‹ Histoire de saint Martin, évêque de ToursChapitre 33 sur 155 · CHAPITRE VIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIL

SAmT MARTm CONTINUE k VISITER SON DIOCÈSE.

La possession ^ de leurs temples retenait les populations , surtout celles des campagnes dans des erreurs dégradantes. Il était donc nécessaire de détruire ces monuments , malgré leur intérêt au point de vue de Tart. Ainsi le comprenaient généralement alors les prédicateurs de la vérité. Par exemple; en Orient, Théophile, évéque d'Alexandrie, détruisait les temples païens et les retraites du vice. A la place , il faisait bâtir , comme saint Martin , des églises où les reliques des martyrs attiraient une chaste et sainte dévotion. Pour substituer des exemples de vertu aux dissolutions qu'il bannissait , Théophile construisit aussi plusieurs monastères. Les autres évéques de l'Egypte déployaient le même zèle. Dans les villes , dans les campagnes, jusque dans les déserts, tous les temples , toutes les statues tombaient par terre , et de ces

monceaux de ruines sortaient des églises et des monastères. Avec les idoles tombait Tidolâtrie. Les idolâtres couraient en foule aux églises pour y recevoir le caractère de chrétien. Ce zèle eut aussi ses martyrs. Tel fut Marcel, évêque d'Apamée, en Syrie. Marcel était persuadé que , sans la destruction des temples, il ne serait pas facile de convertir les idolâtres. Voici un trait qui prouve au moins combien un temple détruit pouvait changer leurs dispositions. Nous suivons encore Tordre gardé par l'historien du saint.

Il y avait un bourg appelé alors Leprosum. C'est aujourd'hui celui qu'on nomme leLouroux, situé près Manthelan, au diocèse deTours» Du temps de notre saint, il était remarquable par un temple devenu fort riche , grâce aux dons d'une reUgion superstitieuse. Le saint voulut Tabattre. Mais il s'en vit empêché par vtrie multitude de gentils : ce ne fut même pas sans mauvais traitements qu'ils le repoussèrent. Il se retire alors dans un endroit solitaire des environs. Là, durant trois jours, sous le cilice et la cendre , il ne cesse de jeûner et de prier, lï supplie le Seigneur de détruire , par un effet de la puissance divine , ce temple que n'a pu renverser la main de l'homme*. « Le rude vêtement tissu de poils âpres et durs, appliqué par lui sur sa peau délicate , ronge , dit le poëte , ses membres par mille aiguillons et ne lui laisse prendre aucun repos. Le saint fait encore pénétrer la douleur jusqu'à ses os , en se heurtant sur le sol pierreux de sa retraite. Un fleuve de larmes baigne son visage. Mais la bonté du Christ ne meurt point. Elle prend en pitié la peine extrême de son serviteur innocent.» tout à coup deux anges, deux soldats de la milice du Ciel, armés delanceâ et de boucliers, s'offrent à seis regards. Ils se disent envoyés du Seigneur tout exprès

L Sùlf. Sèv; , V. B; K. , n. *2. - hUlUi , V. B. t , l 2.

pour dissiper cette multitude de paysans, prêter maiti foftô k Martin et empêcher que personne ne s*oppose k la destruction du temple. Ils l'engagent à retourner au combat et à terminer avec son zèle ordinaire Tceuvre qu'il a commeiicée* Le saint rentre donc dans le bourg , où , sous les yeux d'une moltitude de gentils qui le laissent faire , il détruit de fond en comble l'édifice profane et réduit en poudre les autels avec les idoles. — Les dieux périssent tous sans défense sous les coups d'un seul homme. — A la vue de ces ruines, les paysans comprennent qu'une influence divine a pu çeule les retenir dans la stnpeur et l'effroi , qui les ont empêchés de résister à l'évêque. Presque tous croient au Seigneur Jésus , crient hautement et confessent, que le Dieu de Martm mérite seul d'être adoré: quant aux idoles, disent- ils, elles sont dignes de (otrt mépris puisqu'elles n'ont pu se défendre ellesmêmes. Qh I quelle foi devait animer celui qui voyait le Ciel même lui fournir des soldats 1

