‹ Histoire de Saint LouisChapitre 13 sur 261 · ET LA LANGUE DE JOINVILLK. XXI · texte numérisé non relu

ET LA LANGUE DE JOINVILLK. XXI

sens qu'il a aujourd'hui, et un autre pronom dont l'usagf. s'est perdu, quant que (du latin quantum quod) ou par contraction quanque, équivalent de tout ce que.

En dehors de ces pronoms à sens indéterminé, et de ces participes passés qui sont nécessairement au neutre puisqu'ils n'ont pas \'s au sujet singulier, on ne rencontre dans les chartes originales de Joinville que des traces extrêmement rares de ce genre, qui a disparu depuis longtemps du français moderne. La lettre de Joinville à Louis le Hulin contient un adjectif qui a été mis au masculin quoiqu'il soit en rapport avec un pronom neutre : « 11 est voirs (§ 854).» On trouve dans cette même lettre, deux lignes plus bas, c nous cuidiens que voirs fust, » et dans le Credo (§ 815), c sachiez que voirs estoit d.

On risquerait de tirer de ces trois exemples une conclusion trop ahsolue si l'on disait que les adjectifs ne se menaient jamais au neutre ; mais on y doit voir la preuve que l'accord avec le pronom neutre pouvait souffrir des exceptions quand il s'agissait d'adjeclifs, quoiqu'il n'en souffrit pas quand il s'agissait de participes. J'ai donc maintenu comme pouvant déiiver du texte original des leçons du manuscrit du quatorzième siècle oii l'adjectif bon semble avoir conservé le genre neutre, puisqu'il se présente au sujet sans Vs finale : c il iert bon (§ 167) ; bon seroit que (§ 4.65) ». A l'égard des substantifs, les exemples nombreux et concordants montrent que l'emploi du neutre, au temps de Joinville, était presque tombé en désuétude : aux nominatifs neutres de la bonne latinité comme donum, statutum, vinum et à ceux de la basse latinité comme bannum, bladum, doarium correspondaient les sujets dons, status, vins, bans, blés, douaires qui se terminaient de même que les sujets dérivés de nominatifs masculins en us.

Il existe cependant deux exceptions à cette règle dans les chartes de Joinville. La première est un sujet singulier qui n'a pas Vs finale parce qu'il répond à un nominatif neutre eu um, t ce que mestier sera *; la seconde est un régime

Wll NOTIONS SUR LA GRAMMAIRE

l'Iuriel (\d\ paiail plusieurs fois sans Vs finale jîtarce qu'il répond à un accusatif neutre en a, t cinc sestierc de bief», l.e manuscrit du quatorzième siècle conlienl cinq exemples du sujet singulier mestier (§§ 7â, 182, 264, 4.4-3 et 651), et deux exemples du mot paire (p, 139 et 572), écrit au régime pluriel, comme sestiere, sans Vs finale, parce qu'il répond aussi à un accusatif, neutre en a (paria). Il serait plus simple sans doute de considérer de telles exceptions comme des fautes échappées à un copiste inattentif, mais l'orthographe des chartes de Joinville mérite une telle confiance qu'il est plus sage de s'y conformer.

Il est nécessaire d'ajouter que ces exceptions ne se maintiennent pas d'une manière constante. Au sujet neutre mestier on peut opposer, dans le Credo (§ 846), le sujet masculin mesliers ; de même que dans les chartes le régime pluriel neutre sestiere, quoique répété jusiju'à sept fois, n'exclut pas le régime pluriel masculin sestiers, ni les pluriels féminins, sestieres, setieres et sextieres. Je puis signaler encore dans ces mêmes chartes l'emploi simultané, au sujet neutre singulier, de la forme qui et de la forme que, dont on ne se sert plus maintenant que pour le régime. Que doit-on penser de ces variations? Au lieu de les condamner comme des fautes et de les faire disparaître par des corrections systématiques, ne vaut-il pas mieux les respecter, et y voir un symptôme naturel de la double influence à laquelle notre langue n'a pas cessé d'obéir pendant plusieurs siècles? Pourquoi s'élonnerait-on qu'elle n'ait pas réussi à quitter en un jour les lisières de la déclinaison latine, pour passer tout d'un coup |à son allure définitive ?

11 était naturel au contraire que la transition se fît lentement et lal)orieusement, à travers les obstacles des règles anciennes, que l'on continua d'appliquer par routine, longtemps après avoir cessé de les comprendre. Ainsi s'opéra de siècle en siècle, et par des changements insensibles, cette transformation d'où est sortie enfin une grammaire

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