Sulp. Scv., Dial. 2., u. 4/|. — Yen. Fort
présente devant eux. Personne ne parlait au saint plus familièrement queSuIpice. Il pria donc Tévêque de les tirer de peine, en leur découvrant ce que signifiait cette horreur divine qu'ils reconnaissaient tous les deux avoir éprouvée, autrement avec qui il s'était entretenu dans sa cellule : car, disaient-ils , ils avaient entendu , étant devant sa porte, un bruit faible , et à peine sensible , rceonnaissable néanmoins pour celui de plusieurs personnes conversant ensemble. Le saint fît de grandes difficultés, et balança longtemps. Mais, il n'y avait rien que Sulpice ne lui arrachât, même malgré lui.
Ici , le narrateur s'arrête : « Ce que je vais rapporter , dit-il , va peut-être sembler plus incroyable que tout le reste. Toutefois, le Christ m'est témoin que je ne mens pas. Et peut-être ne se trouvera-t-il personne d'assez sacrilège pour soupçonner Martin de mensonge »
a — Je vous le dirai, répondit le saint, mais vous, de grâce, iie le dites à personne : Agnès, Thècle et Marie étaient tout à l'heure avec moi.» Ensuite, il leur dépeignit le visage et l'halillement de chacune d'elles. Du reste, ce ne fut pas seulement ee jour-là , mais bien d'autres fois encore qu'il reconnut avoir Teçu cette visite. Les apôtres Pierre et Paul , il n'osa le nier, se firent aussi voir souvent à lui.
Nous avons déjà parlé de son empire sur les démons. Il les
apostrophait par leurs noms , nous dit ici Gallus , à mesure
qu'ils paraissaient devant lui. C'était de Mercure qu'il avait le
3)lus à souffrir. Pour Jupiter, ce n'était, selon lui, qu'un
l)rutal et un hébété. Ces visions semblaient incroyables à
T)on nombre de ceux mêmes qui vivaient dans son monastère :
je suis donc loin d'espérer , ajoute l'historien , qu'elles seront
crues de tous ceux qui les entendront raconter. Après tout ,
si Martin n'avait mené une vie ineffable, merveilleuse,
jouirait-il chez nous d'une si grande célébrité? Il n'est point
surprenant que la faiblesse humaine ait éprouvé des doutes au sujet des œuvres de Martin, puisque de nos jonrs encore nous voyons beaucoup de gens qui refusent de croire aux évangiles.
Agnès, Thècle et Marie , ces trois noms se retrouvent unis sous la plume de saint Âmbroise. S'adressant à la vierge tombée : c Si tu ne peux, dit-il, à cause de la honte ob tu es plongée, regarder les hommes en face, que feras -tu devant les chastes apôtres? Que feras-tu devant Marie, Thècle et Agnès, et le cœur immaculé des vierges pures. »
Agnès avait souffert le martyre à l'âge de treize ans, peu de temps après le commencement de la persécution que Dioclétien alluma en 305. Du temps de Constantin , on avait élevé une église sur son tombeau. Tous les peuples , dit saint Jérôme , se réunissent pour célébrer dans leurs discours et leurs écrits les louanges de sainte Agnès, qui sut triompher de la faiblesse de son âge , comme de la cruauté du tyran , et couronna la gloire de la chasteté par celle du martyre.
Thècle, née à Icône, d'une famille illustre, et instruite dans la foi par l'apôtre Paul , est célébrée par les éloges les plus magnifiques des saints Pères. A Tâge de dix-huit ans, elle quitta son époux. Ses parents l'accusèrent comme chrétienne. Amenée au pied d'un bûcher ardent , préparé pour elle, si elle refuse de renoncer au Christ, elle s'arme du signe de la croix, et s'y jette elle-même. Mais le feu fut éteint par une pluie qui survint tout à coup. Après avoir échappé miraculeusement à plusieurs autres dangers , elle revint dans sa patrie, où elle se retira seule sur une montagne. Elle mourut nonagénaire , et fut ensevelie à Séleucie. On bâtit une église sur son tombeau, sous les premiers empereurs chrétiens. A cette église qui portait son nom, se rendaient de toutes parts des pèlerins, et il s'y opéra un grand nombre de
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mirades. C'est le témoignage de saint Grégoire de Na« zianze.
