CHAPITRE HUITIÈME
Domnio, fidèle ami de Jérôme, Anastasius, le futur successeur du pape régnant, en un mot, tout ce qui avait constitué autrefois le parli de Jérôme, et aussi du pape Damase, faisaient à Paulin l'accueil le plus empressé.
Est-ce là ce qui suscita, dans la partie du. clergé romain qui s'était montrée autrefois si ennemie de Jérôme % envers cet étranger venu du pays du pape Damase, et dont la situation dans l'Église ne laissait pas que d'être assez singulière, des sentiments tout contraires et des ombrages dont le pape Sirice lui-même, on regrette de le constater, ne sut pas assez se défendre-? De fait, et après huit ans, les haines qui avaient poursuivi Jérôme n'étaient pas encore assoupies. Il faut se souvenir aussi, pour expliquer la conduite du pape Sirice, des compétitions ardentes et sanglantes qui s'étaient produites au sujet du souverain pontificat, au moment de l'élection de son prédécesseur : les partis dans Rome étaient loin d'avoir désarmé. Il ne faudrait donc pas accuser de mesquins sentiments un pape qui, sans doute, ne fut pas dans cette circonstance assez en garde contre l'intrigue, mais qui n'avait cependant pas une âme médiocre : témoin la réelle énergie qu'il déploya contre le priscillianisme en Espagne, contre Jovinien et ses partisans à Rome, et qui fut un gardien et un restaurateur zélé de la discipline. Paulin
1 Romae zelotyporum incendia clericorum. (Ad Scverum , Episl. V.) - Uibici papœ siiperba discretio. {Ibid.)
avait été d'un coup ordonné prêtre : c'était contraire à toutes les règles , à celles posées par le pape Sirice lui-même. Assurément, Paulin n'en était pas responsable; mais là surtout peut-être, dans ce qu'avait eu d'insolite son ordination, et dans ce qu'avait aussi d'exceptionnel sa situation vis-à-vis de Therasia , plus encore que dans d'ombrageuses craintes, se trouve, selon Baronius, l'explication de la froide réserve du pape Sirice à l'endroit de Paulin, et des intentions qu'on lui supposait faussement de ne pas l'admettre à sa communion.
Paulin ne parle de ces misères qu'avec une grande douceur et sans amertume aucune, bien que sa nature droite et noble les ait péniblement ressenties. Pour couper court à tout, et enlever à la malveillance tout prétexte, sachant que le meilleur moyen de la désarmer c'est de lui soustraire son objet, plus désireux que jamais de repos, de solitude et de silence, il se hâta de quitter Rome , et d'aller s'enfermer enfin sous le beau ciel de la Campanie, où l'attendait un meilleur accueil dans cette retraite tant désirée.