‹ Histoire de saint Louis (volume 2)Chapitre 95 sur 126 · le 39 Juin 1S · texte numérisé non relu

le 39 Juin 1S

DB SAINT LOÙIS. S5a

eux. Kt cette entreprise ftat arrêtée parce que lés

seigneurs du pays ne voulurent pas consentir qull y allAt. De marche en marche^ nous ytnmes aux-

sables d'Acre, là où le roi et l'armée campèrent. En ce lieu Tint à moi une grande troupe de la grande Arménie qui allait en pèlerinage en Jénisalem, en payant un grand tribut aux Sarrasins qui les conduisaient , avec un trucbement qui savait leur langage et le nôtre. Ils me firent prier que je leurmontrasse le saintroi. J'allai au roi là il où était assis en un pavillon, appuyé au mât du pavillon; et il était assis sur le sable sans tapis, et sans nulle autre chose sous lui. Je hii dis : < Sire, il y a là dehors une grande foule de la grande Arménie qui va en Jérusalem; et ils me prient, sire, que je leur fasse voir le saint roi ; mais j> i désire pas encore baiser vos os. » £t il rit c.. éclats, et me dit que je les allasse quérir ; et ainsi fis-je. Et quand ils eurent vu le roi, ils le recommandèrent à Dieu, et le roi en fit autant d'eux. Le lendemain, l'armée coucha en un lieu qu'on appelle Passe-Poulain, là où il y a de très-belles eaux avec quoi on arrose la plante d'où le sucre vient. Pendant que nous étions campés là, un de mes chevaliers me dit : « Sire, ftt^il, or je vous ai logé en plus beau lieu que vous ne fûtes hier. » Un autre chevalier qui m'avait choisi la place d'avant, sauta sur lui tout irrité, et lui dit tout haut : « Tous êtes bien^haidi de parler

de rien que je fasse ; > et il sauta sur lui ai ic/pcit 'paor lestcbevBiML Ei aaulaijfur'lut jÉt de/â^pqMi du poing entre les deux épaules, et il le laissa ; et je lui dis: « Vite, hors 'de mon 'Jiiôteb!.oac,)aiB8i Dieu me soit en oidel wousfoe ^seiwz jamais avec moi. • Le obevaiier jSlen lalla lu^ntrant uu igiaud •deuily etinfameiia aimaeignaur iGiHesile Bvun, ]e connétable de France; et à cause du grandrepentir qu'il venait que ie4dieiraUer aif8lt de JaiCoiie 'qniil avait faite, il me pria, aussi instamment qu 11 put, que je le ramenasse en mon hètel.^Ët je nâpondis que je ne Ty ramènerais pas'si .le ilègÈt me me déliait de mon serment. Ils s'enfiUèr^tau tlégat, flit lui eanlèrent le ûiit; et fie kgstflefir irépinidit qu^l n*avait pas pouvoir de me délier, parce que le sermept était raisonnable; ioar te 4:heiNilier ravait 'bien aétlié. St je tous ^mentre etl^ choses pour que vous vous gardiez de laice m\ aermeilt qu'il ne jomieam dpà» >lBite fMtfr màson; « car, dit le sage, qui^volontiews jiure, volcwi- » tiers «e pagine. »

Iie'I«nâMiâin,ik rdi alla camper déviant le cité de Sur, que l'on appelle I^^sta Bible. Là'le

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roi appela les riches hommes de Tarmée, et leur

demanda s'il serjait .bon qu'il allât prendre la !cité de Bélinas :avaDjt quUl allât, à Sayette. Nous Uùmes tous d'avis qu'il était Jl)on que lexoi y envoyât de ses gensf, xaais nul ne Sut d'avis qu'il y allât en jpersonne : àgrande peine on l'en détourna, n îui canvenju ajopisi que le comte d'£u ir^it, et jnonseignenr jPJtûlippe de Hontfort, le.sire.de Sur^ monaeigneur Gilles le Brun connétable de France, 'moQseigneiir I^errie te .Ch^uttbellan , le mattre du Temple et sa communauté, le maître de l'Hôpital M sa communauté, ot so^ fcère aiissi. Nous nous armâmes i la tombée de la nuit, et vînmes un peu 9^ïès le .poiiQt <du, jour en uAe plaine qui est devant la cîfcé qu'on ai^elle Bélinas.; et les anciennes Écritures l'appellent Gésarée de Philippe. En cette cité «jaUlit wne fontaine qu'on ^peUe. Jour ; et au milieu des plaines qui sont devant la cité jaillit uuie auti^ très-i)eile fontaine qui est appelée Dan. •Or il mvm cpie qua&d les daux ruisseaux de ces •deux fQutaines se joignent, on les appelle le fleuve du Jourdain» 1& où Dieu fut bajptisé.

