‹ Histoire de Saint LouisChapitre 12 sur 261 · XVIII NOTIONS SUR LA GRAMMAIRE · texte numérisé non relu

XVIII NOTIONS SUR LA GRAMMAIRE

fléchi : € pour li confesser à moy (§ 38), il ot pooir de !i « resusciter (§ 337)» . Le sujet masculin pluriel est toujours il et jamais ils. De même qu'au sujet singulier on disait // meismes au lieu de lui-même, on le dînait au pluriel (§ 1 35) au Ueu de eux-mêmes. Les régimes sont : 1 " /es ; 2" aws {eulz selon l'orlhographe rajeunie des manuscrits), et de pins, par exception, dans certaines chartes, alx, eauls, tans; 3" lour et lor, plus fréquents que letir dans les chartes. Aus se prenait, comme lui ou li, dans le sens réfléchi : « Ne « font force li Assacis d'aus faire tuer(§ 460). » Les chartes emploient quelquefois tour dans des phrases où nous serions ohligés (le mettre eux ou soi : « sans rien retenir à « lour ; il ne iront à l'ancontre par lour; ont renoncé por « lour.» Par la même raison Joinville a dit (§ 476), esliroient entre lour, pour éliraient entre eux ou entre soi.

Le pronom féminin faisait elle au sujet singulier; la, l', lui et li au régime ; elles au sujet pluriel; les, lour ou lor au régime. Le régime li s'employait aussi dans le sens réfléchi.

D'après tout ce qui précède, il est bien constaté que le français de Joinville était une langue à deux cas, dont les règles étaient fidèlement observées : i" pour les mois masculins au singulier et au pluriel, 2* pour certains mots féminins au singulier seulement. Je vais montrer mainlenant qu'il y avait dans cette langue des mots neutres, dont le sujet et le régime ne difléraient pas, parce qu'en hiliii le nominatif de ces mots était semblable à l'accusatif.

Le lecteur remarquera, en elfet, un certain nombre de sujets singuliers qui n'ont pas Vs finale, par exemple : * il € est escrit (§3); c'est bien rcspondu{^^''26)\ ce fu mai dit (§ 29). s Or dans ces passages et dans tons ceux où le verbe être a pour sujet des pronoms comme il et ce, dont !e sens est indéterminé parce qu'ils ne tiennent pas lieu d'un substantif qui ait été exprimé auparavant, leô participes qui se rapportent à ces pronoms éluiiMit du genre neutre dans notre ancienne langue, et nom dii genre mas-

rr LA LANGLE DE JOINVILLE. XIX

culin. Là e:icore c'était le latin qui exerçait son influence, mais d'une autre manière que sur les mots masculins : les participes esc ri' , respondu, dit, ne répondaient point aux sujets singuliers masculins scriptus, rcsponsus, dictus, mais aux sujets singuliers neutres scriptum, responsiim, dictum, et par couséquent ils ne devaient pas conserver Vs tlnale qui représente la désinence us On pourrait objecter que le copiste du manuscrit du quatorzième siècle ne devait pas avoir conscience de cette règle, puisque son habitude l'entraînait neuf fois sur dix à supprimer ïs finale des sujets singuliers masculins. Aussi n'est-ce pas l'orlhograplie irrégulière de ce manuscrit qui fournit la preuve de ce fait, c'est l'orthographe des chartes de Joinville où l'on trouve, d'une part, plus de quarante participes neutres qui sont écrits au sujet singulier sans Vs finale, et de l'autre plus de huit cents exemples de cette consonne finale conservée dans les sujets singuliers masculins. Si donc des chartes, dont l'orthographe est généralement si correcte, présentent ces deux sortes de désinences au sujet singulier, il est conforme aux règles de la critique de chercher à des faits en apparence contradictoires une explication grammaticale, et de ne pas attribuer à l'étourderie ou à lignorance des copistes ce qui est au contraire la preuve de leur attention, en même temps que de leur aptitude à ne pas confondre les sujets répondant à des nominatifs neutres en um avec les sujets répondant à des nominatifs masculins en us.

Joinville lui-même observait cette règle, comme le prouve raposlille ajoutée de sa main au bas d'une charte du mois d'octobre liOi (.Archives de l'Allier), apostille qui se termine ainsi : < Ce fu escrit de ma mein. » On en trouve une autre preuve dans une note inscrite par lui au dos d'une charte du mois de septembre 1298 (Archives nationales, K i 155), contenant l'affranchissement des habitant^ -le Vaucouleurs par son neveu Gautier de Joinville. Qnoi(iue la charte mènic se ternoiae par la ratification qu'il a donnée à

XX NOTIONS sua LA GRAMMAIRE

cet affranchissement comme premier seigneur de Vaucouleurs, il a voulu écrire au revers du parchemin les mots suivants : « Ce fu fait çn.r moy. » Ces deux sujets neutres, escrit et fait, montrent assez que Joinville connaissait bien sa grammaire.

Puisque les participes escrit, respondu, fait et dit, que je viens de citer, étaient au neutre à cause des pronoms il et ce, il en faut conclure que ces pronoms étaient eux-mêmes au neutre, et qu'il y a lieu de considérer comme tels en général les pronoms dont le sens était indéterminé parce qu'ils ne tenaient pas lieu d'un substantif exprimé auparavant. 11 en est ainsi du pronom tout employé au sujet singulier dans une charte de Joinville : « tout demeure. > Si ce pronom ne se termine point par une s ou par un z, c'est parce qu'il répond au neutre totum et non au masculin totus. C'est aussi au neutre taie dépourvu de l's finale, et non au niasculin talis, que répond le pronom teil dans une autre charte de Joinville : « ce qui en seroil eschangié ree venroit en mon servaige teil comme il estoit davant. » On voit que dans ce passage la règle du sujet neutre, par une conséquence naturelle, est appliquée d'abord au participe et ensuite au pronom. Quand donc on trouve dans une troisième charte, € les iaues qui sont miein prope, » il faut reconnaître dans ce sujet dépourvu de l's finale un équivalent du neutre latin meum proprium. Le sens indéterminé qui caractérise tous ces sujets neutres autorise à considérer comme neutres les mêmes pronoms ou d'autres quand ils sont employés au régime sans se rapporter à un substantif précédent. Ainsi lorsque dans la même charte où le sujet neutre miein prope e&t caractérisé par l'abseuce de l's, on trouve avec le même sens indéterminé le régime leur prope, l'analogie oblige d'y reconnaître un neutre. On ne doit pas davantage hésiter à voir des neutres dans les mots au tour, au nostre, isolés de tout substantif ei signifiant par eux-mêmes à leurs frais, à nos frais; il faut égaJement déclarer neutre le proQom (^uoi employé avec je

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