Dictionnaire de la langue françaite, p. xlix
i. Mémoire sur la langue de Joinville, lome XXVI des Mémoires de l'Académie des Inscriptions ; — Jean, sire de Joinville, Histoire it saint Louis, Cndo el Lettre é
Louis X, Paris, Firmin Didol, 1874, pages 516 à 5â0. C'est à cette édition lu'il faut recourir pour connaître les variantes des nianus<'rits, et pour vérifiiT les citations tirée* de la Lettre à Louii X et du Credf de Joinville.
XJl NOTIONS STJR LA GRAMMAIRE
les 11 serait superflu de revenir sur cette question, et j'aborde immédiatement l'exposé delà grammaire de Joinville.
Les deux cas qui se sont conservés jusqu'au commencement du quatorzième siècle dans un grand nombre de mois de noire vieux français, étaient usités surtout pour les substantifs masculins, et calqués sur le nominatif et l'accusatif de la seconde déclinaison en us.
On écrivait peuples avec s finale : 1» au sujet singulier à cause de populus, 2° au régime pluriel à cause de populos; on écrivait peuple sans s finale : 1° au régime singulier à cause de populum, "1° au sujet pluriel à cause de populi.
La même orthographe s'appliquait à des substantifs masculins qui suivaient en latin une déclinaison tout à fait différente : ainsi on écrivail frères au sujet singulier avec une s dont frater était dépourvu, et frère au sujet pluriel sans Vs du latin ficaires.
D'autres substantifs masculins, dont le nominatif singulier avait en latin une syllabe de moins que l'accusatif, avaient trois formes différentes : une pour le sujet singulier : cuens, hons, Icrres (en latin cornes, homo, latro);nne pour le régime pluriel : contes, homes, larrons (en latin comités, homines, latrones) ; une pour le régime singulier et le sujet pluriel, conte, home, larron (en latin comitem ei comités, hominem et homines, latronem et latrones). La forme des sujets singuliers hons et lerres prouve que, conformément à la règle ordinaire, ces mots pouvaient [irendre une s finale quoique les nominatifs latins homo et latro en fussent dépourvus; mais à cause de l'étyraologie latine, on pouvait aussi, sans ajouter cette s, écrire honi ou lion et lerre. Au contraire, le sujet pluriel restait toujours dépourvu de celle finale, malgré la forme des nominatifs pluriels comités, homines, latrones.
Quelques substantifs masculins restaient invariables })ai'ce que leur radical se terminait par s ou z, conmie cas, mois,palaiz, sens.
l,çs substaniifs fémiiyns terminés par un son plein pre-
et LA LANGUE DE JOINVILLE. XIB
naient Vs finale au sujet singulier (raisons) et la perdaient au régime (raison) ; mais au pluriel l's finale s'employait pour le sujet comme pour le régime.
Quant aux substantifs féminins terminés par un e muet, ils se comportaient déjà comme aujourd'hui, n'ayant qu'une forme pour le singulier {chose) et une autre pour le pluriel (choses), sans distinction du sujet et du régime.
Il y avait aussi des substantifs féminins qui restaient invariable» parce que leur radical se terminait par 5 ou z, comme crois, foiz, pais.
Eniin, dans le texte de Joinville, certains substantifs féminins se présentent sous une seule forme au singulier, quois(ue leur radical ne les empêchât pas d'en avoir deux : ainsi gent et riens restaient invariables au singulier quoiqu'il eût été plus régulier de mettre (ce qui se rencontre dans certains textes) gens au sujet, et rien au régime.
Les adjectifs, les participes passés et les participes présents (qui étaient restés variables comme en latin) suivaient les règles applicables aux substantifs de leur genre. Mais il faut savoir que les adjectifs qui avaient en latin une forme unique pour les deux genres (comme grandis) ne prenaient pas Ve muet au féminin ; on disait donc indistinctement : € de ses granz chevaleries et de ses granz faiz d'armes (§2) >. Ces sortes d'adjectifs, en tant que féminins, avaient une forme unique pour les deux cas du pluriel ; en tant que masculins ils s'écrivaient grant au sujet pluriel et granz au régime. k\x singulier, granz ou grans au sujet et grant au régime servaient pour les deux genres. De là grand tnere, grand messe, qui subsistent dans la langue moderne, mais qu'on ne devrait pas imprimer grandmère, grand'messe , puisque jamais on n'a dit grande mère, grande messe.