D'accord avec le Temple, le comte d'Eu, THôpitol et les iiai^.du qui éjAie^t là, U lut conivenu que le .eorps de bataWe du aroi ,(dans lequel corps j'étaôs a^ftrs, parce q\ju^ le Toi avait retenu •aKectlui les /garante chevaliens qui étaieuten mm corps de bmtaillei^ et monseigneur Geoffroy de.Saf-

gines aussi) irait entre le château et la cité; et que

les barons du pays entreraient dans la cité à main gauche, et l'Hôpital à main droite ; et que le Temple entrerait dans la cité droit par la voie où nous étions venus. Nous nous mimes alors en ^ mouvement jusqu'à ce que nous vînmes près de la cité ; et nous trouvâmes que les Sarrasins qui étaient dans la ville avaient déconfit les sergents du roi, et les avaient chasses de la ville. Quand je vis cela, je vins aux prud'honunes qui étaient avec le comte d'Eu , et leur dis : t Seigneurs, s! vous n'allez là où on nous Ta commandé, entre la ville et le château, les Sarrasins nous occiront nos gens qui sont entrés dans la ville. » Il était très -périlleux d'y aller; car le lieu là où nous devions aller était le plus périlleux; car il y avait trois paires de murs secs à passer, et la côte était si roide qu'à peine un cheval y pouvait tenir pied; et le tertre là où nous devions aller était garni de Turcs en. grande foison à cheval. Tandis que je leur parlais, je vis que nos sergents à pied défaisaient les murs. Quand je vis cela, je dis à ceux à qui je parlais qu'on avait ordonné que le corps de bataille du roi irait là où les Turcs étaient, et que puisqu'on l'avait conunandé j'irais. Je me dirigeai moi et deux de mes^hevaliers vers ceux qui défaisaient les murs, et vis qu'un sergent à cheval croyait passer le mur, et que son cheval lui tomba sur le

corps. Quand je vis cela, je descendis à pied et pris mon cheval par le irein. Quand les Turcs nous virent venir, ainsi que Dieu le voulut^ ils nous laissèrent la place là où nous devions aller. De. cette place, là où les Turcs étaient, descendait une roche à pic dans la cité. Quand nous fûmes là et que les Turcs en furent partis, les Sarrasinsqui étaient dans la cité se déconfirent, et laissèrent la ville à nos gens sans débat. Tandis que j'étais là, lemaré» chai du Temple ouït dire que j'étais en péril; alors il s'en vint en haut vers moi. Tandis que j'étais là en haut, les Allemands qui étaient dans le corps de bataille du comte d'Eu, vinrent après moi; et quand ils virent les Turcs à cheval qui s'enfuyaient vers le château, ils se mirent en mouvement pour aller après eux. Et je leur dis : « Seigneurs, vous ne faites pas bien ; car bous sommes là où ou nous a commandé, et vous alleji outre le commandement. »

GXII. Daogar que court JoiavUle.

