Le 1** novembre
rhonneur où je suis, vous m'y avez mis. »'Quant aux Vois autres frères Je ne sais ce qu'ils devinrent:
CXVI1L-- Pèlecioagé da JainTille ; méioiae de lateiiie;
piene merveilleuse.
Je priai le roi qu'il me laissât aller en pèlerinage à Notre-Dame de Tortdse, là où il y avait un trèsgrand pèlerinage, parce que c'est le premier autel qui jamais fût fait en Thonneur de la Mère de Dieu sur terre. Et Notre-Dame y faisait de bien grands miracles ; et ratreautres ily avait un for- * cené qui avait le diable au corps. Au moment où ses amis^ qui l'avaient amené 1% priaient la Mère de Dieu qu'elle lui donnât la santè^ Tennémi qui était au dedans de lui leur répondit : « Notre-Dame n'est pas ici, mais elle est en JËgypte pour aider le roi de France et les chrétiens qui aujourd'hui aborderont à terre, à pied contre les mécréants à cheval. > Le jour tal mis en écrit et fut apporté, au légat ; car Monseigneur me le dit de sa propre bouche. Bt soyez certain qu'elle noua aida ; et eUe nous eût plus aidés; si nous ne l'eussions offensée, elle et son fils, ainsi que je l'ai dit avant.
Le roi me donna congé d'aller là, et me dit en plein conseil que je lui achetasse cent came-
BE âÂINT LOUIS. . Sb^
lins^ de diverses couleuns pour donner aux Corde*
liers quand nous viendrions en France. Alors mon CiBur se calma, car je pensai bien qu'il n'y demeurerait guères. Quand nous vînmes à Tripoli, mes chevaliers me demandèrent ce que je voulais faire des camelinSy priant que je le leur disse : c Peut^ être, faisais-je, les ai-je dérobés pour gagner? »
Le prinee de Tripoli^ (que Dieu absolve 1) nous fit aussi grande fête et aussi grand honneur qu'il put ^ et il eût fait à moi et à mes chevaliers de grands dons si nous les eussions voulu prendre. Nous ne voulûmes rien prendre, excepté de ses reliques, desquelles j'apportai au roi avec les camelinsque je lui avais achetés.
De plus j'envoyai à Madame la reine quatre camelins. Le chevalier qui les porta, les porta entortillés dans une toile blanche. Quand la reine le vit entier dans la chambre où elle était, elle s'agenouilla devant lui, et le chevalier s'agenouilla à son tour devant elle; et la reine lui dit : « Levezvous, sire chevalier; vous ne vous devez pas agenouiller vous qui portez des reliques. » Mais le chevalier dit: c Madame, ce ne sont pas des reliques, mais des camelins que mon seigneur vous ^voîe.» Quand la reiiie ouït cela, elle et ses demoi-
1. On a vu pIuB îuuit (chap. vi) que le lOi portait du camelixL
2. Boémcmd VI, prince d*Antiodhe et comte de TripoU (voy. ekap. ci).
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selles, elles commencèrent à rire; et la reine dit à mon chevalier : « Dites à votre seigneur que je lui souhaite le mauvais jour pour m'avoir fait agenouiller devant ses camelins. »
Tandis que le roi était à Sayette, on lui apporta une pierre qui se levait par écailles, la plus mer- ' veilleuse du monde ; car quand on levait une écaille, on trouvait entre les deux pierres la forme d'un poisson de mer. Le poisson était de pierre, mais il ne manquait rien à sa forme, ni yeux, ni arêtes, ni couleur, ni autre chose qui empêchât qu'il fût tel que s'il fût vivant. Le roi demanda une pierre, et trouva une tanche dedans, de couleur brune, et de telle façon qu'une tanche doit être.
CXIX.— Le lOi apprbnd la mort de sa mère ; duretés de la reine Blanohe pour la reine Marguerite. '
A Sayette arriva au roi la nouvelle que sa mère était morte ^ 11 en montra si grand deuil que de deux jours on ne put jamais lui parler. Après cela, il m'envoya quérir par un valet de chambre.
