‹ Histoire de saint Martin, évêque de ToursChapitre 10 sur 155 · Hazas, Hist. deFr · texte numérisé non relu

Hazas, Hist. deFr

2« Sttip. Set. f de V< B. H. , n. 3.

Il s'avance donc au pied du tribunal où Jules est assis. « Jusqu'ici, lui ditril, j'ai servi sous tes ordres. Souffre que maintenant je serve sous les ordres de Dieu. Que celui qui a dessein de com])attre reçoive tes libéralités. Pour moi, je suis soldat du Christ; il ne m*est plus permis de combattre. » A ces paroles , le césar , frémissant de colère , lui dit que c'est la crainte de la bataille du lendemain , non la religion qui le porte k se retirer du service. Martin ne se déconcerte point: loin de là , son courage redouble en proportion de la frayeur qu'on veut lui inspirer. « C'est donc à la lâcheté , répond-il , et non à la foi qu'on attribue ma démarche ; eh bien ! demain je me placerai sans armes devant le front de l'armée, et, au nom du Seigneur Jésus , n'ayant d'autre défense que le signe de la croix, sans bouclier ni casque, je pénétrerai avec assurance au milieu des escadrons ennemis. r> Il est pris au mot et jeté en prison pour être le lendemain exposé sans armes aux coups des Barbares. Voilà bien , ce nous semble , le type héroïque de la bravoure chrétienne, reproduit plus tard, avec tant d'éclat, par les chevaliers du moyen-âge.

Le lendemain, les Barbares envoyèrent demander la paix, se remettant corps et biens à la discrétion des Romains. Comment ne pas voir là une victoire remportée par notre bienheureux? Elle eut sans doute pour but de lui éviter d'être envoyé sans armes au combat. Notre miséricordieux Seigneur aurait bien pu certainement défendre son soldat au milieu des épées et des traits de l'ennemi ; mais il ne voulut pas que la mort des autres affligeât les regards du saint. Il aima mieux détruire le motif du combat. Aussi bien, empêcher des hommes de périr , soumettre les ennemis sans effusion de sang, c'est là la seule victoire que le Christ dut accorder à son soldat. Ce succès inattendu changea le cœur de Jules. Martin fut mis en liberté et reçut son congé* Martin voulut ,

— ledit \ine Wgende citée plus haut, emmener avec lui son écuyer IWmétrius. Mais celui-ci, pour le moment, préféra rester àl'armée. De Worms, Martin, h ce qu'il semble, s'achemina vers Trêves. Le siège épiscopal de cette ville était occupé par saint Maximin , avec lequel il contracta une étroite liaison * . Us se voyaient souvent, dit une légende, et s'entretenaient ensemble des choses de Dieu. Voici, à ce sujet, un naïf récit, qui peut-être ne trouvera pas grâce devant des lecteurs du XIX* siècle.

Saint Maximin voulut faire un voyage à Rome. Car c'était sa coutume de visiter les mémoires des saints et d'implorer leur secours par de ferventes prières. Il prit saint Martin pour compagnon. Absorbés • tous deux dans la pensée des choses divines et dans une conversation pieuse , ils ne sentaient point comme les autres la fatigue du chemin. Ils arrivèrent ainsi près d'un bourg, où Martin se rendit pour acheter des vivres , laissant à Maximin la garde de leur petit bagage que portait un âne chargé de ses paniers. Saint Maximin , vaincu par la lassitude, céda au sommeil. Tandis qu'il dort, un ours sort d'un bois voisin , se jette sur l'âne, l'emporte et le dévore. Martin arrive, éveille Maximin et lui dit : Qu'as-tu fait , frère Maximin? — Surpris par le sommeil , dit l'évéque, je me suis couché un moment ici. — Et notre âne , reprend Martin, où est-il? — Je ne sais, répond Maximin. Saint Martin alors lui montre à quelque distance la bête qui l'a dévoré. — Eh bien! dit Maximin, cet ours s'est préparé à lui-môme une avanie. Puis s'adressant à l'animal féroce , au nom de Jésus-Christ : — Viens , suis-moi. Pourquoi n'es-tu pas resté en repos ? Comment as-tu pu agir si sottement que de ne pas même épargner le pauvre âne qui portait nos ba-

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