Le château qui est au-dessus de la cité a nom

Subeite, et il est bien à une demi*lieue en haut

dans les montagnes du Liban ; et le tertrequi monte

au château est semé de roches aussi grosses que

des huches. Uuand les Allemands virent qu'ils poursuivaient follement, ils s'en revinrent en arrière. Quand les Sarrasins virent cela, ils leur coururent sus à pied, et leur donnaient de dessus les roches de grands coups de leurs masses, et leur arrachaient les couvertures de leurs chevaux* Quand nos sergents qui étaient avec nous, virent le mal, ils commencèrent à s'effrayer; et je leur dis que s'ils s'en allaient, je les ferais retrancher des gages du roi à tout jamais. Et ils me dirent : « Sire^ le jeu n'est pas égal entre nous; car vous êtes à cheval, et vous vous enfuirez ; et nous, nous sommes à pied, et les Sarrasins nous occîront. » Et je leur dis : < Seigneurs, je vous assure que je ne m'enfuirai pas; car je demeurerai à pied avec vous. » Je descendis et envoyai inon cheval avec les Templiers, qui étaient bien à une portée d'arbalète derrière. Pendant la retraite que les Allemands faisaient, tes Sarrasins atteignirent d'un carreau à la gorge un mien chevalier, qui avait nom monseigneur Jean de Bussey; et il tomba tout devant moi. Monseigneur Hugues d*Escoz, dont il était neveu, qui se montra très-b^^n dans la terre sainte, me dit : < Sire, venez nous aider pour reporter mon neveu en bas. — Malheur, fis -je, à qui vous aidera i car vous êtes allé là-haut sans mon commandement; s'il vous en est mal arrivé, c'est à bon droit ; reportez-le en bas dans la voirie;

car je ne partirai pas d'ici jusques à tant que Vov

me renvoie quérir. » ' * •

Quand monseigneur Jean de Yalenciennes ouït le péril là où nous étions, il vint à monseigneur Olivier de Termes et aux autres chefs du Languedoc^ et leur dit : « Seigneurs, je vous prie et vous commande, de par le roi, que vous m'aidiez à quérir le sénéchal. » Tandis qu'il s'en inquiétait ainsi, monseigneur Guillaume de Beaumont vint à lui, et lui dit : « Yous vous travaillez pour rien, car le sénéchal est mort. > Et il répondit : « Ou de sa mort ou de sa vie, je dirai des nouvelles au roi. » Alors il se mit en marche, et vint vers nous là où nous étions montés dans la montagne ; et dés qu'il fut venu à nous, il me manda que je vinsse à lui; et ainsi fis-je.

Alors Olivier de Termes me dit que nous étions là en grand péril ; car si nous descendions par ou nous étions montés, nous ne le pourrions faire sans grand péril, parce que la côte était trop mauvaise et que les Sarrasins nous descendraient sur le corps ; « mais si vous me voulez croire, je vous délivrerai sans perte. » Je lui dis qu'il expliquât ce qu'il voulait, et que je le ferais, c Je vous dirai, fit-il, comment nous échapperons. Nous nous en irons, fit-il, tout le long de cette pente comme si nous devions aller vers Damas; et les Sarrasins qui sont là croiront que nous les voulons

prendre par derrière ; et quand nous flenms en ees

piailles, nous piquerons des éperons autour de la, cité ; et nous aurons passé le ruisseau avant qu'ils ' puissent yenir vers nous ; et cependant nous leur ferons un grand dommage ; car nous leur mettrons le feu en ces froments battus qui somt au milieu de ces champs. » Nous fîmes ainsi qu'il nous expliqua; et il fit prendre des cannes de quoi on £ait des flûtes, et fit mettre des charbons dedans, et dit de les ficher dans les froments battus, fit ainsi Dieu nous ramena en sauvelé, grâce au cons^ d'Olivier de Termes. £b sachez que quand nous vînmes au camp là où nos gens étaient, nous les trouvâmes tous désarmés; car il n'y en avait aucun qui eût pris garde à nous. Mous revînmes ainsi le lendemain à Sayette, là où le roi était

CXm. Mai Louis eoMvellt las cadams 4is ehiétiens ds Sayette. Imitié dt JamiiSÏ» et dn oomlt d'En.

Nous trouvâmes que le roi en pinrsonna avait

fait enfouir les corps des chrétiens que les Sarrasins avaient occis, ainsi qu'il est dit plus haut; et lui-même en personne portait les corps pourris et tout puants pour les mettre en tenre dans des fosses, sans qu'il se boudiât les narines ; et les

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autres se lesboiichaicnl. 11 fit venir des ouvriers de toutes parts ; et se remit à fortifier la cité de gros murs et de grandes tours ; et quand nous vînmes au camp , nous trouvâmes qu'il nous avait mesuré nos places, lui-même en personne, là où nous devions loger. Ma place il la prit près la place du eomta d'Ëu, parce qu'il savait que le comte d'Eu aimait ma compagnie.

Je vous conterai des tours que le comte d'Eu nous jouait. J'avais fait une maisoo là où je mangeais, moi et mes chevaliers, à la clarté de la porte; or la porte était du eAté du comte d'Eu; et lui qui était adroit, fit une petite batiste avec quoi il tirait dans ma maison; et il faisait épier quand nous étions assis à manger, et dressait sa baliste suivant la longueur de notre table^ et nous brisait nos pots et nos verres.

