I. Théod. Burette, Gah. d'hist
seurs de Toulouse jouissaient en général d'une grande réputation. Ce fut précisément de ce pays que sortirent les plus grands admirateurs de saint Martin. Arborius , oncle maternel d'Ausone , enseignait à Toulouse. Il occupa les premières charges de Tempire et mourut en 335 , Tannée mémo où saint Martin quitta la carrière des armes. Il y avait, du reste , des familles de professeurs. A Angoulême , Tétradius Je satyrique , ancien disciple d'Ausone , enseignait l'éloquence. A Poitiers, existait aussi une chaire d'éloquence. Quant à Ausone lui-même , orateur , poëte , historien , il est le représentant le plus brillant de la littérature gauloise à cette époque. Il était plus âgé de huit ans qtie saint Martin. Mais l'avenir manquait à cette littérature toute païenne, au moins de souvenir , et qui ne sortait pas de l'Olympe. Heureusement une autre grandissait auprès d'elle. D'autres plumes , moins exercées peut-être, mais plus graves et plus puissantes, rivalisaient avec celles des professeurs. Ce qui Jit la véri* table force de la littérature chrétienne à cette époque , c'est qu'elle n'aspira pas à être une littérature , c'est qu'elle ne produisit pas pour produire ; son œuvre est plutôt morale qu'intellectuelle. Aussi , est-elle pleine d'une sève et d'une vie véritable que n'ont point les discours et les pièces de vers de ses rivaux. Du reste , peu connue encore , elle était gênée dans sou développement par cette universalité et cette vigueur factice qu'avaient conservées les lettres profanes : sa voix était étouffée par ces mille voix qui partaient des écoles. Cependant elle avait déjà produit deux hommes qui ne le cèdent en rien à tous les autres : c'étaient Lactance et saint Hilaire.
Selon toute vraisemblance, ceux des disciples de saint Martin qui sortaient de familles nobles ou riches suivirent les écoles gauloises. Or, ils étaient nombreux, comme nous
ravoDS vu plus haut. Quant à Gallus, il ne fréquenta peut* être pas celles du midi. Car il était Gaulois , c'est-à-dire de la Celtique. Voici le premier fait remarquable dont il fut témoin, dans la compagnie de son maître. Peu de jours après son arrivée au monastère , il suivait avec les autres moines Martin se rendant à Téglise. Soudain, paraît un pauvre demi-nu ; on était dalas les mois d'hiver. Ce malheureux se présente au saint et lui demande un vêtement. L'évêque fait venir Tarchidiacre et, lui montrant le pauvre grelotant de froid , lui ordonne de le vêtir sans retard. Il entre ensuite dans la sacristie. C'était sa coutume d'y demeurer seul. Ainsi, tandis que dans une autre sacristie, les prêtres assis, recevaient ceux qui venaient les saluer ou leur parler d'affaires , Martin , jusqu'à l'heure où l'usage l'appelait à commencer l'office public, restait renfermé dans sa solitude. Une chose digne de remarque , c'est que dans la sacristie il s'asseyait parfois, mais jamais sur une chaise. Dans l'église, jamais personne ne le vit s'asseoir. Il ne ressemblait pas , dit Gallus, à celui que j'ai vu dernièrement, et, j'en atteste le Seigneur , ce n'a pas été sans en rougir de honte , assis dans un siège, élevé sur un trône sublime, pareil à un tribunal royal. Le siège de Martin était une sellette de campagne , comme celles dont se servaient les derniers valets et qu'on appelait trépieds. La retraite du bienheureux avait été observée par le pauvre. Comme l'archidiacre chargé de lui donner une robe tardait à exécuter cet ordre , il y entre furtivement, se plaint à révêque d'avoir été oublié par son clerc et dit qu'il est glacé par le froid. Le saint était en ce moment couvert de l'amphibale, espèce de manteau très-ample qu'on prenait pour paraître en public et qui enveloppait tout le corps. Sur-le-champ , , sans être vu du pauvre , et sous les plis de l'amphibale , il quitte secrètement sa tunique ; puis
quand le pauvre s*en est revêtu , il lui ordonne de se retirer. Peu d'instants après , rarchidiacre entre et Tavertit , selon sa coutume, que le peuple l'attend dans l'église et que l'heure est venue où Tévêque doit se mettre en marche pour célébrer l'office solennel. Celui-ci lui répond qu'auparavant il faut que le pauvre soit vêtu, qu'il ne peut se mettre eh marche pour l'église , si le pauvre ne reçoit un habit. C'était de lui-même qu'il parlait alors.