Le lecteur a pu remarquer que dans cette dt3clinaison i deux cas des substantifs masculins, il y avait presque toujours une forme servant à la fois pour le sujet singulier el le régime pluriel, puis une autre pour le régime singulier JuiNviLLK. Histoire de saint Luuii. It
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KOtlONS SUR LA GRAMMAIRE
et le sujet pluriel ; mais la confusion qui pouvait en résulter disparaissait toutes les fois que l'article était joint au substantif, parce que l'article masculin avait trois formes qui, en se combinant avec les deux formes des substantifs du même genre, produisaient quatre combinaisons distinctes.
Singulier, sujet : li peuples; Pluriel, sujet: li peuple;
régime : le peuple.
régime : les peuples.
Au féminin, au contraire, il n'y avait, comme aujourd'hui, qu'un seul article pour le sujet et le régime, la au singulier, les au pluriel.
La conlraclion des articles le et les avec les prépositions de et à produisait au singulier dou et au; au pluriel, des et OMS. Les mêmes articles se contractaient aussi avec la préposition en, et devenaient au singulier ou, eu et el ; au pluriel es. L'article la ne se contractait jamais, tandis que les contractions du pluriel {des, aus, es) appartenaient au féminin comme au masculin.
11 serait superflu d'entrer dans les mêmes détails sur d'autres mots (adjectifs ou pronoms) dont la déclinaison pouvait se combiner avec celle des substantifs ; je me contenterai de présenter le tableau de cette déclinaison, en le faisant suivre de quelques observations.
Su
ijct
Hégirae
Sujet et ré^'ime
masculin.
masculin.
fdiuiiiiu.
Sing.
mes, tes,
ses.
mon, ton, son.
ma, m', ta, t', sa, s'
Plur.
mi, ti.sioMsui.
mes, tes, ses.
mes, tes, ses.
Sing.
miens,...
siens.
mien, tien, sien.
moie,... seue.
Plur.
mien,...
sien.
miens,... siens.
seues.
Sing.
nostre.
nostre.
nostre.
Plur.
nostre.
nos.
nos, les nostre».
Sing.
vostre.
vostre.
vostre.
Plur.
vostre.
vos, voi.
S. et
pï
. lour.
lour.
lour.
Sing.
cel, celi.
ceie, ceU«.
Plur.
cil, icil
ceu-!.
celles.
r:T U LANGOE DE JOINYlLf.r
Sing.
Plur.
Sing.
Plur.
Sing.
Plur.
Sing.
Sing.
Plur.
Sing.
Plur.
Sing.
Plur.
Sujet masculin.
cis.
cist.
uns.
un.
aucuns.
aucun.
chascuns.
autres.
autre.
nulz, nus.
nul.
tous, touz.
tuil.
Rc'jinic masiiiliu.
ce.cest, cesti, cestui.
ces.
aucun.
aucuns.
cliascun.
autre, autrui.
autres.
nul, nulli, nullui.
nulz.
tout.
tous, touz.
Sujet et reVinii féminin, caste, ces.
une.
unes, aucune, aucune».
autres.
nulle.
nulles.
toute.
toutes.
dans I ariicle la (m'esaicle, sarbaleste)
On rencontre une fois dans les chartes de Joinville le sniel Singulier nostres avec Vs finale ; mais rortho-raphe nostrey est plus fréquente. C'est la seule qui s'e,npTov au sujet pluriel masculin; au régime on préférait no^ excepte apr s l'article : ainsi une charte de JoinvX c h tient avec les nostres sees au lieu de avec nos sceaux ^eanmolns dans le Credo, Joinville a dit les nos chars Mien, comme npstre, pouvait se joindre à un substantifuns miens escmers, un mien- roncin {i '>-'>Q)- nW^< m\ trouve aussi les pronoms la seue, U miens elles nostrl non SUIVIS d'un substantif (§ .37, .19 et 265)
Lotir au sens possessif, était invariable au treizième «lecie, a cause de l'étvmologie illorum
Au régime masculine.//, les chartes permettent d'ajouter celui équivalent de cestui ; de plus elles contiennent pou le regnne femimn (outre celé et celle qui servaient aussi pour le sujet), les fo,-mes celi, celli et tceli. Les ré^ûne celi et iceli, qui dérivent par contraction de ^cJ illi étaient communs aux deu.x genres, comme l'est encore, aii