CHAPITRE NEUVIÈME
Noie, du reste, n'était pas sans gloire parmi les cités italiennes; car ce fut là, l'histoire ne l'a pas oublié, que la fortune revint aux Romains alors que pour la première fois depuis les désastres de Cannes le consul Marcellus battit Annibal sous ses murs '. C'est à Noie peut-être qu'était né et qu'était certainement venu mourir le premier empereur de Rome, Auguste, avec cette ironie célèbre sur les lèvres : « Mes amis, ai-je bien joué mon rôle? » Paulin y arrivait avec de bien autres pensées. Quand il n'eût été guidé que par son instinct de poète, il n'eût pu trouver pour la retraite qu'il cherchait un lieu mieux choisi que cette délicieuse contrée et cette ville paisible, protégée par ce rempart sacré de Rome contre les invasions, comme elle l'était par son heureux site contre les éruptions du volcan qui la menace de loin et les orages de la mer plus lointaine encore. Les hommes peuvent abuser pour leurs plaisirs des beautés de la nature, mais les âmes religieuses s'en servent pour s'élever à Dieu, et on a remarqué souvent combien les saints les plus austères aimaient à donner un splendide horizon terrestre à leur vie détachée de la terre , comme pour mieux contempler de là le ciel, et avec quelle exquise poésie sont en général posés les vieux monastères. Mais le grand attrait de Noie pour Paulin, nous le savons déjà, c'était le tombeau de saint Félix.
1 Ce qui a fait dire à Silius Italicus :
Pœnoque impervia Nola.
( Guerres puniques, liv. Xll.)
Il est temps que nous disions enfin au lecteur ce qu'était ce glorieux saint Félix. Il ne faut pas le confondre ni avec saint Félix premier évêque de Noie et martyr, dont le tombeau, illustre aussi, élait dans Noie même, là où s'élève aujourd'hui l'église épiscopale; ni avec un autre saint Félix, martyrisé avec son compagnon Adauclus; ni enfin avec un saint prêtre de Rome du même nom \ quoique le saini dont nous parlons eût aussi une église à Rome, sur le mont Pincio ' : nous le connaissons surtout par saint Paulin , qui a recueilli sur place les souvenirs encore vivants dans les mémoires, ces traditions qui s'attachent comme une auréole à la mémoire des saints d'un pays, et qui a peut-être aussi consulté des documents aujourd'hui perdus; c'est dans les récits de Paulin que les hagiographes postérieurs ont tous puisé. Nous nous garderons bien, sous prétexte de critique, et d'ailleurs tous les moyens de critique, dans un sens ou dans l'autre, font ici défaut, de dépouiller cette vie des miracles dont la poésie de Pau-
1 II y a, du reste, un grand nombre de saints de ce nom : rien que dans les six premiers mois de l'année, les Bollandistes en ont relevé plus de cent dans les vieux martyrologes.
2 De là son surnom de in Pincis : à moins que le lieu de sa sépulture n'ait aussi été appelé de la sorte, peut-être, comme le dit Remondini , parce qu'il avait appartenu à la gens Pincia. Mais prétendre, avec le même Remondini, que c'est saint Félix de Noie qui a donné son nom à l'ancienne porte Collaline, appelée déjà du temps de Procope Pinciana, et à la colline voisine, aujourd'hui le Pincio, c'est se montrer plus zélé qu'il ne convient pour la gloire de ce saint. Ce nom vient à la colline et à la porte voisine de la Qcns Pincia, qui avait là ses jardins.