CHAPITRE HUITIÈME
de Milan. Et quand Paulin et Therasia eurent pris congé de lui, il ne put contenir dans son âme l'admiration où il était, et il en écrivit à un évêque de ses amis, Sabinus, de Placenlia, en ces termes :
« Que viens -je d'apprendre! Paulin d'Aquitaine, que nul n'égale par la splendeur de sa naissance, a vendu tous ses biens, ceux de sa femme comme les siens propres, pour les verser dans le sein des pauvres , et d'opulent devenu pauvre lui - même , comme délivré d'un pesant fardeau , maison , patrie, famille, il quitte tout, pour se donner sans réserve au service de Dieu. On dit qu'il a choisi la petite ville de Noie, pour y achever sa vie, loin du tumulte du monde. Sa femme n'a pas voulu rester en arrière de cette vertu et de ce généreux projet; elle suit son mari, et, contente du petit coin de terre qu'il possède à Noie, elle va chercher là les consolations de la charité et de la piété. N'ayant pas d'enfants , ils ont voulu se donner pour postérité leurs bonnes œuvres. Mais quand les patriciens vont l'apprendre, que diront- ils? Un homme d'une telle naissance, d'une telle famille, de tant d'éloquence et de génie , déserter le sénat , et interrompre la succession d'une noble race , c'est intolérable. Ces hommes qui raseront leurs sourcils et leurs cheveux pour assister aux mystères d'Isis % si un
1 <i Les preuves de la présence de la religion égyptienne à Rome sont nombreuses. Elle pouvait, comme l'art des Egyptiens, y avoir pénétré par l'intermédiaire des Etrusques... Cette religion singulière frappa et attira de bonne heure l'imagination
chrétien, pour suivre plus fidèlement les inspirations de sa foi, change son habiP, ils crieront que c'est une chose indigne. Voilà bien les hommes ! Tout pour le mensonge, rien pour .la vérité. Qui parmi eux réfléchit à cette parole divine : Celui qui rougira de moi devant les Jiommes, à mon tour je rougirai de lui devaul mon Père qui est dans les deux ■ ? »
De Florence, Paulin se rendit à Rome; il y avait dix ans qu'il l'avait quittée : le sénateur, le consulaire y reparaissait prêtre et moine; pour la première fois les patriciens voyaient sur les épaules d'un homme la bure monastique à la place de la pourpre et du laticlave. Saint Ambroise ne se trompait pas, les hommes comme Symmaque et le pontife Albinus ne dissimulèrent pas leur mépris : mais les sénateurs chrétiens, tels que Macarius, Pammachius, le gendre de sainte Paule et l'ami de saint Jérôme , faisaient éclater leur joie , et comr blaient Paulin et Therasia de leurs respects. Marcella, Fabiola, toute la société de l'Aventin, étaient dans l'enthousiasme; les prêtres les plus distingués,
grave des Romains... Les zélateurs du culte égyptien formèrent à Rome un parti assez nombreux pour que tantôt on voulût le détruire, que tantôt on se résignât à lui céder. En dépit des proscriptions plusieurs fois renouvelées qu'il subit, ce culte était difficile à extirper ; car on le retrouve encore chez les paysans de la Gaule au iv siècle. » (Ampère, l'Empire romain et Rome, t. II , p. 309.)
1 Paulin, comme nous l'avons dit plus haut, avait donc pris l'habit de moine.
- Epist. ad Sainnum.