‹ Histoire de saint Martin, évêque de ToursChapitre 2 sur 155 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

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Xous croyons devoir placer ici quelques détails historiques sur la contrée qui a donné le jour à saint Martin , la Pannonie , cette terre , dit un iK)ëte , ingrate et stérile d'où est sorti cependant un fruit si précieux.

Les historiens grecs se sont très-peu occupés des régions qu on a depuis n^^mmées Pannonie. Ils ne les connaissaient pas du fout ou n'en avaient que des notions tout à fait fausses. Quant aux auteurs romains et gréco-romains, ils n;î mentionnent pas rétat primitif de la Pannonie cl de ses habitants , soit qu'ils manquassent de donii;''es a ce sujet , soit que la choseleur parût sans intérêt. Aussi, l'histoire

de la Pannonie, avant l'arrivée de Romains , est-elle plongée dans des ténèbres profondes que les plus grands efforts de la science et de la critique n'ont pu dissiper. Ce n'est guère qu'une probabilité, qu'une vraisemblance que les premiers habitants ont .été Illyriens et Celtes. Plus tard y immigrèrent d'autres peuplades : Tapodes , Hiperboréens , Pannons , etc. Toutes ces familles sont comprises sous le nom générique de Pani:ioniens ou Pannons, mais on n'est pas encore parvenu à préciser l'origine du nom de Pannonie.

L'histoire de ce pays ne devient intéressante qu'à l'arrivée des Romains sur ses frontières. Octave entreprit , comme triumvir , la première expédition guerrière contre les Pannoniens. Après avoir vaincu les Tapodes , il lança ses légions sur les Pannoniens, sans avoir été provoqué par eux ; il suivait en cela le principe romain de tenir toujours les légions en haleine et de les faire vivrt» aux dépens d'autfui. La volonté du plus fort était alors la seule raison de guerre. L'asservissement de la Pannonie fut consommé par la conquête de la ville de Siscia, située entre la Vulpa et la Save. Octave, retournant à Rome, confia le gouvernement de la Pannonie à Fulvius- Germinus qui justifia ce. choix en repoussant les Ségestains tombés sur lui à l'improviste.

Plus tard , mais encore sous Auguste , toute l'Illyrie et avec elle la Pannonie , prit les armes contre les Romains. Suétone dit que, depuis la guerre

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punique , celle-ci fut la plus dure de toutes , si Ton excepte les guerres civiles. Ce n'est qu'après une lutte acharnée de trois ans , ce n'est qu'après avoir déployé la force gigantesque de quinze légions, que Tibère parvint à dompter les ennemis de Rome. La cause du soulèvement avait été la répugnance des Dalmates à payer l'impôt. Après cette lutte sanglante , l'histoire de la Pannonie se perd dans l'histoire romaine. La Pannonie devint, dès lors, le théâtre des faits et forfaits des légions romaines. Tibère la façonna à la manière des autres provinces subjuguées par les Romains , et trois légions , dont le nombre fut plus tard augmenté , s'établirent dans la Pannonie , le long de la rive droite du Danube , pour garantir l'empire des invasions des Barbares. Toutefois les légions oubliaient souvent cette destination. Le vol menaçant de leurs aigles , au lieu de franchir le Danube , se retoui^na plus d'une fois vers leur nid , c'est-à-dire vers Rome. Alors , les légions pannoniennes déployaient une opiniâtreté étonnante , comme si le sort de la ville éternelle n'eût été confié qu'à leurs armes.

Quand Tibère parvint à l'empire, ces légions se soulevèrent sans autre motif que la perspective d'une licence effrénée et l'espoir d'un butin facile à amasser durant une guerre civile. Percennius etFigulenus furent les auteurs et chefs de la révolte. Drusus parvint à étouffer cet incendie. Il céda sur quelques points , employa la persuasion , puis n'hésita

pas à faire massacrer dans sa tente et aux environs les meneurs de la révolte astucieusement attirés chez lui. Dans la lutte entre Othon et Vitellius , les légions de la Pannonie prirent fait et cause pour Othon. Après sa chute , elles s attachèrent à Vespasien.

Le sort de plusieurs empereurs se rattache à la Pannonie. Là. naquirent Decius, Gratien, Aurélius et Jovien. Là , furent proclamés empereurs Sévère et Théodose. D'autres y moururent soit d'une fin tragique , comme Probus , soit de maladie , comme Marc-Aurèle à Vindobona , et Valentinien à Bregetium. Nombre d'empereurs passèrent un temps considérable en Pannonie , dans les camps fortifiés sur .la rive droite du Danube, d'où ils dirigeaient les opérations militaires contre les Barbares, agglomérés sur la rive gauche de ce fleuve.

