XXXIV NOTIONS SUR LA GRAMMAIRE
prement dits, il y a des verbes qui en s'accouplant avec d'autres verbes amènent, pour la conslruclion de certains mois, des combinaisons qui n'étaient pas autrefois celles que l'on préfère aujourd'hui. On disait : « qu'i les venist « secourre (§ 8i); se alerent logicr (§ 84.); que il se vou- « sist traire arieres (§ 85j ; nous ne le peumes onques <i vaincre (§ 652) ; vous ne vous devez pas agenoillier « (§ 601) ». Aujourd'hui l'usage le plus habituel est de rapprocher le pronom de l'infinilif dont il est le régime, en disant : « qu'il vînt les secourir, allèrent se loger, > etc. A plus forte raison nous déplacerions les pronoms suivants : « Sa gent me commencierent.à escrier(§ 155) ; ne s'averoit « pooir de deffendre (§ 585); il se vouloit aler ferir (§ 210) ; « il ne Tavoit fait que bouter (509). » Comme exemple de constructions tombées en désuétude, je citerai encore; « il ne les pooient plus forz faire (§ 361) », au lieu de : c ils « ne pouvaient les faire plus forts». Il y a au contraire des verbes qu'il faut, aujourd'hui encore, faire précéder comme autrefois du pronom servant de régime à l'un des deuxverbes accouplés : a il ne m'i lairoit jamais aler (§ 431) ; a vous ne me lairés veoir mon signour (§ 605) ; nous nous « iessons touz tuer (§ 319) ; il w'a fait agenoillier (§ 601); « je les fiz venir mangier en mon hostel (§ 595). » Cependant, lorsque le premier verbe était à l'impératif, il ne pouvait pas plus qu'aujourd'hui laisser le premier rang au pronom : < alons li encore prier (§ 660; ; venés à moij e aidier (§ 277) ». Quand par une inversion l'inOnilif se plaçait avant l'autre verbe, le pronom régime se plaçait entre deux : < oster le devons (§ 41) ; faire le devez (§ 62) ; i: quant vi que penre nous escouvenoit (§ 320) ». Quand le régime n'était pas un pronom, il pouvait se placer entre les deux verbes accouplés quels qu'ils fussent, ou même entre le verbe auxiliaire avoir et le participe passé : € je t li ferai la teste don patriarche voler en son gcron (§ ".6\} ; « li clers qui aidoit la messe à chanter (§ 589); quant il if vouloit aucune chose affermer (§ 686); se Mahomcj leur
KT Li LANGUE DE JOINVILLE. XXXV
€ eu3t tant de meschiéf soufert à faire (§ 367) ; tant que t vous aies touz les feus de céans estai ns (649) >.
Verbes composés. Presque foutes les particules qui entrent aujourd'hui dans la composition des verbes font corps avec eux, et ne peuvent pas s'en détacher. Cependant l'usage autorise encore à dire : « il s'en est allé, il s'en est venu, allez-vous-en, venez- vdus-cn d. Nous dirions bien encore comme Joinvilie : c il courent toujours sus aus plus febles (§ 166) > ; mais nous ne dirions plus : « nous iriens SMS courre à plusours Turs (§ 220); il nous vindrent sus courre (§ 2:22). n La particule en n'était pas toujours soudée aux verbes ftiir, mener, porter, en sorte que l'on disait : € qui s'en estoit luis (§ 229); et en ot menei la nef (§ 137) ; c je n'en vouloie porter nulz deniers à tort (§ 112) i, au lieu de : enfuis, emmené, emporter. La particule re, qui aujourd'hui ne se combine plus avec le verbe avoir qu'à l'infinitif, pouvait se combiner aussi à l'indicatif et au subjonctif; elle formait les mêmes combinaisons avec le verbe aller, et pouvait se joindre au verbe estre au moins dans refussent : l'exemple qu'on en trouve dans Joinvilie prouve aussi qu'elle conservait une certaine mobilité, puisque au lieu de dire « que les neis fussent rechargies », on pouvait la détacher du participe et la transporter à l'auxiliaire : « que les neis refussent chargies(§ 146) >. C'est ainsi qu'on lit ailleurs : c recuidierent passer (§ 235), li marcheant les f revenoient vendre (§ 280) », au lieu de : « cuidierent re- € passer, venoient revendre ». Ce qu'il faut noter surtout, c'est que cette particule exprimait souvent une idée de réciprocité. Ces paroles : < j'ai oy vostre avis, or vous redirai t je le mien (§ 628) », ne signifient pas « je vous dirai une < seconde fois le mien », mais « je vous dirai à mon tour ( le mien ». Je citerai encore les verbes < ranterroit c (§ 82), refirent (§ 496), rcfesoient '^ 607), se ragenoilla € (§601) », qui signifient : eufrerojf à son tour, firent ou faisaient à leur tour, s'agenouilla à son tour-