‹ Histoire de saint Martin, évêque de ToursChapitre 74 sur 155 · I. Greg. Tur. Bist«, 1. 2, c l · texte numérisé non relu

I. Greg. Tur. Bist«, 1. 2, c l

Un jour un infirme cherchant Martin pour lui demander sa guérison, aborde sur la place, Brictio encore simple diacre : € Voilà quej'attends le bienheureux, lui dit cet homme avec simplicité , et je ne sais où il est ni ce quIL fait. — • Si c'est , répond le clerc , ce radoteur que tu cherches , regarde là-bas , le voilà qui , selon sa coutume , contemple le ciel , à la façon des insensés. » Heureux d'avoir trouvé le saint, le pauvre ne fit pas attention à cette moquerie. Sa foi fut récompensée , il obtint ce qu'il demandait. Quant au bienheureux , s'adressant alors au diacre Brice : <r Ainsi donc , Brice , dit-il , je passe dans ton esprit pour un radoteur ?» — Celui-ci, tout confus, nie d'avoir tenu ce propos: «Est-ce que mon oreille, reprend le saint, n'était pas auprès de ta bouche, lorsque tu parlais ainsi loin de moi ! En vérité, je te le dis , j'ai obtenu de Dieu que tu me succèdes dans les honneurs du pontificat. Mais, ne l'oublie pas, (u auras, dans l'épiscopat, beaucoup de contrariétés à souffrir. > Brice ne fit que rire de la prédiction: «N'avais-je pas raison, répétait-il, de dire qu'il radote ? »

Sur ce trait, un saint duxiii^ siècle fait ces réflexions: «L'homme de Dieu, par mépris pour la terre, regardait souvent le ciel ; car il savait que c'était pour cela qu'il avait reçu un corps d'une stature droite , il savait que là était son trésor, il savait que là était son Christ assis à la droite du Père , il savait que jamais avant d'être arrivé là, il n'obtiendrait la satisfaction de ses désirs. Aussi , ne fut-il point ému de s'entendre traiter d'insensé sur la terre , lui , dont la conversation était dans les cieux , lui , dont les yeux étaient fixés sur son chef. C'était là aussi que montaient sans cesse les larmes qui inondaient son visage avec tant d'abondance. »

Honoré ensuite de la prêtrise , Brice n'en devint que plus audacieux dans ses outrages envers son évéque. . ,

Une toute petite cour entourait la demeure du sainte Un jour il y était assis, sur ce siège de bois ,à son usage , que nous connaissons. Soudain , il aperçoit, postés sur le haut du rocher qui domine le monastère, deux démons pleins d'ardeur et de joie, ils lançaient de Ih cette parole répétée: «Courage, Brice I Courage, Brice !» Je crois , dit le narrateur » qnlls voyaient de loin approcher le malheureux et savaient quelle rage ils avaient excité dans son cœur.

En effet, un instant après, Brice arrive ftirieux; dans un transport frénétique , il vomit contre Martin un torrent d'injures» Quelle était donc la cause de tout ce bruit ? La voici. Brice n'avait jamais rien possédé avant sa cléricature , car il avait été nourri dans le monastère par Martin lui-même. Cependant > aujourd'hui , il entretenait des chevaux et se jtfocurait des esclaves. II y avait plus , beaucoup de gens l'accusaient même , à cette époque i d'avoir acheté à la fois de jeunes garçons barbares , des jeunes filles au gracieux visage. Le Bâint lui avait, le jour précédent, adressé quelqueis réprimandes à ce sujet. Troublé par le dépit insensé qu'excitaient en lui ces reproches , et surtout , comme le croit rhistorien , agité par rinfluence des démons , le pauvre homme entreprit Martin , de telle sorte qu'il paraissait prêt de porter les mains sur lui» Cependant, le front calme , l'âme tranquille, le saint, par de douces paroles , essayait de modérer le fol emportement de ce malheureux. Mais, l'esprit mauvais débordait tellement en lui que , malgré son extrême légèreté , Brice n'était plus reconnaissable. Les lèvres tremblantes , les traits bouleversés , pâle de fureur , il laissait échapper à flots des paroles de péchés, tout cela pour prouver qu'il était supérieur à son maître en sainteté. Car , disait-il , n'avait-il pas été , dès ses

il Didi Si n« 20.

