‹ Histoire de saint Martin, évêque de ToursChapitre 35 sur 155 · SAINT MARTIN ET LE COMTE AYITIANUS · texte numérisé non relu

SAINT MARTIN ET LE COMTE AYITIANUS

Après avoir parcouru ses diocèses , comme on disait alors, c* est-à-dire ses paroisses, le saint revenait à sa résidence habituelle , à son monastère. C'était là qu'il retrempait son âme dans la solitude. Toutefois il était obligé de le quitter de temps à autre. Sans parler des dimanches et fêtes où il venait officier dans sa cathédrale , d'autres besoins l'appelaient parfois au dehors : c'étaient ceux des malheureux. Jamais le cri d'aucune misère ne le trouva sourd. Quel que fût son amour pour sa chère retraite, le désir ou l'intérêt d'un être souffrant suffisait pour l'en faire sortir. On en a vu des preuves dans le stratagème de Ruricius et dans la guérison d'Evantius. La suite de cette histoire en fournira de plus grandes encore. Dès maintenant nous allons en produire une nouvelle , dont la chronologie semble indiquer ici la place. Et, d'abord, il nous

chose de petit dans les œuvres de Dieu. 11 fut rapporté à Galluspar le prêtre Harpagius *. L'épouse du comte Avitien, dont le nom est inconnu, envoya un jour au saint évêque , pour qu'il la bénît, selon l'usage, un peu d'huile, destinée à être ensuite employée comme un remède efficace contre toutes

sortes de maladies. Cette huile était contenue dans une petite fiole de verre, de forme ronde, et terminée par un goulot allongé, cette dernière partie avait été laissée vide pour donner place au bouchon. Or , le prêtre nommé plus haut attesta dans la suite avoir vu, sous la bénédiction de Martin, l'huile croître insensiblement , atteindre le sommet du goulot, et enfin déborder de la fiole. Cette huile conserva la même vertu, tandis qu'on la reportait à la mère de famille, et, durant le trajet , ne cessa de dégoutter entre les mains du valet qui en était chargé et dont tout le vêtement en fut couvert. La matrone reçut donc le vase plein jusqu'au bord, et , quand on voulut le fermer avec le bouchon , on n'y trouva pas l'espace nécessaire pour le recevoir. — Un auteur moderne ajoute : « On prit souvent de cette huile pour les malades et elle ne diminua point.» Nous n'avons pas trouvé la preuve de cette assertion. «Fécondité nouvelle ! dit lepoëte. De l'huile se produit sous une écorce de verre ; dans un vase stérile naît une noble liqueur. Cette huile n'a point été engendrée par la racine de l'olivier , elle a été formée par la puissance de la vertu , les doigts de Martin en ont été la source. »

Quant au comte Avitien, il était d'une excessive barbarie, et se distinguait entre tous par sa férocité sanguinaire-. Cet homme, un jour, entrait le cœur plein de rage dans la cité

4. Sulp. Sev., Dial. 5., n. Z. — Paulin , De V. B. M., 1. H. — Ven. Fort. , ibid., 1. 4.

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