Cotin de Plancy , leg. d« 12 convives
Lliistoîre de saint Florent nous a montré encore nn ange apparaissant à saint Martin. Il est constant, dit l'historien dn saint pontife , qoe les anges se faisaient voir souvent à lui , et qu'il jouissait même de leurs entretiens. Quant au diable » il était visible pour lui , et soumis de h manière la plus complette à la pénétration de ses yeux. Soit que cet être restât dans sa substance native , ou prit un des mille déguisanoits sous lesquels les malins esprits savent se cacher , toujours Martin le reconnaissait. Outré de dépit de ne pouvoir tromper ' les regards du saint ni le prendre à ses pi^es , le diable s'en vengeait souvent en Taccablant d'mjnres '. Une fois, tenant à h main une corne de bœuf ensanglantée , et poussant un grand cri , il fit irruption dans sa cellule. Là , il lui montre avec orgueQ sa main teinte de sang et tout joyeux du crime qu'il vient de conmiettre : < Où .est ta puissance, Martin , lui dit-il , un des tiens vient de périr sous mes coups. » Aussitôt le saint appelle quelques frères , et après leur avoir répété les paroles du diable, les envoie à l'instant même visiter toutes les cellules pour savoir à qui un tel malheur est arrivé. Ils reviennent bientôt lui rapporter que personne ne manque parmi les mornes, mais qu'un paysan pris à gage par l'économe pour charroyer du bois, est allé à la forêt. Martin envoie plusieurs religieux à la rencontre de cet homme qu*on trouve presque sans vie à quelque distance du monastère. Avant de rendre le dernier soupir , il put apprendre aux frères la cause de sa triste mort. Il avait attelé ses bœufs : plus tard les courroies s'étant relâchées , il avait voulu les resserrer , alors , un de ces animaux secouant la tête lui avait enfoncé sa corne entre les aines. Un instant après il rendit Tâme. Cet homme seul a pu savoir par quel secret jugement