PREFACE. V
> je vous sais bien bon gré de ce que vous m'avez con- » seillé ; mais ne le dilos à personne loute celle semaine
Quoique saint Louis eût usé d'un droit incontesté en adoptant ainsi une opinion contraire à celle de son conseil, quoiqu'il pût même se dispenser de le consulter lorsque, selon l'expression de son historien, « il voyait le droit tout I clair et évident (§ 669), > il est certain qu'il avait pour habitude de demander avis avant de prendre une détermination de quehjue importance. Il ne faisait en cela que se conformera l'usage général, et réclamer l'accomplissement de l'un des devoirs qui étaient imposés à ses vassaux comme à ceux des autres seigneurs. Tout suzerain, en effet, pouvait exiger de ses hommes qu'ils l'aidassent de leur conseil aussi bien que de Icurépée. C'est en veilu de ce principe que sous le régne de Philippe-le-Bel, quand il fut question de convoquer les premiers Etats généraux, on recourut aux listes qui avaient servi jusque-là pour convoquer aux expéditions militaires ^ L'a/rfe du conseil était donc une des habitudes de la vie féodale, et Joinville en rapporte plus d'un exemple. Lui-même, au moment dèire fait prisonnier par les Sarrasins, demanda conseil pour savoir s'il fallait se rendre aux galères du soudan ou aux troupes de terre. Il soumit la question, non seulement à ses chevaliers, mais à ses gens, qui avaient le même droit à être consultés puisque leur vie était aussi en question , tous déi idérent qu'il valait mieux se rendre aux galères ;§ 318). Il y eut pourtant un opposant; « c'était le cellerier de Joinville : c Je suis d'avis, dit-il, que nous nous lais- » sions tous tuer ; ainsi nous irons tous en paradis (§ 319). »
Si Joinville ne se contenta pas de prendre conseil de ses chevaliers, c'est parce que, pesant devant Dieu ses devoirs
1. II. Eugène de Stadier a consacré à la .«oliition de cp problème lii(toriqu4 un savant ouvrage qu'il
n'a pu faire (.■araitro di> son vivant, mais qui «st actuelleineni sou> presse.