Jtiûifcres années, élevé dans le monastère, au milieu des jgnements sacrés de TÉglise? N'y avait-il pas grandi la direction de Martin lui-même? Martin , au contraire , le commencement de sa vie s'était , il n'en pouvait discon- T , souillé dans le métier de soldat ; maintenant adonné vaines superstitions, à des visions chimériques, qu*é- SLl Un vieillard blanchi au milieu des extravagances les ridicules. Le disciple adressa encore à son maître d'aupropos plus acerbes , que notre historien croit mieux de sous silence. Enfin , après avoir assouvi sa fureur et e , à ce qu'il pense , pleinement vengé ; il se retire , et end, en courant à toutes jambes , le chemin par où il est ^m. Mais pendant qu'il fuit , grâce sans doute aux prières miartin , le cœur de Brice est délivré des démons qui l'ob- . Ramené au repentir , il revient bientôt , se prosterne genoux de Martin et lui demande pardon. Il reconnaît son lÊié; devenu plus rassis , il avoue qu'il y a du démon dans fait. Pardonner à qui demandait grâce n'était pas chez tin un travail difiicile. Le coupable obtint donc bien vite ^* ^ij^T)li de sa faute. — Alors , devant Brice et tous les disciples ^é^j^nis , le saint raconta comment il avait vu les démons agiter ^^ olerc rebelle. Du reste, il n'avait garde, ajoutait-il, de ^'âxDouvoir d'insultes dont tout le dommage retombait sur ceîl.^i qui les avait proférées.

X)ans la suite , le même Brictio fut encore bien des fois

dénoncé à son évêque et chargé d'un grand nombre de griefs

considérables. Jamais on ne put décider le saint à l'éloigner

ou presbytère. Il eût craint de paraître poursuivre sa propre

offense, c Si le Christ a souffert Judas , répétait-il souvent ,

pourquoi, moi, ne souffrirai-je pas Brictio? »

« Qu'il entende cet exemple , dit en cet endroit uh des auditeurs de GaUus , celui qui ne demeure pas lom d'ici ,

\\A'<»»*W » U est calme et raUoanable » il oublie le présent, i oukU^ Taix^iiir. Mois quelqu'un vient de Toffenser; aussitôi it (H»r^ b liNe . il ne se possède plus , il maltraite les dercs il ^t^\<t ti^ biu|iiet^ n invite tout Tunivers à le venger. Peu iittta U!viâ^ ;»$ & persiste dans cette guerre acharnée ; le temp: ui h r^ù^iMU timi ne ra|»aîse. Triste ^ déplorable conditioi (hHir utt huiittw,. qjttadiaâBie Q ne serait affligé qae di cv'tu^ iiMr:iI>ti^ittdb&t Tm avais dn,. GaDas, lui racon (ur :^m«mii Q^<»angks ik fsHin» A de tranquillité pou: Im 4|^|ic<u^ CMQiiDAtt w Aià se WÊemt «s colère, et com tiii^i M ^1 {ocàiionnr. Si «K WBHie wiiL à Rco^^ v^ (KHi4b g<»iDiîks«^àiesiécit&ettiiUftnlresse,il^^ ^ Ni^^ s v>^t iMOBs U boodie 4 « tin&flm fÉi a parlé ic v(i(iik^ '4c yvrar jn«i JHÙ. Car, j'aimenb moBOLn si était pos. >«4JMk^x f^ettMiAne comparer à 1 éràiBe Xnnài fn'an tyrai

¥^jiitUiilàs(Hit(HirdehfkiUtédusakijLf^^ cSoi ^1^, dit le poëte\ Vy portait d^avance, «l ifiavail cru s. ^v UMTt à lui-même en n'accordant pas sa&sàki ^ pardon. 1 )fv^;;M>)ait comme un pr(£t pour lui de remssss^ h Aelte d'un v4bt$e. n allait au-devant de qui cherckôt le an de la paix U x>^ voulait d autre vengeur que la démence, fù ne demandi i^mais à se venger, riche qu'elle est de unis ksiâcK; car elli ^ \\mT dot et pour gloire, la paix. Martin ramèoe soi discifA \Uus le sein de sa miséricorde; la faute du coiçdâile n a riei v)iangé à ses sentiments ; Q le reçoit encore avec la tendressi d^m père. Cette tendresse, ô Martin, c'étaôt là ta richesse \m trésor, ta royauté, ton talent Le soin qak t'ocoipai entièrement, toujours, uniquement, c'était, ô saint pontife de méditer le Christ dans ta pieuse pensée, de méditer 1

4, Piiidia,L4.