Je m'étais approvisionné de poules et de chapons; et je ne sais qui lui avait donné une jeune oie, laquelle il laissait aller avec mes poules; et elle en avait tué une douzaine avant qu'on ne vint là; et la femme qui les gardait battait Foie avec son jupon.

GXIV. — Prise de Bagdad par les TMaros.

Tandis que le roi fortifiait Sayette, il vint des

marchands dans le camp qui nous dirent et contèrent que le roi des Tartares avait pris la cité de Bagdad et le pape des Sarrasins, qui était seigneur de la ville, le<^el on appelait le calife de Bagdad ^ Les iiiarchands nous contèrent la manière dont ils prirent la cité de Bagdad et le calife ; et la manière fut telle, que quand ils eurent assiégé la cité du calife, le roi manda au calife qu'il ferait volontiers un mariage entre ses enfants et les siens ; et les conseillers du calife furent d'avis qu'il consentit au mariage. £t le roi des Tartares lui manda qu'il lui envoyât jusques à quarante personnes de son conseil et des plus grands personnages pour jurer le mariage ; et le calife le fit. Le roi des Tartares lui manda encore qu'il lui envoyât quarante des plus riches et des meilleurs hommes qu'il eût ; et le calife le fit. A la troisième fois, il lui manda qu'il lui envoyât quarante des meil-

1. En 1253, la nouvelle de -la prise de Bagdad parles Tartaies était prématurée; cet événemeiit n*eut lieu qu'en 1258; mais il pouvait être dès lors prévu ou redouté^ et donner lieu à des bruits du ^cnre de ceux que rapporte ici JoinviUe.

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leurs qu'il eût; et il le fit. Quand le roi des Tartares vit qu'il avait tous les principaux de la ville, il pensa que le menu peuple ne se pourrait pas défendre sans chef, 11 fit couper la tête à tous les cent vingt hommes, et puis fit assaillir la ville et la prit, et le calife aussi.

Pour couvrir sa déloyauté et pour jeter sur le calife le bklme de la prise delà ville, qu'il avait faite, il lit prendre le calife et le fit mettre en une cage de fer, et le fit jeûner tant que Ton peut faire jeû* ner un homme sans qu'il en meure; et puis il lui demanda s'il avait faim. Et le calife dit que oui ; car ce n'était pas merveille. Alors le roi des Tartares lui fit apporter un grand plat d'or chargé de joyaux avec des pierres précieuses, et lui dit : « Connais-tu ces joyaux?» Et le calife lui répondit : c Oui, ils furent à moi. » Et il lui demanda s'il les aimait bien; et il répondit que oui. « Puisque tu les aimais tant, fit le roi des Tartares, or prends de cette quantité ce que tu voudras, et mange. » Le calife lui répondit qu'il ne pourrait, car ce n'était pas une nourriture que Ton pût manger. Alors le roi des Tartares lui dit : « Or tu peux' voir dans ce vase tes moyens de défense; car SI tu eusses donné ton trésor d'or, tu te fusses bien défendu contre nous en dépensant ce trésor, qui te fait défaut dans le plus grand besoin que tu eusses jamais. >

CXY. — D'un clerc que Joiuville prend pour un Assassin.

Tandis que le roi fortiflait Sayette, j'allai une fois à la messe au point du jour, et il me dit que je Tattendisse, parce quHl voulait chevaucher; et ainsi fis-je. Quand nous fûmes aux champs, nous vînmes par devant une petite église, et vîmes, étant à cheval, un prêtre qui chantait la messe. Le roi me dit que cette église était faite en rhonueur du miracle que Dieu fit du diable qu'il . . <^assa hors du corps de la hlle de lafenmie veuve ; et il me dit que si je voulais, il y entendrait la • messe que le prêtre avait commencée ; et je lui dis que cela me semblait bon à faire* Quand on en vint ' à donner la paix, je vis que le clerc qui aidait à chanter la messe était grand, noir, maigre et hérissé; et j'eus la crainte, s'il portait la paix au roi, que peut-être, c'était un Assassin, un mauvais homme, et qu'il pourrait occûre le roi. J'allai prenr dre la paix au clerc et la portai au roi. Quand la messe fut chantée et que nous fûmes montés sur nos chevaux, nous trouvâmes le légat dans les ihamps, et le roi s'approcha de lui, et m'appela, et dit au légat : «Je me plams à vous du sénéchal, qui m'apporta la paix, et ne voulut pas que le

