‹ Histoire de saint Martin, évêque de ToursChapitre 39 sur 155 · Brev. S. Mart., 43 sept · texte numérisé non relu

Brev. S. Mart., 43 sept

vint du Poitou trouver le saint évéque. Les auteurs sont d'accord pour ce qui suit. — L*ange qui guidait Florent dans son voyage révéla, en vision, à saint Martin, qu'un tel homme, un tel étranger viendrait le trouver; en même temps il lui faisait voir le visage du pèlerin , et lui recommandait de rélever à la dignité sacerdotale. Florent arrive à la cité des Turones , suivant Tordre qu'il a reçu du messager du Ciel ; il entre dans le temple où siège Martin , se prosterne la face contre terre et prie quelque temps ; sa prière achevée , il se relève , se dirige vers le bienheureux et lui demande sa bénédiction. Martin le considère , et reconnaît aussitôt rhomme dont Tange lui a fait voir les traits. Il Tac- • cueille donc avec joie. Ensuite il le conduit à la sacristie , se souvenant, dit la légende, de cette parole du Seigneur : Ma maison sera appelée une maison de prière. Là, Tévéque demande au pèlerin d'où il est, quel est le motif de son voyage, et quelles sont ses intentions. Florent lui raconte tout ce qui lui est arrivé et lui dit ce qu'il se propose. Le bienheureux n'eut pas de peine à se convaincre que c'était un homme plein de piété et qui venait à lui de la part de Dieu. Il le prit donc en grande affection, et le garda près de lui avec toutes sortes d'égards. — Bientôt, voyant arriver le jour où, selon l'usage, on célébrait l'anniversaire de son ordination , Martin ordonna Florent prêtre , et le plaça dans son monastère. Or , un jour le Seigneur montra au nouveau prêtre le lieu de sa demeure; c'était au bord de la Loire, à Saumur. Le saint évêque l'y envoya pour qu'il servît Dieu dans la solitude. Florent fonda en ce lieu l'abbaye qui , dans la suite, porta son nom.

L'ordination mentionnée plus haut dut avoir lieu , cette année, le 4 juillet, jour auquel nous célébrons encore celle de saint Martin. Ce fut peut-être le même jour que

furent aussi ordonnés prêtres , MaurOius et Maxime. En effet» Maurilius fut contraint par Martin de recevoir les grades ecclésiastiques, et enfin le sacerdoce. Conune Fierait, il voulut mener une vie plus solitaire , Martin essaya de le retenir , mais ce fut en vain. Instruit par les enseignements du saint et fortifié par ses bénédictions , il lui fit ses adieux. Tous deux s'embrassèrent en versant des torrents de larmes , puis Maurilius partit et se dirigea vers le territoire d*Angers. Pour Maxime, après avoir passé quelque temps sous la conduite du saint, il fut de même élevé au sacerdoce. Il quitta aussi le monastère de Tours , où son humilité avait trop à souffrir des honneurs décernés à son mérite, et se rendit à celui de l'Isle-Barbe , près de Lyon. — Ces faits prouvent que le saint ne contrariait pas ou même secondait les pieux désirs de ses prêtres , de ses moines , quand même il les voyait soustraits à son autorité. Florent , moins éloigné que ses deux confrères de la résidence de Martin, prit Thabitude de le visiter tous les ans , pour prier avec lui. Une fois qu'il allait à Tours , il fut arrêté près d'un village appelé Murus , au bord de la Loire , par une foule nombreuse qui venait à sa rencontre : « 0 saint homme , dirent ces gens , il y a ici un grand serpent qui dévore hommes et bestiaux, » et ils le suppliaient de toutes leurs forces d'implorer la miséricorde du Seigneur pour qu'il les délivrât de ce démon. Florent leur répondit : « En ce moment , mes frères , je me rends auprès de notre pasteur, le seigneur Martin , je lui ferai pail de votre demande et je vous rapporterai ce qu'aura décidé ce saint homme. » Arrivé au monastère , il fit connaître à saint Martin la prière des habitants de Murus et le dommage causé dans ce lieu par le dragon. «Mon frère, lui dit Martin, prions Notre- Seigneur Jésus-Christ, afin que sa grande clémence les délivre d'une bête si terrible. Ensuite, en retournant à ton

habitation, va droit à la demeure de cet animal , et là , au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ , inllme-lui Tordre de quitter ce lieu avec défense de nuire désormais à aucun chrétien.» Florent alla donc au lieu où le monstre avait fixé sa demeure, fit sur lui le signe de la croix et lui ordonna, au nom du Seigneur , de se retirer au fond de l'abîme. Le dragon lui obéit aussitôt et ne reparut plus. On faisait jadis , à Tours, la fête de saint Florent , le 23 septembre. Sa vie manuscrite se trouvait encore dans les derniers temps aux archives de l'église. Le mot de dragon pourra, aux yeux de quelques personnes , donner un air fabuleux à notre récit ; voici ce que nous leur répondrons avec un auteur moderne * : « L'incrédulité du xvîn" siècle nia les dragons , parce qu'elle n'en voyait plus , comme si les Anglais qui ont détruit les loups dans leur île , refusaient d'e» connaître l'existence ; comme si l'avenir avait le droit de ranger parmi les fables le castor , le chamois , la baleine dont les races vont périr ! Nous ne refuserons pas d'accorder qu'on a pu exagérer certains récits. Ainsi , nous ne croyons peut-être pas que les dragons dont parlent Possidonius et Maxime de Tyr aient couvert de leur corps , l'un un arpent , et l'autre près de deux hectares de terrain. Mais une foule de monuments prouvent qu'il y eut autrefois des dragons. Beaucoup de saints et de chevaliers les combattirent. Sans parler ici des dragons que vainquirent saint Romain de Rouen , saint Marcel de Paris , saint Dérien du Mans , saint Pol de Léon , je ne vois pas comment on douterait , par exemple , du dragon de l'île de Rhodes , que Dieudonné de Gozon défit avec tant de gloire. S'il vous plaît d'en rejeter la légende , nous vous rappelerons que les travaux des géologues ont retrouvé les dragons et les animaux . géants. »

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