Sulp. Sev., Dial. 2 , n. 4. — Paulin , V. B. M
conilalsisâftce. Ils le placent sur son âne, et maudissant le lieu témoin d'un tel forfait , se hâtent de fuir au plus vite. — Cependant , lés soldats sont retournés à leur charrîot. Leur fureur asâouvie , îls songent k continuer leur route. Sur leur ordre , le cocher veut faire partir les mules : toutes demeurent en place , immobiles comme si elles étaient de bronze. Leurs maîtres élèvent la voix : les fouets résonnent à droite et à gauche. iPeine inutile : rien ne remue. Ils se lèvent alors tous ensemble pour frapper ces animaux. Les fouets gaulois s'Usent sur les flancs des pauvres mules. On dépouille toute une forêt du voisinage et l'on bat ces malheureuses bêtes avec des branches énormes. Ces mains cruelles se lassent en vain. Fixées en \m seul et même lieu , les mules semblent changées en statues. Ces hommes ne savent plus que faire. Déjà , tout brutaux qu'ils sont , ils ne peuvent s'empêcher de reconnaître que c'est une force surnaturelle qui les retient. Rentrant enfin en eux-mêmes , ils veulent savoir qui est celui qu'ils ont tout à l'heure battu dans ce même lieu. Ils vont aux enquêtes et apprennent des passants que c'est Martin qu'ils ont traité avec tant de barbarie. Ils ne sont dès lors plus en peine pour s'expliquer le prodige : évidemment , s'ils sont arrêtés , c'est en punition de l'outrage fait par eux h ce grand homme. Tous! donc , ils s'empressent de courir après . lui et parviennent à le rejoindre. Pénétrés de l'audace de leur attentat, remplis d'une juste confusion, ils versent d'abondantes larmes. Souillés d'une poussière dont ils se sont euxmêmes couvert la tête et le visage , ils se jettent aux pieds de Martin, implorent de lui leur pardon et le supplient de les laisser s'en aller. Leur conscience seule les a, disent-ils , assez punis : ils ont assez compris que la terre aurait pu les engloutir eux-mêmes tout vivants, ou qu'ils auraient eux-mêmes mérité de perdre l^l5age de leurs sens, et de devenir immobiles
comme eela était arrivé aux bétes dé leur attelage. Hs prient, ils conjurent de. nouveau le saint de leur pardonner ce crime et de leur accorder la liberté de poursuivre leur marche. Le bienheureux qui , avant l'arrivée de ces hommes avait 8u qu'ils étaient arrêtés , et l'avait appris à ses disciples, fut assez bon pour leur accorder leur grâce. Il rendit le mouvement à leurs mules et leur permit de continuer leur voyage. Un de nos poètes ne les laisse point repartir sans leur donner cet avis : « Voyez ce que devient la voiture de votre roi, lorsque Dieu l'arrête. Comprenez la différence qu'il y a entre une couronne rayonnante de pierreries et un vêtement d'étoffe grossière, entre les titres de la vertu et le faste des princes. Connaissant donc le poids des mérites d'un Mint, soumettez-vous désormais à un joug meilleur que celui de votre roi.» — Ainsi Martin se montrait puissant el doux en fflême temps : puissant par la foi , miséricordieux par son cœur. Ceux que sa puissance a liés , sa tendre compassion les délivre. Mais sa patience sous les coups des soldats fut certainement un plus grand miracle que les mules arrêtées. Ce trait nous apprend quelle était la monture de notre saint, dans ses voyages. Il ne parait s'en être servi que dans ses plus longues excursions. Il portait au dehors un manteau Doir. C'était alors la couleur préférée par les moines d'Orient , et les Perses les appelaient à cause de cela les Pleureurs. La levée sur laquelle le saint rencontra le chariot du fisc était une de celles qui servaient de grand chemin. Les Romains avaient déjà fait dans les Gaules plusieurs levées , qu'on entretenait fort soigneusement , comme tous les chemins publics. Celle-ci n'était pas sur les bords de la Loire , ni d'aucune rivière. C'était un des ponts longs et étroits construits dans les prairies et les terrains marécageux pour 'y assurer aux voyageurs un passage solide. Us étaient pavés et déversaient Teau des pluies dans les lieux inférieurs. Ce pourrait bien
être ici celui qu'on appela dans la suite le pont Saint-Avertin, entre Tours et le bourg de ce nom , ou les. ponts de Loches , situés près de cette ville du diocèse de saint Martin.
Notre évêque , on vient de le voir , exerçait un empire absolu sur les créatures , comme Adam , aux jours de son innocence. En voici une nouvelle preuve. — Un jour qu'il parcourait encore son diocèse avec ses disciples , il rencontra une troupe de chasseurs dont les chiens poursuivaient un lièvre. La pauvre petite bête avait déjà perdu beaucoup de terrain. Or , à ce moment s'étendait devant elle une vaste plaine découverte de toutes parts et qui ne lui offrait aucun refuge : sa mort était imminente ; un moment encore, elle allait être prise : ses nombreux détours ne faisaient que retarder l'instant fatal. Son danger émeut de pitié l'âme tendre du bienheureux. Il commande aux chiens de cesser leur poursuite et de laisser aller l'animal fugitif. A peine ontils entendu sa voix et son ordre, qu'aussitôt ils s'arrêtent comme attachés ou plutôt cloués à leur place. Ainsi , grâce aux liens qui enchaînent ses persécuteurs , le pauvre lièvre s'échappe sans aucun mal. — Le poète du vi* siècle * nous dit que, sentant la présence de Martin , le lièvre poursuivi était venu tomber à ses pieds , comme pour se mettre sous sa protection. Mais ce n'est peut-être là qu'une amplification poétique. — Ensuite, le même auteur ajoute : « Le lièvre s'enfuit, les chiens s'en retournent , aucun ne périt ; voilà le salut donné par Martin. Le bienheureux procura la paix à un animal sans défense et les chiens voraces donnèrent un exemple de miséricorde. Il n'y avait point là d'homme sur qui Martin pût opérer des merveilles : il ne fut pas néanmoins frustré du glorieux exercice de sa puissance : un animal en fut l'objet. »
i. Fort.| D« V. B. M.