Christ dans tes actions ; tenant toujours le Christ embrassé de cœur et de bouche et ne laissant jamais ton Seigneur s'éloigner de toi, tu enchaînais le Tout-Puissant par ta piété.» Maintenant essayons d'expliquer quelques détails du récit précédent. D'abord, comment Brice était-il parvenu à un état d'opulence qui lui permit de mener le train que nous avons vu? Dans une loi de l'empereur Constance, on lit : Ce que les clercs amassent par leur épargne et leur négoce doit être employé au soulagement des pauvres. On voit dans ces paroles l'usage du négoce parmi les clercs, mais peut-être seulenent parmi les clercs inférieurs. Il faut joindre à cela les dons des fidèles. Peut-être Brice imitait-il Giezi , serviteur du prophète Elisée , se faisant donner les présents refij" ^^ par son maître. Le saint successeur de Martin nous pardonnera cette supposition , si elle est erronée ; elle ne peut aujourd'hui nuire à sa gloire , qui a pour principe la pénitence 9u*îl a faite des égarements de sa jeunesse. Les esclaves achet;^ par lui étaient sans doute des prisonniers de guerre. L habitation de Brice , si elle avait d'abord été au monastère , y ^tait certainement plus à l'époque où il nourrissait des ^^^^ux et avait un domestique si nombreux et si peu mona- , • U devait, selon toute apparence, occuper quelque spa^- ^^«^ maison de la cité. Probablement encore il venait de ^^^^s lorsqu'il se présenta tout furieux devant le saint, et le ^^ciciin qu'il prit était cet unique sentier, mentionné plus ^^^ , par lequel on pouvait arriver au monastère, ^^xiant à ce qu'on appelait alors le presbytère , c'était m ^"Venu* de ces réunions fraterndles des premiers chrétiens , ,^^^^cées par le livre des Actes des Apôtres; c'était, selon ^^X^ression de saint Ignace , de saint Basile et de saint Jé- .p^^e, comme un sénat auguste, associé par l'évéque à ^Xtrcice de sa puissasce# Saint Ambroise et saint Augustin

\ Wùett( , coiamc saint Martin, en conminn avec leur clergé ; lar daiit^ ces siècles la famille sacerdotale, presqae toujuuis ivnforméo dans Tenceinte d'une seule ville , pouvait se wm saus oes^ie autour de Tévôque, comme les enfants autour de leur \\iivt.. C'était avec ces prêtres et par eux que Tévêque vVDUvei'uail son église. L'origine des chapitres se trouve dans le |uvsl>\tiVe. Du reste la conduite de Brice, capable de eau- NCà' lia otuiu)e«uent profond à quiconque eût cru trouver a IV" sitVlo la [K.»rfeciion absolue, celte conduite reçoit un Nvxio d ox^^licatiou des faits aoditogaes relatés surtout pa sauu (iiv^DUV lie Naziaiu» et satni Ckmostôme. Pour ce oNi ilo la preiliottou du saint sur soiiîdkdgple» nous en verro i u .soa lieu raci'ou)pli:>seuieut.

Le lasie-et la vanité, reprodié» â: Brïrtio» firent toujouK hoii oiu* à saint Martin. Plus ses TmwmfeK; étaient éclatante pluv'w il se prémunissait contre œs ^esc: Ss^était armé contis eux d uuo fermeté invincible: posomm mt sut les imépris» ave\* plus de force ; et cependant c état ce màane homme qu saii^ les voir, guérissait les malhareicLagilaês par les esprir iunmoudes. qui commandait aux comtes, anx préfets et ai tvis uiOuies. Vu milieu de tant «ie merveilles, h chose, à vrs iUri^ . v'st peu considérable : je ^«n tuutefi)is. dit le biogra plK\ vous convaincre ijue ffO^soB» mi résisté plus fortement:^ je iK> dis pas à b ^Tsàxé^ mais am esses mêmes et aux occa-sivHis de la vanité. Lt trait qne je rib dire est petit, il mérite uôiuuuoius d^étre rappelé. N'est-Q par dî^e de nos éloges wlui qui« investi d*nne autorité sonverame, montra un si \vligieu\ désir d'honorer le bienheureux?

Lo préfet Yincentius était un homme d'un rare mérite, et, .siuis tous les rapports, recommandaUe autant que personne dans les Gaules; maintes fois, en passant par Tours, il pria Martin de lui donner à manger dans son monastère ; il

ajppuyâit sa demande sur Texcmple du bieuheureux évéque

A^MiM^lDroïse qui, à cette époque,. traitait, disait-OQ, de temps

ejcM. l^enQps, les consuls et les préfets. Mais Martin, cet homme

d * «^Eft esprit si élevé, craignant de donner entrée à la vanité et

à X * enflure, n'y voulut jamais consentir.

nom de saint Âmbrolse prononcé ici pour la première par l'historien mérite attention. Si la conduite du saint d^^ ^^lîlan put être mise en opposition avec celle du nôtre, c'est fl'^-*- * ^o effet leur mission était différente. C'est au moins ce qui ï^ ^^^^ 'i-» s , semble résulter des faits mêmes de leur histoire. Celle de s^^~ 5.j::i.t Ambroise a le plus souvent pour théâtres les grandes V ^M-lX^s et la cour; ses rapports sont surtout avec les grands. i^nt Martin nous est montré travaillant presque toujours à c^onversion des paysans : c'est à la campagne qu'ont lieu le grand nombre des faits de sa vie. Ainsi la mission du semble avoir été de régenter les rois ; tandis que la de l'autre a été de prêcher et d'éclairer le pauvre Le. Désignons dès maintenant cette vocation comme une causes de la popularité dont jouit encore le nom de saint

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