Le diacre n'y comprend rien; le saint étant à l'extérieur revêtu de l'amphibale , sa nudité intérieure échappait à ses yeux. Pour en finir, il prétexte que le pauvre a disparu. € Qu'on m'apporte , dit l'évêque , l'habit qui a été préparé pour lui , quant au pauvre à vêtir , je saurai bien le trouver, j^ Ces paroles ne souffraient pas de réplique. Forcé d'obéir , le clerc sort, la bile déjà émue , et s'en va aux boutiques voisines. Il y trouve un vêtement d'étoffe de Bigorre très-court et trèsgrossier , l'achète pour cinq pièces d'argent , l'enlève en toute hâte et revient en colère l'étendre aux pieds de Martin : «Voilà , lui dit-il , un habit ; mais de pauvre il n'y en a point ici. » l'évêque, sans s'émouvoir, lui commande de se tenir un instant à la porte : son but était certainement de se couvrir sans être vu de personne ; tous ses efforts tendaient à tenir caché ce qu'il avait fait. Mais , ajoute Gallus , quand est-ce que chez les saints de pareils faits restent secrets? On va aux enquêtes , et qu'ils le veuillent ou non-, tout finit par se dé<^ couvrir.
Ainsi vêtu, il s'avance donc pour offrir le sacrifice à Dieu. Ce jour-là devait être signalé par une merveille. Déjà , selon l'usage , il bénissait l'autel. A ce moment , les yeux éblouis de plusieurs personnes virent rayonner autour de sa tête un globe de feu , dont la flamme tendant à s'élever vers le ciel semblait un prolongement lumineux de son cou et de sa
chevelure. Ce fait arriva en un jour des plus solennels et au milieu d'une grande foule de peuple. Cependant, une seule d'entre les vierges , un seul des prêtres et seulement trois moines en furent témoins. «Quant aux autres, pourquoi n'en virent-ils rien; la question, dit Gallus, n'est pas de notre ressort.»
Une circonstance de ce miracle omise par l'historien nous a été transmise par la tradition. Les manches de la tunique achetée par l'archidiacre étaient si courtes que le saint en élevant l'hostie mit à nu ses bras décharnés. Mais des anges les couvrirent aussitôt d'autres manches toutes brillantes de pierres précieuses. Cette tradition est rapportée par un auteur du vi* siècle* et se trouve reproduite sur un des vitraux de la cathédrale de Tours.
Du reste , un fait du même genre que le précédent se lit dans la vie de saint Ambroise , écrite par son secrétaire Paulin. Cet auteur dit avoir vu sur la tête du saint évoque de Milan une flamme en forme de petit bouclier qui entra peu à peu dans sa bouche ; et rendit son visage aussi blanc que la neige.
Comme on vient de le voir, saint Martin avait institué un diacre, gardien de l'argent de l'église. Un concile du iv" siècle", dit en parlant de l'évêque ; «Il ne prendra point par lui-même le soin des nécessiteux. Il s'en déchargera sur Tarchiprêtre ou l'archidiacre et il s'occupera entièrement de la lecture , de la prière et de la prédication. » Quant aux deux sacristies dont nous parle Gallus , voici les éclaircissements que nous avons trouvés à ce sujet. Dans l'une, appelée paratoire ou diaconie , les diacres préparaient tout ce qui était