Rohrbacher, Hist. Eccl
qui ne le sont pas; d*y voir même parmi les prêtres et les évêques des esprits ambitieux, superbes , corrompus, légers, superficiels, n'ayant du christianisme que Textérieur, et ne s'en servant que dans des vues humaines. Il y a eu de cette ivraie parmi les apôtres, il y en a eu parmi les premiers fidèles, il y en a eu dans les trois premiers siècles, il y en avait au rv', et ily en avait beaucoup. Témoin, l'hérésie arienne, ainsi appelée du nom de son auteur, le prêtre Arius, qui niait la divinité de Jésus-Christ.
Ce qui distinguait surtout ses sectateurs, c'était la violence. A Alexandrie, les vierges consacrées à Dieu furent maltraitées, les moines foulés aux pieds et battus à mort, les sanctuaires profanés, les églises pillées et livrées aux flammes par Tévéque arien. Quand les évêques de cette secte trouvaient quelqu'un qui détestait leur hérésie, ils le faisaient fouetter, emprisonner ou bannir. Un grand nombre de personnes s'enfuyaient dans les déserts plutôt que de tomber entre leurs mains.
A l'époque où saint Martin revint dans son pays , l'hérésie arienne pullulait dans le monde entier, mais surtout dans rillyrie *, dont la Pannonie formait une province. En eflet, parmi les plus fameux évêques qui condamnèrent saint Athanase , au concile arien de Tyr , se faisaient remarquer Ursace de Singidon et Valens de Murse , deux villes de Pannonie. Ces deux évêques étaient des premiers disciples d' Arius.
Presque seul défenseur de la foi catholique dans cette contrée, Martin, n'en combattit pas moins avec une hardiesse incroyable la doctrine erronée des prêtres de son pays. Car c'était toujours par le clergé que l'hérésie pénétrait dans les populations. Son zèle obtint sa récompense. Accablé d'abord
d. Sulp. Sev., DeV. B. M. ,n.4.
ào mnuvais traitomcnts, il est ensuite publiquement battn de verfçes. I-res fouets cruels, dit le poète, sillonnent les dmirs membres du jeune saint. Il endure le supplice infligé jadis an Christ; mais cette peine si rigoureuse lui est rendue légère par le nom de celui qu'il aime.
Ainsi, la flagellation même n*a pas manqué à la ressemblance du saint avec son divin modèle. Il est enfin condamné à sortir de la ville • .
Martin regagnait l'Italie. Selon sa promesse, il voulait rejoindre son maître. Mais, quelle nouvelle apprend-il en chemin? La violence des hérétiques, qui vient de le chasser lui-môme de sa ville natale , a contraint aussi saint Hilaire à s'exiler de h sienne; et Téloignement de cette grande lumière a jeté les églises de Gaule dans la confusion.
Telles étaient les agiuuions de cette époque essentiellement théologique.
Ne prévoyant pas la fin de cette tourmente, le saint se résolut à rester h Milan, et d'y construire un monastère •.
Saint Athanaso avait, le premier, fait connaître à l'Occident la vie proprement monastique. Jusqu'alors, les moines y étaient ou inconnus ou méprisés , surtout à Rome , ville de luxe et de plaisirs. Mais quand l'illustre docteur, vers 340, vint se réfugier auprès du pape Jules, il était accompagné de deux moines distingués , Ammonius et Isidore. L'un absorbé dans les choses divines , ne daigna voir aucun des superbes monuments de Rome , et ne visita que l'église de Saint-Pierre et de Saint-Paul. L'autre, par sa sagesse et une aménité toute céleste , fit une impression si profonde sur tous les cœurs , que des païens mêmes l'aimaient. Dès lors , beaucoup de Romains
4. Sulp. Sov., Do V. B. M. , ibid. — Sozom. , 1. 3 , c. 44, 2. Sulp Sev. , ibid. — Sozom. , ibid.
imitèrent leur vie. De Rome , Tétat monastique se répandit bientôt, toujours par Âthanase, dans les Gaules. Il entretenait avec les moines de ces pays un commerce assidu , et écrivit pour eux la vie de saint Antoine. Cependant, au témoignage d'un historien grec de ce temps-là * , on n'avait point vu en Occident de communauté de philosophes, ou moines, avant saint Martin. En effet, Rome ne posséda pas de solitaires assemblés dans une même maison avant l'époque où saint Jérôme y vint, sous la fin du pontificat de Damase. C'est donc à juste titre que saint Martin est appelé le père des moines, ou mieux, des cénobites d'Occident.
Des disciples qu'il reçut à Milan , deux seulement nous sont connus. L'un, originaire de Milan même, et d'une famille illustre, sortait presque du berceau . Il se nommait Maurilius '. Martin l'instruisit dans les saintes lettres. L'usage de recevoir les enfants dans les monastères était en vigueur en Orient. Saint Rasile , vers cette époque , écrivait dans sa règle : « Comme le Seigneur dit : Laissez venir à moi les petits enfants ; comme l'apôtre loue celui qui apprit les saintes lettres dès son' enfance , et ordonne d'élever les enfants dans l'éducation et la morale du Seigneur, nous pensons qu'on peut recevoir à tout âge ceux qui se présentent au monastère ; d'abord ceux qui sont privés de leurs parents , et que nous recueillons de nous-mêmes pour devenir , à l'exemple de Job , les pères des orphelins; ensuite ceux que leurs parents nous amènent, et que nous recevons en présence de plusieurs témoins. »
Dans les monastères de Saint-Pacôme , il y avait des vieillards, des enfants , des personnes de toute condition. A la fin du même siècle, saint Augustin recevait aussi, dans son