‹ Histoire de saint Martin, évêque de ToursChapitre 73 sur 155 · I. llUS,n.l · texte numérisé non relu

I. llUS,n.l

Tùi^on ititend de lui. Le saiot ne peut résister davantage à de intercesseurs , et se couvre ainsi d'une double gloire. En sant, il a montré son humilité , il prouve, en cédant , k ^t;^ de son cœur. Par son ordre, on éloigne la foule du de qui Tenvironne. Quand les évéques et le père de la :« fille, sont restés seuls avec lui, il se prosterne, sdon «^utume , pour prier. Il bénit ensuite un peu d'huile sur elle il a d'abord récité un exorcisme; puis, verse dans la ^he de l'enfant, dont il tient en même temps la langue e ses doigts, quelques gouttes de la liqueur sanctifiée. 'X=mracle répond à ses vœux. Le saint demande à la muette 3mm de son père : elle le prononce aussitôt. Le père pousse Ti de joie, et fond larmes , en embrassant les genoux de 'tin. Il l'avouait au milieu de la stupeur générale : c'était la Kmière parole qu'il eût entendu sortir de la bouche de sa

lans le cas où la chose semblerait incroyable à quelqu'un,

^anarrateur en appelle au témoignage de son condis-

Evagrius, qui était présent lorsque l'événement eut lieu.

deux évéques nommés plus haut, l'un était le troi-

le évéque de Chartres; l'autre était ce même Yictrice, de

I, que nous avons déjà vu à Vienne, aux côtés de notre

bus avons eu lieu souvent de remarquer que le saint,

Dt de demander un miracle au Ciel , faisait éloigner la

et ne gardait auprès de lui que les personnes inté^

. U voulait par là, deux choses, dit le poète, au sujet

dernier trait *, empêcher que les rumeurs du peuple ne

^Tooblassent dans sa prière, et éviter le péril de l'osten-

ion. Il s'adjoint seulement ceux qui sont ses égaux par leur

. Paulin, Vit. B. H, , h I.

dignité, ont la même mission pour prier, sont animés â*un zèle pareil , et lut 8(Hrt unispar la foi comme par le ^^oeurà Le père aussi est admis, le père tout palpitant dans Vespéraffce des bienfaits dn Ciel, etdont les désirs ardentsont augmenté la foi.

A prcfpds de Tusage où était aussi le bienheureux de se prosterner dans ces circonstances, voici encore le chant du poète chrétien : c II est couché sur le sol , et sa prière perce les nues. Son corps est prosterné, mais son âme a toute sa vigueur : elle monte et s'unit à Dieu , tandis que l'orgueil de la chair est humilié. Bientôt il sent le retour de la faveur divine , il le sent, lui en qui le Christ habite toujours, et qui ouvre si souvent la porte de son cœur à de pareils dons. »

A son retour de Chartres, le saint, d'après. la tradition, passa de nouveau par Yindocinum. Saint Victure avait instruit les nouveaux convertis , notre évéque leur conféra le bap« téme.

L'historien du bienheureux termine par le fait suivant le récit de toutes les guérisons miraculeuses qu'il a opérées^

Lui-même , par accident , il tombe une fois du haut du cénacle et roule le long des degrés d'un escalier très-raboteux. Tout couvert de blessures après une pareille chute , et presque mourant, il était couché dans sa cellule, en proie à d'excessives douleurs. Pendant la nuit, il lui semble voir un ange qui lave ses plaies et applique un baume salutaire à ses contusions. Le lendemain , il se trouvait si parfaitement rétabli qu'il paraissait n'avoir jamais souffert le moindre mal.

Devait-il , en effet , dit le poëte , endurer des maux de longue durée , celui qui ne souffrit jamais que personne fût affligé pendant longtemps ?

La tradition attribue cet accident à la malice du démon.

Sur. un des vitraux de la cathédrale de TiMirSj où ce fait est

x^eppéseoté, on voît un diable qui, posté au pied d'un escalier,

et armé d'une espèce, de croc, tire le saint en bas, tandis

^pi'ua auge • ^u vol. empressé , se hâte pour le retenir»

On gardait encore au dernier siècle , à Marmoutier , une

sainte ampoule pleine d'un baume qu'on prétendait être celui

Qui fut apporté par Vange au saint évéque. Elle se conservait

dans un petit reliquaire d'or et servait tous les jours k la

Suérison de plusieurs malades, venus de fort loin. La matière

qu'elle contenait était figée et de couleur rougeâtre.

