‹ Histoire de saint Martin, évêque de ToursChapitre 11 sur 155 · ActaSS. , 29 mai, Vit. S. Max. — Surius, ibid · texte numérisé non relu

ActaSS. , 29 mai, Vit. S. Max. — Surius, ibid

gages. Je te rordonne donc, ce qu*il faisait , fais-le toi-même à sa place.

En même temps , il le charge du fardeau que Tâne avait porté. Chose merveilleuse I L'ours se prête à tout sans gronder, et les accompagne avec une parfaite obéissance jusqu'au seuil de Tapôtre Pierre. Après y avoir fait leur prière et honoré les reliques des saints , les deux pèlerins se remirent en route pour retourner à Trêves. Ils arrivèrent au village nommé Urseria , qui est sans doute le bourg d'Ursel , situé sur la rive droite du Rhin , entre Worras et Mayence. L'ours était encore avec eux et portait leurs paquets. Maximin lui dit : « Va-t-en où tu voudras , mais garde-toi de faire mal à qui que ce soit. Ne nuis à personne et personne ne te pourra nuire. » Martin, avant de quitter son hôte, lui recommanda Lubentius, son fils spirituel, qu'il avait sans doute converti ou relevé des fonts sacrés, et le pria d'instruire ce jeune homme. Saint Maximin se rendit à son désir. Il instruisit Lubentius dans les saintes lettres, l'ordonna prêtre dans la suite et le plaça dans un bourg appelé Gubrunum. Les moines du monastère de saint Maximin conservaient encore , il y a deux siècles , parmi leurs reliques , les bâtons de voyage des deux pèlerins.

Saint Maximin de Trêves mourut en 348.

Un fait absolument semblable à celui qu'on vient de lire est raconté dans la vie d'un autre saint. A la place de. notre saint Martin , des critiques modernes mettent ici saint Martin de Mayence , qui , en effet , occupait alors le siège épiscopal de cette ville. Cette opinion nous paraît assez vraisemblable. Il n'est pas rare, en effet, de voir les légendaires attribuer à un saint célèbre les actions des saints du même nom. Cependant nous avons eu scrupule de supprimer le récit précédent, parce que nous l'avons trouvé dans tous les auteurs avec le

nom de saint Martin de Tours*. Du reste» la liaison de notre saint avec saint Maximin est attestée par un légendaire qui ne dit rien du miracle de l'ours. Saint Maximin avait pour frère saint Maixent, évéque de Poitiers. Cette parenté put bien n'être pas sans influence sur la détermination qui» comme nous allons le voir , conduisit saint Martin dans cette ville.

A cette époque , nulle école catholique , nul ordre religieux même n'était encore régulièrement constitué. Mais les grands hommes qu'enfantait- l'Église suppléaient au défaut des grandes institutions, pour l'établissement desquelles le sol n'était pas encore suffisamment affermi et ne devait même pas l'être de sitôt. Aussi, autour de chaque illustre pontife, autour de chaque moine renommé, voyait-on se grouper un essaim d'âmes attentives à recueillir leurs leçons et leurs exemples. Chose presque inouïe de nos jours où subsistent encore de grandes institutions , mais où les personnages se sont amoindris : auiv® siècle, des hommes faisaient école et avaient des disciples. 11 était même peu d'évêques, de docteurs, ou de saints qui ne se fussent formés sous la direction d'un maître. Dieu en avait préparé un pour saint Maitin. A Poitiers vivait un homme dont la foi et la science dans les choses de Dieu étaient dès lors éprouvées et reconnues. Né à Poitiers même, d'une des plus illustres familles de cette ville, il avait, dans sa jeunesse , étudié avec succès les sciences profanes , et particulièrement l'art de l'éloquence , dont il avait pris pour modèle le style de Quintihen. Il avait fait plus ; encore païen il s'était élevé par la réflexion et la lecture des livres saints à la connaissance parfaite de la foi chrétienne ; il l'avait embrassée avec joie et avait reçu le baptême. 11 était marié. Sa femme l'avait suivi dans la foi avec une fille unique nom-

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