Sulp. Sev., Vit., n
l'enneqii de leurs ^ieux. Or; ce piq était incliné de teUe sorte , qu*on ue pouvait avoir de doute sur le côté ou il tomberait quand il serait coupé. G*est là que le saint est placé et attaché, par les paysans, qui se mettent ensuite à couper leur arbre par le pied , avec toutes les marques de la joie la plus vive et la naoins dissimulée. La foule, en éveil, se tenait à quelque distance. Peu à peu le pin chancelle et bientôt me-r naçe de to^iber. Les moines qui se sont placés à l'écart, pâlissent d'effroi ; la vue d*un danger de plus en plus prochain les a consternés ; toute espérance , toute foi Jeur a échappé , la mort de Martin, voilà tout ce qu'ils prévoient. Pour lui, se confiant dans le Seigneur , il attend, intrépide. Enfin , un bruit se fait entendre , c'est le fracas du pin qui brise ses derniers liens. Il tombe , il se précipite du côté de Martin. Le ' saint élève la main et lui oppose le signe du salut. Aussitôt, comme si un tourbillon l'eût repoussé en arrière , l'arbre se renverse du côté opposé, et cela avec une telle violence, que les paysans qui se croyaient en lieu sûr faillirent trouver la mort sous ses énormes branches. A cette vue , un seul cri s'élève vers le ciel : les gentils demeurent stupéfaits d'un pareil miracle ; les moines versent des pleurs de joie : tous d'une commune voix célèbrent le nom du Christ. 11 fut évident que ce jour-là le salut était venu à ce pays. Car, de cette immense multitude de gentils , il n'y en eut presque pas un qui ne demandât l'imposition des mains, n'abandonnât son erreur impie et ne crût au Seigneur Jésus. Et, véritablement avant Martin, un très-petit nombre, ou pour mieux dire à peine quelques-uns des habitants de ces contrées avaient reçu le nom du Christ. Grâce aux miracles et à l'exemple du saint, ce nom y jouit dès-lors d'une telle faveur, qu'en ce pays on ne vit bientôt plus, un seul endroit qui ne fût plein, ou d'églises très-fréquentées ou de monastères. Gav ,, où il
avait détriiU les temples, aussitôt il y construisait, soit ie^ églises , soit des monastères.
« Ainsi , dit uq poëte , un arbre stérile produisit en tomr bant un fruit magnifique. » — « Ce sont là tes triomphes , q Martin, dit un autre; c*est ainsi que tu abats tes ennemis, c'est-là Tarrét que tu fais peser sur les vaincus. Ta clémente victoire change en frères des hommes féroces. »
Comme on vient de le voir, la superstition gauloise pe s'arrêtait pas au ciilte des idoles. Elle s'étendait à c^lui des arbres consacrés par eux à leurs fausses divinités. Le pi^ était particulièrement vénéré de nos pères. C'était ordinairement sous son opibre qu'ils faisaient reposer les idoles ^ quand ils les promens^ient solennellement dans la campagne • en v^èhjA de grands cris au son des instruments.
Nous voyons aussi que dans ses courses apostoliques , Ift saint prenait ses moines pour compagnons de voyage. Noust les retrouverons presque partout avec lui. Le biographe nous indique, en terminant ce dernier récit , l'origine des premiers n^onastères des Qaules. Ypici comment un auteur moderne, déjà cité par nous *, parle de Vinfluence littéraire de ces fondations monastiques. « Le mpnastère de saint Martin , dit-il , ne tarda pas à devenir uAe pépinière de savants. Même avant U fin du IV* siècle, il fournit des hommes célèbres. En, même temps qu'elle produisait de si beaux fruits, Tinstitution du saint évêque poussait au loin de vigoureux rejetons. A peine fondé , Marmoutier envoie de tous côtés de pieuses colonies qui peuplent la Gaule de monastères construits et dirigés sur son modèle. Les monastères fondés au moment où les barbares allaient arriver furent le salut des lettres. Eux seuls conservèrent, au milieu de la confusion générale, les traditions