Quant h la sainte vierge Marie, mère de Dieu , son culte était dès lors en grand honneur, comme le prouvent les écrits de saints Pères , et en particulier de saint Arabroise , qui la proposait éloquemment pour modèle aux vierges sacrées. L'un de nos poètes, parlant d'elle, dit h saint Martin : « Tu as vu le temple du Seigneur, décoré d'un diadème, tu as vu le lit de cet époux, dont la beauté n'a point d*égale , ce lit émaillé de pierreries, orné d'or et de pourpre. Dis-nous le jaspe qu'elle avait aux pieds, la topaze qui était k son côté, les anneaux qui faisaient briller h ses doigts la verte émeraude, les bracelets qui paraient ces mains d'éiincelantes hyacinthes. Bis^nous combien de pierres précieuses rayonnaient à la riche ceinture de sa longue robe, quel manteau semé de béryls couvrait ses épaules. »
Au sujet de l'apparition des apôtres : « 0 doux regards , continue le même auteur, qui contempliez ces figures bienheureuses, vous avez vu la beauté des portes de Sion, vous avez vu ces portiques lumineux par où les peuples , montant les degrés des vertus, entrent dans la cité de Dieu. C'est là que maintenant , au milieu des princes de la cour céleste ; toi aussi, ô Martin, tu sièges comme sénateur auprès du roi. Toi qui as tant de pouvoir , implore le pardon de mes fautes. Entends ce que ma langue infirme essaye de murmurer pour toi. Sois la source pieuse d'où coule le remède à mes blessures, par tes prières, 6 saint pontife, guéris mes maux et cicatrise mes plaies. » Ainsi parlait à saint Martin un homme qui fut a la fois poëte, évoque et saint.
Ces faveurs du Ciel réalisaient dans notre saint ce que saint Chrysostôme avait écrit plusieurs années auparavant, dans un élégant petit ouvrage intitulé : Comparaison d'un
roi et d'un moine : c Le moine , disait-Q , a un commerce continuel avec les prophètes et les apôtres , au lieu que les princes n'ont pour compagnie que des courtisans et des soldats. >
Du reste, les disdples de Martin * l'interrogeaient un jour sur la fin du monde. Néron et l'antechrist, leur dit-il, devaient venir auparavant; Néron, après avoir soumis dix rois, commanderait sur la plage occidentale et exercerait la persécution en vue de forcer les hommes à adorer les idoles des nations. Quant à l'antechrist , il devait s'emparer de l'empire d'Orient ; Jérusalem serait le siège et la capitale de son royaume ; il rétablirait la ville et le temple ; sa persécution aurait pour but de faire renier le Seigneur Christ , en le proposant lui-même à sa place pour le Christ, et de contraindre tout le monde à recevoir la circoncision suivant la Loi. A la fin , Néron serait tué par l'antechrist qui réduirait sous son autorité l'univers entier et toutes les nations jusqu'à ce que l'avènement du Christ mit à néant la puissance de l'impie. Or, il n'était pas douteux que l'antechrist, conçu par un mauvais esprit, ne fut déjà né et parvenu même à l'adolescence, prêt, quand il aurait atteint son âge légitime , à s'emparer de l'empire.
Ici, nous devons le reconnaître, chaque siècle a ses erreurs, dont les plus grands saints ne sont pas exempts. Recherchons les causes de celle qu'on attribue à saint Martin au sujet de Néron.
Ce prince détestable fut, comme on sait, le premier persécuteur des chrétiens. 11 est glorieux pour le christianisme , dit Tertullien , que Néron , l'ennemi de toute vertu , ait été le premier empereur romain qui ait déclaré la guerre à ceux qui le professaient. Le feu ayant pris à la ville de