Enfin , tant que les armes romaines furent victorieuses dans leurs luttes contre les Barbares qui commençaient à envahir l'empire, tant que les aigles , après quelques désastres , revinrent planer sur le Danube , et même , plus tard , sous la tutèle et protection de l'empire d'Orient , le sort de la Pannonie , au moins celui des villes fortifiées, fut tolérable. Mais quand , vers la fin du quatrième siècle , les migrations des peuples brisèrent l'obstacle que leur opposait la puissance romaine , alors la Pannonie devint le chemin des' Barbares se dirigeant vers l'Italie , alors les restes de la civilisation an-

tique furent écrasés sous le pas lourd des Hérules et des Gépides , et sous la course rapide des cavaliers Huns.

Telle était, en abrégé, Thistoire du pays où saint Martin naissait au commencement du quatrième siècle , c'est-à-dire h une époque où sa patrie n'était encore qu une province romaine. Cette époque ellemême est digne de remarque. Saint Martin naissait en même temps que la liberté de TÉglise. Voici, en effet , le tableau que THistoire Ecclésiastique nous en présente :

Les persécuteurs du christianisme lun après Vautre avaient été brisés. La guerre contre l'Éternel avait cessé. Étonnés de ces merveilles, les païens eux-mêmes confessaient que le vrai Dieu pouvait seul en être l'auteur. Les chrétiens, au comble de la joie , chantaient les hymnes prophétiques où David , quatorze siècles auparavant , avait annoncé cette conversion du monde. Les églises se relevaient plus vastes et plus magnifiques. Les évêques et les peuples s'assemblaient de toutes parts pour en faire la dédicace. Les parents , les amis se révoyaient avec les sentiments d'un bonheur indicible. On eût dit une résurrection générale. L'empereur Constantin prodiguait les largesses pour la construction et l'ornement des églises. Exemptés par lui de toutes les charges publiques , les clercs pouvaient vaquer , en toute liberté , au service de la religion. La littérature chrétienne , représentée

entr'aulres par Lactance , achevait la ruine des idoles.

Bientôt aussi Von vit s'épanouir dans les déserts d'Orient cette belle fleur monastique dont le vent de la tempête y avait jeté la semence et dont le parfum enivra de si bonne heure la jeune âme de notre héros. Antoine , Pacôme, Hilarion, ces trois noms résument , pour ainsi dire , toute l'histoire du monachisme naissant devant lequel nous ne devons point passer sans nous arrêter ; car son établissement dans les Gaules forme le trait caractéristique de la mission de saint Martin.

Antoine qui, sur un mot de l'Évangile , avait vendu ses biens et abandonné sa patrie, était alors visité de toutes parts dans son monastère. La crainte de la vaine gloire l'engageait à chercher une solitude plus profonde; après une marche de trois jours et trois nuits , il arrivait à une haute montagne , au pied de laquelle coulait une eau douce , limpide et fraîche. De chaque côté du ruisseau s'étendait une plaine ornée de quelques palmiers négligés. Prenant ce lieu en affection, il s'y fixait. Il labourait un petit terrain autour de sa montagne , l'arrosait de l'eau de sa fontaine et l'ensemençait.

C'était là le côté poétique et gracieux de cette vie. Il y en avait un autre moins séduisant. Les frères qui visitaient saint Antoine entendaient souvent un grand tumulte de voix et comme un bruit d'armes. Ils voyaient , la nuit , la montagne pleine de bêtes

farouches, tandis que le saint* était en pri^Tos. Car , ajoute l'histoire , il soutint dans ce désert de terri- Mes tentations. Quelques scènes de la vie de notre saint nous rappelleront ces détails.

L'austérité des solitaires d'Orient n'était pas moins propre à effrayer la nature. Un jeune homme, né comme ilartin de parents idolâtres , avait été , comme il lé fut aussi , enrôlé de force. C'était Pacôme ; son congé obtenu , il reçoit le baptôme et va trouver un ancien solitaire pour lui demander l'habit monastique. Celui-ci entr'ouvrant la porte de sa cellule: «Vous ne pouvez pas, lui dit-il, devenir moine ici. Car ce n'est pas chose facile que d'f'trc un moine vérit^le. Beaucoup scmt déjà venus, mais n'ont point persévéré. — Cela peut être, répond Pacôme , mais tous ne se ressemblent pas. — Je vous l'ai déjà dit, réplique lé vieillard , vous ne pouvez devenir moine ici. Allez vous essayer ailleurs et vous reviendrez ensuite. Car la vie que je mène est passablemepit frugale. Du pain et du sel , voilà toute ma nourriture. Je pdsîse la moitié de la nuit à chanter les * psaumes ou à méditer rÉcricriture sainte. Quelquefois même il m'arrive de rester la nuit entière sanis dormir; » Le jeune homme eut peur. Cependant : « J'espère, dit-il , de Notre Seigneur Jésus^Ghrist , qu'aveé le secours de vos prières je pourrai persévérer jusqu'à la fin dans ce genre de vie. » Il tint parole. Après un noviciat de plusieurs années, obéissant à une révélation , il se

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