‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 100 sur 186 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

C'est là qu'ils veulent porter le joug heureux, le doux fardeau de votre culte, veiller à votre temple; le malin, le décorer; le soir, faire la garde à sa porte; et dans ces pieux devoirs couler le reste de leurs jours. »

Les inquiétudes dont Paulin témoigne ici , s'expliquent par la situation politique de l'Italie et des Gaules : c'était au moment où Théodose , pour venger le meurtre du jeune Valentinien , se disposait à sa seconde expédition en Occident, et menaçait Arbogast et Eugène : tout était plein des préparatifs de la lutte prochaine; les gens de guerre sillonnaient les routes; le tyran, qui avait adopté une politique toute contraire à celle de Valentinien, favorisait le paganisme ; l'avenir était plein d'incertitudes. Et cependant Paulin ne voulait pas différer.

Après les fêtes de Pâques, en effet, la longue affaire de la vente de leurs biens étant à peu près terminée ', Paulin et Therasia franchirent les monts, disant un adieu éternel à celte Espagne, où ils venaient de passer quelques années si décisives, marquées de tant d'épreuves et de grâces de Dieu. Ils prirent leur route par la Gaule méridionale, où ils avaient aussi des possessions ; malheureusement Sulpice Sévère, qui était tombé malade, ne put partir avec eux; mais il promit de ne pas tarder et de les rejoindre aussitôt que sa santé le permettrait :

1 Nous mettons cette restriction à cause de la lettre et du poème à Jovius, dont nous parlerons ci-dessou?.

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c'est sur lui plus tard que Paulin comptera , nous le verrons, pour surveiller les intérêts qu'il eut pendant un certain temps encore dans ces provinces; ils s'embarquèrent ensuite à Narbonne, et après une traversée assez pénible, pendant laquelle Félix veilla sur eux, ils abordèrent, non pas à Ostie , comme il eût été naturel, mais plus au nord, Paulin ayant le plus vif désir de revoir saint Ambroise.

L'ami, le père de Gratien et de Valentinien, n'avait pas voulu rester dans sa ville épiscopale, où il eût été sans cesse en face de l'usurpateur ; il avait quitté Milan et' se trouvait à Florence : c'est là que Paulin le revit; il rencontrait enfin une âme qui pouvait le comprendre. Grande fut la joie du saint ovêque; il ne pouvait assez applaudir au généreux sacrifice des deux époux, au magnifique exemple qu'ils donnaient à celte aristocratie romaine, encore si aveuglée de paganisme et si orgueilleuse de ses richesses et de ses dignités. Il eût voulu fixer Paulin auprès de lui et l'altacher à son Église ; Baronius a même pensé qu'il songea un instant à en faire son successeur. Et certes, il fallait que l'attrait qui l'entraînait au tombeau de saint Félix fût bien fort pour qu'il pût résister à la séduction qu'un évêque tel qu'Ambroise devait exercer sur un homme tel que Paulin. Tout fut inutile; mais Ambroise voulut au moins, comme il n'appartenait à aucune église, se faire à lui-même l'honneur de le compter parmi ses prêtres, de telle sorte qu'en quelque lieu qu'il vécût, il dût se considérer comme faisant partie du clergé

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