‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 99 sur 186 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

ment, de nous ranimer, nous, fils des saints, mais fils affaiblis, dégénérés, dans les sentiments et les vertus qui pourraient encore faire voir à un monde qui en a tant besoin des âmes fortes, de grands chrétiens.

Paulin terminait sa lettre en racontant à Sulpice Sévère son ordination inattendue aux dernières fêtes de Noël, et il insistait sur la condition qu'il y avait mise, de ne pas être attaché à l'Église de Barcelone, et de rester libre d'exécuter le dessein qu'il méditait , et auquel Sulpice Sévère, nous l'avons dit, voulait alors s'associer. « Venez donc, lui disait Paulin; ensemble nous nous consolerons dans les paroles du Seigneur, ensemble nous travaillerons à nous avancer dans le bien : vous savez combien est agréable au Seigneur le frère qui aide so7i frère. » Mais calculant que les dernières dispositions à prendre avant de quitter définitivement l'Espagne pourraient le mener jusqu'à Pâques, et même au delà, il ajoutait: «Venez pour les fêtes de Pâques, ou tout au moins après; mais plutôt avant; nous les célébrerons ensemble, et vous pourrez me voir officier solennellement. Les Pyrénées ne sont pas infranchissables; ce qu'elles ont de plus effrayant, c'est leur nom, et le messager qui m'a apporté votre lettre, et qui vous rapportera la mienne , vous dira qu'il n'a mis que huit jours d'Élusone à Barcelone. D'ailleurs , ajoutait Paulin, si vous aimez votre ami, la distance sera toujours courte; si vous ne l'aimez pas, toujours trop lonarue. »

Cette lettre a été certainement écrite au commencement de l'an 39'i; la fôle de saint Félix tombait le 14 janvier; celle année-là, pour la première fois, Paulin la célébra par une poésie qui ouvre la série de ces Naialia, qu'il ne manquera jamais, jusqu'à son épiscopat, de chanter en l'honneur du saint. Il y exprime l'impatience où il était, ainsi que Therasia, d'aller se fixer à Noie :

« 0 père, ô maître, exaucez vos serviteurs, tout indignes qu'ils en sont. Puissent-ils enfin se reposer dans cette retraite qu'ils appellent de tous leurs désirs, là où vous reposez vous-même, y célébrer vos fêtes, vous y adresser leurs prières au pied de vos autels, et se mêler, heureux, aux joies bruyantes de ce beau jour.

« N'avons-vous pas été assez punis de vivre tant d'années loin de vous, bien que nos cœurs fussent près de vous toujours. Il est temps que nos vœux s'accomplissent : aujourd'hui, enfin, quoique bien tard, ayez pitié de vos enfants. Et à travers ces vastes pays et ces flots des mers qui nous séparent , ouvrez -leur des routes faciles; écartez tout ennemi; renversez toute barrière; si c'est la route de terre qu'ils choisissent pour aller à vous, soyez-leur un compagnon fidèle; si, confiant en votre protection, ils affrontent l'abîme , donnez-leur de voguer sur une mer tranquille, envoyez à vos amis des vents amis ; portez -les, avec le Christ pour pilote, aux rivages de la Campanie ; aussitôt vous les verrez accourir à votre sanctuaire, et que ce soit là pour eux le port.

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