LES ANCÊTRES DE LA FAMILLE MOREAU DE SAINT-LUC
mort de son père, et vint se fixer à Saint-Jean, île d'Orléans, où^ en 1731, il épousa Jeanne Audet-Lapointe, appartenant à une ancienne et nombreuse famille alliée à la famille Terrien.
Ils y vécurent tous deux plus de vingt ans, probablement comme agriculteurs, et y firent baptiser presque tous leurs enfants.
Ils remontèrent encore le fleuve, cependant, et s'établirent à Saint-Ours, où ils marièrent plusieurs de leurs enfants, et oii Ignace-François mourut et fut inhumé, à 71 ans, en 1771.
L'un de leurs fils s'appelait Jean. C'est notre bisaïeul Jean Moreau. Il naquit, vers 1743, selon toute apparence à Saint- Jean, île d'Orléans, où ses frères et sœurs plus âgés et plu» jeunes furent baptisés. Les registres de cette paroisse ayant été perdus, il nous est diflîcile de donner exactement la date de sa naissance.
Jean Moreau, après avoir quelque temps vécu à Saint-Ours^ avec ses parents, se maria, à Varennes, le 12 janvier 1761, à Louise Brodeur, fille de J.-Bte Brodeur et de Marie Viau.
Feu le grand vicaire Hypolite Moreau, notre oncle, afl[irme dans la généalogie inédite de notre famille que son aïeul, Jean Moreau, demeurait déjà à Laprairie, lorsqu'il alla se chercher une femme à Varennes.
Jean Moreau et Louise Brodeur vécurent d'abord vers la Pinière de Laprairie, puis à l'est de la Petite-Rivière de Montréal, sur la terre aujourd'hui occupée par M. Samuel Brosseau^ et où se trouve la station du Grand-Tronc, à l'Acadie, où ils furent encore de Laprairie. Il connaissait sans doute, par luimême ou par son père, la plupart des terres du sud du fleuve^ et il sut se fixer sur quelques-unes des meilleures.
Cependant, ils ne firent pas baptiser leur premier enfant, à Laprairie ; mais, en revanche, ils y en firent baptiser 16 autres^ de 1763 à 1784.
Ils perdirent sept de leurs enfants, et en élevèrent dix, tous grands, gros et forts, quatre fils et six filles, qui se marièrent tous.
Leurs fils s'appelaient Jean-Baptiste, Raphaël, Hippolyte^ nous en parlerons en trois chapitres distincts, et Augustin,.
qui, bien que marié deux fois, à Saint-Luc, n'a pas eu d'enfant.
C'étaient des hommes paisibles, à Tesprit droit, attachés aux pratiques de TÉglise, et d'une haute respectabilité.
Leurs filles étaient : Marie, mariée à Michel Morin, à Laprairie, en 1782, et ancêtre des deux pères Nolin, jésuite et oblat ; Eupbrasine, mariée à François Ménard, à l'Acadie, en 1787, puis à Xavier Lamarre, tous deux de Chambly ; Rosalie, mariée à J.-Bte Terrien, à L'Acadie, en 1788, (et que l'on dit être l'ancêtre de certains apostats du nom de Terrien, nés au comté d'Iberville) ; Archange, mariée à Henri Côté, à l'Acadie, €n 1792 ; et enfin, nos deux grand'tantes Françoise, mariées toutes deux le même jour, à l'Acadie, le 26 janvier 1801, l'une dite l'aînée, à Antoine Lagiie, et l'autre dite la cadette dans l'acte, mais plus souvent appelée Louise, à Pierre Nolin.
Notre grand'tante I^agiie est l'aïeule maternelle du père J.-Bte Nolin, jésuite, et de son firère, ex-curé de Quyon.
De la Petite-Rivière, Jean Moreau et Louise Brodeur passèrent en 1778, à la Grande-Savane, sur la terre qu'ils avaient eue d'échange de Pierre Brosseau, et, enfin, en 1784, au Côteau-des-Hêtres.
Louise Brodeur était de haute taille, forte et brave. Elle était, de plus, bonne ménagère et bonne chrétienne.
Notre aïeul, Raphaël Moreau, nous a souvent parlé de sa mère et nous a raconté entre autres choses que, un jour, elle battit trois soldats.
Les anciens se rappellent que, autrefois, il y avait, à Saint- Luc, des casernes, près de la Côte-à-Gladu, entre la Petite-Rivière et le chemin de la Côte-Saint-Louis-de-Gonzague. Notre père même en a vu les masures.
À l'époque de la guerre de l'indépendance des États-Unis, et jusqu'au traité où l'Angleterre les reconnut comme nation, il y avait toujours des troupes anglaises à ces casernes. Elles gardaient le passage de' Saint-Jean, ou de Chambly à Laprairie.
Après les exercices, les soldats rayonnaient dans les campagnes environnantes. Il leur était sans doute défendu de faire du mal à qui que ce fut ; mais, ils se donnaient parfois le malin plaisir de taquiner les gens et de leur faire peur.