SAINT MARTIN MÉTROPOLITAIN DE LA TROISIÈME LYONNAISE
C'était en 594 ; notre saint était alors âgé de 79 ans; A cette époque , la Gaule lyonnaise fut divisée en quatre provinces, souveraines dans leurs limites respectives, et dont chacune eut sa métropole ou capitale particulière. La cité des Turones fut alors reconnue pour la métropole de la troisième lyonnaise. L'Église, adaptant l'étendue de ses provinces à celle des provinces civiles , reconnut aussi pour évéques métropolitains ceux qui avaient leurs sièges dans les nouvelles métropoles et leur conféra juridiction sur les autres diocèses soumis pour le temporel au même gouverneur. Ainsi, l'Église de Tours reçut le titre d'église métropolitaine ; elle eut pour suffragants les Cenomans ou Manceaux; les Andes ou Angevins, et tous les Bretons de l'Armorique*. Pour adopter l'o-
L Maan., Eccl. Tur., S. Mart., p. 4ô.
pinion de certains auteurs moderaes qui contestent à saint Martin la dignité dont nous parlons, il nous faudrait rejeter toute une tradition consignée dans les légendes et les monuments. Les verrières de nos églises le représentent décoré du pallium parsemé de croix que portent encore aujourd'hui les métropolitains. Quant aux légendes , elles lui attribuent de fréquentes ordinations d'évêques.
L'un d'eux fut Maurilius son disciple.
n s'était, comme nous l'avons vu plus haut, retiré sur le territoire d'Angers. Le lieu de sa demeure était le bourg de Galonné. Il s'y était déjà distingué par ses vertus et ses içiracles, lorsque la ville d'Angers devint veuve de son pasteur. On se réunit pour en élire un autre; mais l'assemblée, agitée par des passions diverses , ne pouvait parvenir à rien décider. Tout à coup , dit la légende , on annonce l'arrivée du trèssaint archevêque de Tours , Martin. Il était venu lui aussi en toute hâte et plein de sollicitude à cette élection. Presque tout le monde attendait son avis; car le mérite de sa sainteté etleprivilégedesonsiége métropolitain lui conféraient le droit d'élire le pontife : « Mes frères , dit-il alors , écoutez-moi. Ce qui a été décidé de Dieu doit être exécuté : soumettez- vous de bonne grâce à sa volonté. Maurilius , prêtre de l'église de Galonné, sera votre pontife. »
A ces paroles, les assistants demeurent d'abord tout étonnés ; mais les miracles et les vertus de Maurilius leur sont connus. Ils sortent donc bientôt de leur état d'hésitation et se trouvent soudainement réunis dans un même senthnent. Munis des ordres du métropolitain, il partent sur-le-champ, vont trouver l'homme de Dieu , l'enlèvent à son église et l'amènent, malgré lui, devant le saint. L'élu entrait dans l'église avec le bienheureux Martin. A ce moment, un miracle vint confirmer l'estime qu'on avait déjà de ses mérites : une
colombe blanche comme la neige, envoyée du ciel, descend sur sa tôte et s'y pose. Â cette vue , la foule saisie d'un même transport se prosterne aux genoux de Martin: Maurilius, s'écrie-t-elle tout d'une voix, est très-dipe de Tépiscopat; ce n'est pas seulement par les hommes qu'il a été choisi et désigné, il l'a été aussi par le Tout-Puissant. Ce miracle, joint aux prières du peuple, triomphe des résistances de l'humble moine , Maurilius se rend aux ordres du saint pontife et reçoit l'épîscopat. Or, voici ce que bon nombre de personnes méritèrent de voir pendant cette cérémonie. Saiot Martin , selon le rit usité dans la consécration des évéques , étendait de temps en temps la main sur la tête de Maurilius pour le bénir. Â chaque fois la colombe dont on a parlé s'élevait en Taîr pour lui laisser plus de liberté. Maurilios ainsi établi évêque d'Angers, Martin revint dans son diocèse. Dans la suite, notre saint disait souvent que non-seulement le Saint-Esprit, sous la forme d'une colombe, mais une armée d'anges étaient venus pour bénir le pontife Maurilius *.
Au sujet de cette ordination , un autem* fait sa remarque : Dans ces heureux temps, dit-il, on avait pour maxime de ne recevoir aucun évêque que par l'arrêt du ciel et l'organe du Saint-Esprit. En effet, rélection des plus saints évêques fut marquée par quelque circonstance extraordinaire. Saint Ambroise et saint Martin, comme saint Maurilius, leur disciple, nous en offrent des exemples. Le premier fut désigné, à la dignité épiscopale, par ce cri: Ambroise évêque! poussé d'abord par un enfant , et répété aussitôt par toute la foule. Quant à notre saint, on sait quelle singulière coïncidence fit d'un verset des psaumes la sentence de condamnation de son