‹ Histoire de saint Martin, évêque de ToursChapitre 75 sur 155 · LU · texte numérisé non relu

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le dialogue' où nous trouvons le trait précédent , un fes personnages, nouvellement revenu d'outre-mer, avait raoortté les merveilles dont il avait été témoin chez les moines orientiaux. c Depuis longtemps déjà, lui répond Sulpice Sévfei*e , tout en écoutant avec attention tes récits sur les vertus des saints, je revenais dans le secret de mes pensées à vDidxi cher Martin, et j'acquérais la certitude que toutes ces Tuer veilles diverses, opérées par chacun d'eux, se trouvent sans peine chez lui seul. Tu as raconté des choses sublimes ; cependant , soit dit sans offenser les saints , je n'ai absolument

<• Dial. 4, n. 17,

rien entendu de ta bouche où Martin leur fût inférieur. Il ne faut , à mon avis , comparer la vertu de personne avec les mérites de ce grand homme ; mais il convient aussi de remarquer qu'entre lui et les ermites, ou même les anachorètes, la partie n'est pas égale. Libres de tout embarras , sans autres témoins que le Ciel et les anges , ceux-ci , dit-on , opèrent des choses tout à fait merveilleuses. Pour lui , il vit au milieu de la société des peuples, parmi de$ clercs en discorde, parmi des évoques acharnés contre lui ; il est pressé de tous côtés par des scandales journaliers ; voyez-le cependant, il demeure ferme contre tout sur le fondement d'une vertu inébranlable ; que dis-je? il opère de si grandes choses que même ceux qui, à notre connaissance, sont ou ont été dans le désert n'ont jamais rien fait de pareil. Mais supposons que ceux-ci l'aient égalé; quel juge assez injuste pour ne pas lui donner le premier rang? En effet, c'est un soldat qui a combattu dans une position désavangeuse et toutefois est demeuré vainqueur. Pour les autres, ce sont aussi des soldats, mais qui ont combattu dans une position égale ou même supérieure. La victoire est la même pour tous, mais la gloire peut-elle être égale? Vois cependant, tu as rapporté des faits illustres; as-tu dît que personne ait ressuscité un mort? ce seul point, tu dois l'avouer, rend Martin incomparable. Nous devons admirer cet Égyptien que la flamme n'a pas touché; mais, lui aussi, il a souvent commandé aux incendies. Tu rappelles que des anachorètes ont vaincu la férocité des bêtes , mais c'a été pour lui chose familière d'arrêter la rage des bêtes et les venins des serpents. Tu nous présentes celui qui guérissait les possédés par le commandement de sa parole où même la vertu des franges de sa robe , mais il y a mille preuves que même sur ce point Martin ne lui a pas été inférieur. Recours , si tu veux , à celui qu'on regardait comme visité par les anges ; les

anges aussi parlaient journellement à Martin. Te voilà donc contraint de l'avouer ; en Martin se retrouvent les merveilles de tous ceux que tu as énumérés; et celles de Martin ne se retrouvent pas en eux tous. — Pourquoi, reprend Posturaien, me parler de la sorte? Ne suis-je pas, n'ai-je pas toujours été de ton avis à ce sujet ? Pour moi , tant que je vivrai et que j'aurai l'esprit sain , toujours je prônerai les moines d'Egypte , je louerai les anachorètes, j'admirerai les ermites, mais touj ours aussi je mettrai Martin hors de cause. Non , je n'oserai lui comparer aucun des moines , ni certes qui que ce soit d'entre les évéques. »

On sera peut-être ici tenté d'accuser Sulpice et son interlocuteur de partialité pour leur héros ; toutefois , la postérité semble avoir confirmé cet arrêt. Il est reconnu que l'Occident n'a donné à l'Église aucun confesseur aussi célèbre et aussi révéré que saint Martin. L'Orient lui peut comparer en ce point saint Nicolas, qui vécut dans le même siècle, mais, pour la certitude , l'histoire de celui-ci est bien inférieure à celle de notre samt.

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