils le trempaient comme ils voulaient.

Le rai m'avait baillé dans mon corps de bataille cinquante chevaliers; toutes les fois qiiejemangeaiSy j'avais dix chevaliers à ma table avec les dix miens; et ils mangeaient l'an devant Fautine, selon la coutume du pays, et s'asseyaient sur des nattes à terre. Tontes les fois que Fou criait aux armes,

j'y envoyais cinquante-quatre chevaliers qu'on appelait dizenieni, parce que chacun ménait une dizaine tontes les fois que nous cbevauchions en armes : tous les cinquante chevaliers mangeaient & mon- hètel au retour. A toutes les fêtes annuelles, j'invitais tous les riches hommes du camp; à cause de quoi il fallait que le roi empruntât quelquefois de ceux que j'avais hilrttés.

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