Quand je vins devant lui en sa chambre, là où il était seul, et qu'il me vit, il étendit les bras et me
!• Blanche de Castille mourut au mois de novembre 1262.
dit : « Ahl sénéchal, j'ai perdu ma mèrel Sire, je ne m'en étonne pas, fis-je; car elle devait mourir; mais je m'étonne que vous, qui êtes un homme sage, ayez montré si gi^and deuil ; car vous savez que le sage dit, que quelque chagrin que Thomme ait au cœur, rien ne lui en doit paraître sui son visage j car celui qui le fait, en rend ses en- ^ nemis joyeux, et en chagrine ses amis. > Il lui ût faire beaucoup de beaux services outre-mer; et après il envoya en Ifrance un sommier chargé de lettres de prières pour les églises, afin qu'elles priassent pour elle.
Madame Marie de Vertus, très-bonne dame et très-sainte femme, me vint dire que la reine montrait un très-grand deuil; et me pria que j'allasse vers elle pour la réconforter* Et quand je vins là» je trouvai qu'elle pleurait, et je lui dis qu'il disait vrai celui qui dit que l'on ne doit pas croire aux femmes; « car c'était la femme que vous haïssiez le plus, et vous en montrez un tel deuil U» £t elle me dit que ciB n'était pas pour la reine qu'elle pleurait, mais pour la peine que le roi avait du deuil qu'il montrait, et pour sa fille (qui depuis fut reine de Navarre), qui était demeurée à la garde des hommes*
Les duretés que la reine Blanche fit à la reine Marguerite furent^ telles, que la reine Blanche ne voulait pas souffirir, autant qu'elle le pouvait, que
S7â HISTOIRE
son fils fût en la compagnie de sa femme, si ce n'est le soir quand il allait coucher avec elle. Les Ic^is là où il plaisait le plus de demeurer, pour le roi et la reine, c'était à Pontoise, parce que la chambre du roi était au-dessus et la chambre de la reine au-dessous. £t ils; avaient si bien accordé leurs affaires qu'Us tenaient leur parlement dans un escalier tournant, qui descendait d'une chambre dans l'aulro ; et ils avaient leurs afiaires si bien arrangées, que quand les huissiers voyaient venir la reine dans la chambre du roi son fils, ils frappaient la porte de leurs verges, et le roi s'en venait courant dans sa chambre , pour que sa mère l'y trouvât; et ainsi ftîsaient & leur tour tes huissiers de la chambre de la reine Marguerite quand la reine Blanche y venait, pour qu'eUe y trouvât la reine Marguerite. Une fois le roi était auprès de la reine sa femme, et elle était en trèsgrand péril de mort, pah» qu'elle était Uessée d'un enfant qu'elle avait eu. La reine Blanche vint là, et prit son fils par la miun, et lui dit : « Venez vous-en, vous ne laites rien ici. » Quand la reine Marguerite vit que la mère emmenait le roi, elle s'écria: «Hélasl vous ne me laisserez voir mon seigneur ni morte ni vive. » Et alors elle sa pâma, et l'on crut qu'elle était morte; et le roi, qui end qu'elle se mourait, revint, et à grand peine on la remit en état.
GXX. Le roi décide son retour en France ;
entretien de Joinville et du légat. '
Au moment où la cité de Say ette était déj à presque toute fortifiée, le roi iit faire plusieurs processions dans le camp, et i la fin des processions i\ demandait au légat de prier que Dieu ordonnât les affaires du roi selon sa volonté, afin que le roi fît ce qui serait le meilleur au gré de Dieu, ou de retourner en France, ou de demeurer là.
Après que les processions furent faites, le roi, en un moment où j'étais assis avpc les riches hommes ' du pays, m'appela dans un préau et me fit tourner le dos de leur côté. Alors le légat me dit : « Sénéchal, le roi se loue , beaucoup de vos services, et bien volontiers vous procurerait profit et honneur; et pour mettre, me dit-il, votre cœur à Taise, il m'a dit que je vous disse . qu'il a arrangé ses affaires pour aller en France à la Pâque qui vient*. » Et je lui répondis : « Que Dieu lui en laisse faire sa volonté ! »
Alort^ le légat me dit que je l'accompagnasse jusques à son hôtel. Alors ilVfiiferma dans sa garde-