CI. — Du coaite d'Eu, du prince d'AntiocUe et de quatre
ménétriers d'Arménie.
Tandis que nous attendions ce jour que le roi avait donné aux émirs d'Égypte, le comte d'Ëu,
qui n'était pas encore chevaliers vînt au camp et
amena avec lui monseigneur Arnoul de Guines, le bon chevalier, et ses deux frères, lui dixième. Il demeura au service du roi, et le roi le fit chevalier En ce temps-li, revint au camp le prince d'Antioche et la. princesse sa mère*; lerol lui fit grand honneur, et le fit chevalier très-lionorablemenU Son Age n'était pas de plus de seize ans, mais jamais Je ne vis un enfant si sage. Il requit au roi de l'ouïr parler en présence de sa mère ; et le roi le lui octroya. Les paroles qu'il adressa an rof en présence de sa mère furent telles ; « Sire, il est bien vrai que ma mère me doit encore tenir quatre ans en sajutelk; mais il n*est pas juste pour cela qu'elle doive laisser ma terre se perdre ni déchoir;* et je dis -ces choses^ sire, parce que la cité d'Anlioclie se perd entre ses mains. Ainsi je vous demande, sire, que tous la priiez de me bailler de l'argentavec quoi je puisse aller secourir mes gens qui sont là, et les aider. Ët, sire, elle le doit bien faire ; car si je demeure dans la cité de Tripoli avec elley ce ne sera pas sans grandes dépenses, et les grandes dépenses que je ferai seront faites pour
]. Jean, fils d'Alfonse de Brienne et de Harie^ comtesse d^En. •Ce jeune seignenrdevint bientôt Pami de Joinville (voy. chap.cnji). • 2. Boémond Vi , prince d'Antiocbe et comte de Tripoli, fils de Boémond V, mort en 1251 , et de Lucie, ^lle du comte Paul de Rome. Joinviile a parlé plus haut (chap. lzzzit) , de Boémond Y, et il reparlera bientôt (chap. czvm} de Boémond VI.
rien* » Le roi Touit bien voloDtiers, et il négocia de tout son pouvoir avec sa mère pour qu'elle lui
Laillàt autant que le roi put tirer d'elle. Sitôt qu'il quitta le roi, il s'en alla à Antioche, là où il se fit très-bien venir. Du gré du roi, il écartela ses armes, qui sont vermeilles, des armes de France, parce que le roi Favait fait chevalier.
Avec le prince vinrent trois ménétriers de la grande Arménie ; et ils étaient frères, et s'en allaient en Jérusalem en pèlerinage, et avaient trois cors dont les sons sortaient du côté de leur visage. Quand ils commençaient à donner du cor, vous eussiez dit que c'étaient les cliants des cygnes qui partent de Tétang ; et ils faisaient les plus douces mélodies et les plus gracieuses, en sorte que c'était merveille de l'ouïr. Us faisaient tous trois des sauts merveilleux; car on leur mettait une toile sous les pieds, et ils faisaient la culbute tout debout, de sorte que leurs pieds revenaient tout debout sur la toile. Deux faisaient la culbute la téte en arrière, et Talné aussi ; et quand on lui faisait faire la culbute la te te en avant, il se signait; car il avait peur qu'il ne se brisât le cou en tournant.
CIL De Gautier, comte de Brienne«t de JafTa ; comment il fut
fait prisomiier par Tempereur de Perse.
C'est une bonne chose à dire que la manière du comte de Brienne, qui fut comte de Jafla pendant plusieurs années, et ^ar sa vigueur il la défendit longtemps; et il vivait en grande partie de ce qu'il gagnait sur les Sarrasins et sur les ennemis de la
foi. D'où il advint une fois qu'il déconfît une grande quantité de Sarrasins qui menaient une grande foison de draps d'or et de soie, lesquels il gagna tous; et quand il les eut gagnés, il partagea tout à JaiTa entre ses chevaliers sans que rien lui en demeurât. Sa manière était telle, que quand il avait quitté ses chevaliers^ il s'enfermait en sa chapelle et était longuement en oraison avant qu'il allAt le soir coucher avec sa iémme, qui fut une dame trèsbonne et très-sage, et sœur du roi de Chypre'.
L'empereur de Perse , qui avait nom Barbaquan que l'un des princes tartares avait déconfit, ainsi que je l'ai dit plus haut, s'en vint avec son armée au royaume de Jérusalem, et prit le château de