Yoici encore un trait qui montre en même temps à quels dangers le zèle du smi ï'exposait tous les jours, et quelle protection l'y faisait échapper. Dans un lieu que l'historien ne ^signe pas , Martin détruisait des idoles quand tfn homme vouïat lui donner un coup de couteau. Au moment même où ce Misérable allait frapper, l'arme disparut d'entre ses mains. Lorsque les paysans refusaient de laisser détruire leurs temples , Martin se mettait à leur annoncer la parole saâiite. Le plus souvent , il réussissait, par ce moyen , à calmer si bien les esprits des gentils , il faisait briller avec tant d^'éclat à leurs yeux la lumière de la \rérité , qu'ils se mettaient eux-mêmes à démolir ces édifices. » Martin faisait ainsi la guerre, dit le poëte , avec les troupes de son ennemi. » j

Telles étaient les victoires qui accompagnaient lés travaux apos^fiques^ du^ sauDlj évéqtie^ Du* reste » l'état' général' db

affaires , tant religieuses que politiques , au moins en Occident , favorisait les entreprises du zèle. En effet , tandis que Téglise d'Orient gémissait sous la tyrannie de Valens , frère de Yalentinien, celle d'Occident goûtait les plus doux fruits de la paix et de la liberté. D'autres zélés missionnaires en profitaient, comme saint Martin, pour porter rÉvangile dans quelques parties des Gaules où le paganisme régnait encore. Saint MarceUin y venait d'Afrique à ce dessein, avec deux compagnons , Vincent et Domnin. Us abordaient k Nice et évangélisaient Embrun. Leurs débuts ressemblaient à ceux de notre saint. Pour rendre leurs instructions plus efficaces par l'édification , ils se bâtirent hors de la ville un petit oratoire , où ils passaient en prière le temps qu'ils ne donnaient pas aux fonctions de l'apostolat. Les païens , attirés autant par la bonne odeur de leurs vertus que par la force de leurs discours, venaient en troupes leur demander le baptême. Bientôt il n'y eut plus un seul idolâtre dans Embrun. Domnin et Vincent fondèrent l'église de Digne. C'est aussi à peu près à ce temps qu'on doit rapporter la fondation de plusieurs églises dans le nord des Gaules, Car l'idolâtrie se montra plus vivace dans ces pays plus éloignés du commerce des Romains et par conséquent plus barbares. Saint Exupère établissait une chrétienté florissante à Bayeux dont il est le premier évêque. Les églises de Coutance, de Lizieux, d'Avranches et de Séez ne paraissent pas plus anciennes. Le siège de Rennes date aussi de la même époque. Toutefois, aucun des hommes apostoliques qui travaillaient en ce temps h l'extirpation de l'idolâtrie dans les Gaules, ne le faisaient avec autant de succès que saint Martin. C'est le témoignage unanime des historiens.

En quelle langue prêchait le saint évêque? Son enfance s'était passée en pleine ludie , son adolescence dans les armées romai]^es, son âge mûr auprès de saint Hiiaire. Il devait

donc parler le latin, comme langue maternelle. Or, le latin et même le grec étaient devenus , sous la domination des Romains , familiers aux peuples celtiques. Donc, sans nul doute, la prédication de saint Martin était en langue latine. Cette unité de langage , qui régnait dans tout l'empire , facilitait beaucoup les progrès de l'Évangile.

« Avec Martin , dit le poète aucun temps , pas même celui des voyages, n'était vide de merveilles. Tout chemin était pour lui le chemin du ciel. » Un jour qu'il visitait son diocèse , accompagné de ses disciples* , ceux-ci, on ne sait pour quel motif, s'étaient arrêtés et l'avaient laissé prendre les devants; c'était sur une levée publique. Sur la même voie , arrivait à leur rencontre un chariot du fisc rempli d'hommes de guerre. Martin était alors couvert d'un habit à long poil , espèce de manteau noir et pendant, qui l'enveloppait tout entier. En l'apercevant , les bêtes de l'attelage qui se trouvaient de son côté prirent ombrage et se rejetèrent un peu du côté opposé. Ce mouvement fut cause qu'elles s'embarrassèrent dans leurs traits et mêlèrent leurs longues files : on parvint à les dégager, mais ce ne fut pas sans peine, et la voiture en fut retardée dans sa course rapide. Irrités de ce contre-temps , les soldats sautent précipitamment à terre , et tombant sur Martin , se mettent à l'accabler de coups de fouets et de iâtons. Le saint endure ce traitement sans proférer une parole. Son incroyable patience ne fait qu'augmenter la fureur de ces malheureux ; car ce qui anime surtout leur rage c'est de le voir mépriser les coups dont on le frappe, comme s'il y était insensible. Ses disciples ne tardent pas à accourir et le rejoignent au moment où, horriblement ensanglanté, le corps tout couvert de plaies , il vient de tomber à terre sans

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