Hie cénacle était, comme l'on sait, chez les auciens, une

chatial)re élevée où ils prenaient leurs repas. Celui dont il

est i^arlé plus haut était-il à' Marmoutier? car, là, on ne

^^ysiit que des cabanes faites avec des branches d'arbre ou

des grottes creusées dans la montagne.; Cependant, l'histo-

^en nous assure que les disciples du saint prenaient tous

leuï- nourriture ensemble, et ils furent au nombre de qua-

tre-. A^û^ts. Il devait donc y avoir au monastère une salle assez

^pac^jeuse pour les contenir ; et sans doute elle était creusée

^n^ je rocher qui dominait les autres cellules. On y montait

P^^ lin escalier taillé aussi dans le roc et qui serait cet esca-

«ei». ^Q^3J. degrés raboteux dont parle l'historien. Celuirci nous

^® ^^^'«ne encore que l'unique repas du monastère avait lieu

*P**^8 le soleil couché. L'obscurité de cette heure , jointe à

^^^^ du cénacle rustique , devait y rendre nécessah^e l'usage des

flambeaux. Les ténèbres et les inégalités de l'escalier ont ^^^c pu déterminer la chute de notre saint. Toutefois , rien ^^xpéche de placer ce fait ailleurs qu'au monastère. -Après ce dernier récit , l'historien s'interrompt. « Mais il ^it, dit-il, trop long de rappeler chaque fait du même re, chaque guérison miraculeuse. J'ai, parmi une grande

quantité d'autres, choiti ce petit nombre : qn*(m n'exige pas davantage de nous , car, en racontant les plus>iem»rqnable8' nous avons assez fait pour la vérité et en nous abstenant d*eh trop dire, nous avons épargné de l'ennui au lecteur. > Il suppléa plus tard , et nous avons aussi suppléé par ses dialogues à ce silence de son premier ouvrage.

Puisque, sans nous en apercevoir, nous sommes revenus avec notre saint, de Chartres au monastère. Voyons un peu oe qui s'y passe.

Hais ici, nous dirons avec Gallns* : cJe rencontre dans la vie de cet homme illustre de grands miracles , qu'il nous est plus facile d'admirer que de rapporter. Vous oomprenex sans doute oe que je veux dire; il y a dans son histoire bien des choses qu'on ne peut pas détailler. De ce nombre est certain faut présent à ma mémoire éi dont je ne sais si nous pouvmis l'exposer cranme il a- eu lieu. »

Un des firères (l'historien a voubi taire son nom pour ne point, dit-il , causer de honte à ce saint homme) trouve dans k fourneau de son maître une grande quantité de charbons; 9 ^proche une sellette, et le voilà, les [ueds écartés , les genoux découverts, assis auniessus du foyer. Martin est aussitôt instruit de l'outrage £ùt à sa demeure sacrée : c Qui est donc , s'écrie-t-il d'une voix ftMte, celui qui se découvre si indécemment et inflige à notre habitation cette souillure ini'eslueuse? » Entendant ces paroles et reconnaissant par son Êtit que le reproche lui est adressé, le frère quitte sur-lediamp la place, et tout hors de lui, ci»ut n^onter aux autres moines sa mésaventure. L'aveu qu'il £iit de sa honte est encore ua effet de la vertu de Martin.

Où se trouvail te saint lorsqu'd apostropha son disciple?

Peut-être dkns une autre de ses cellules. Car , si nous en croyons de fort anciennes inscriptions placées jadis k Mar- Bioutîer et retrouvées dans de vieux manuscrits, outre la grotte où il couchait , il en avait encore trois autres. La première mscrîption a pour titre : « Vers inscrits sur la porte de lapre- Baîère cellule de saint Martin, évoque. » La seconde à celui-ci: « I>e même sur une autre cellule,» et commence par ces mots: « Ici labita celui qui suivait avec amour les traces du Seigneur. » La troisième : «De même sur une cellule intérieure ^^ siiT la troisième cellule. »

Voîci tout entière l'inscription placée au-dessus de l'en-

droît, où était son lit : « Oh ! quelles armes avait ici ce guer-

^^^- Souvent nous les avons vues pendant l'absence du

héros. De noirs charbons, des cendres , tout y faisait horreur

* *^^ xiature. Des nuages de poussière y couvraient tout du

d^uil de la pénitence. Cilice , pierre qu'il mettait sous sa tête ,

c^Tidre froide , à ses membres amaigris vous paraissiez ici un

P^ somptueux, car cette cellule fut le lieu de son repos pendant

\^ silence de la nuit. Le sol de cette cellule lui servit à la fois

^^ siège et de marchepied * . »

Toutes ces inscriptions sont en vers latins. La dernière doit être, ce nous semble, attribuée aux disciples du saint. On pourrait en dire autant des autres, quoique avec moins d'évideûce.

Du reste , cette multiplicité des cellules du saint n*étonnera pas < isi Ton songe qu'en sa qualité d'évêque , il était obligé de recevoir un grand nombre de personnes qui venaient de tous c6tés le voir par dévotion ou par nécessité.

I. HLst. de Mairm.» par t). Martenne, ms. delaBiblioth. de Tours.

CHAPTTBE XXm.

sjLcnr MABm et sas lasara Bucno.

Le saint avait un disciple nommé ai latin Brictio on Brictius, et en français Brice , on par de Tiem auteurs Bricet. Suivant un récit populaire , il était né à Nevers , d*un comte de cette ville, et avait été, par l'ordre de ce père dénaturé, exposé dans son berceau sur les flots débordés de la Loire. Saint Martin l'aurait recueilli sur la grève , ï Tours , l'aurait nourri, élevé , et enfin mis au nombre de ses moines. D'autres affirment qu'il était de Tours. Dans sa première jeunesse , Brictio tendait, dit un auteur , mille embûches k saint Martin, parce que Tévêque lui reprochait souvent la légèreté de sa conduite^

Page 1