pauvre clerc me TappiHrtât » £t je dis au légai la

raison pourquoi je Tavais fait; et le légat dit que j'avais très-bien fait. Et le roi répondit : « Vraiment, non I » Il y eut grande discussion entre eux deux, et par là je demeurai en paix. £t je vous ai oontè cette histoire pour que vous voyiez sa grande humilité.

Ce miracle que Dieu fit à la fille de la femme veuve est rapporté par TÉvangile qui dit que Dieu était, quand il fit le miracle, in porte Tf^ et SidO" nis; car alors, la cité que j'ai appelée Sur était Tyr, et la cité que je vous ai nommée ci-devant Sayette, était Sidon.

CTfL «-> BnfOfês da Mignenr de D^âiisonde; arrivée de la raine k Sàjette»

Tandis que le roi fortifiait Sayette, vinrent à lui

les messagers d'un grand Seigneur du fond de la Grèce, lequel se faisait appeler le grand Comnène et sire de Trébisonde. Ils apportèrent au roi divers joyaux en présent; entre autres ils lui apportèlent des arcs de cormier, dont les coches entraient au moyen de vis dans les arcs, et quand on les en tirait» on trouvait qu'elles étaient dehors très-bien, tranchantes et très-bien faites. Ils demandèrent au

roi qu'il envoyât une princesse de son palais i leur

seigneur, qui la prendrait pour femme. Et le roi répondit qu'il n'en avait amené aucune d'outremer, et il leur conseilla d'aller à Ck)nstantinople vers l'empereur, qui était cousin du roi, et de lui demander qu'il leur baillât pour leur seigneur un^ femme qui fût du lignage du roi et du sien. Et • le roi fit cela pour que l'empereur eût alliance avec ce grand et riche seigneur contre Vatace, qui ' alors était empereur des Grecs.

La reine, qui était nouvellement relevée après la naissance de madame Blanche dont elle était accouchée à JaiTa, arriva à Sayette ; car elle était venue par mer. Quand j'ouïs dire qu'elle était venue, je me levai de devant le roi et allai à sa rencontre , et l'amenai jusques au château. Et quand je revins au roi, qui était en sa cliapelle, il me demanda si la reine et les enfants étaient bien por* tants ; et je lui dis que oui. Et il me dit : « Je savais bien, quand vous vous levâtes de devant moi, que vous alliez au devant de la reine, et pour cela j'ai fait attendre après vous pour le sermon. » Et je vous rappelle ces choses parce que j'avais déjà été cinq ans auprès de lui qu'il n'avait encore, que je susse, parlé de la reine ni des enfants, à moi ni à d'autres; et ce n'était pas une bonne manière, ainsi qu'il me semble, d'être étranger à sa feumie et à ses enfants.

GXYII. — lyun pattm chevalier et de ms quatro fila.

Le jour de la Toussaint % j'invitai tous les riches

hommes du camp à mon hôtel, qui était sur la mer; et alors un pauvre chevalier arriva dans une barque, avec sa femme et quatre fils qu*ils avaient. Je les fis venir manger à mon hôtel. Quand nous eûmes mangé, j'appelai les riches hommes qui étaient céans et leur dis : « Faisons une grande aumône, et déchargeons ce pauvre homme de ses enfants; et que chacun prenne le sien, et j*en prendrai un. > Chacun en prit un, et ils se disputaient pour l'avoir. Quand le pauvre chevalier vit cela, lui et sa femme commencèrent à pleurer de juie. Or il advint ainsi, que quand le comte d'£u revint de l'hôtel du roi où il avait mangé, il vint voir les riches hommes qui étaient en mon hôtel, et me prit mon enfant, qui était de l'âge de douze ans, lequel servit le comte si bien et si loyalement que quand'nous revînmes en France, le comte le mariar et le fit chevalier; et toutes les fois que j'étais lâr oii le comte était, il se pouvait à peine séparer da moi, et me disait : < Sire, Dieu vous le rende ! car

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